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Géographie · 12e SE

Leçon 16 sur 31

L'agriculture intensive traditionnelle : la riziculture en pays baga

Je sais expliquer comment les Baga du littoral guinéen ont transformé la mangrove salée en rizières productives, décrire leurs techniques et analyser les difficultés actuelles de ce système.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Localiser le pays baga et décrire le milieu de mangrove
  • Expliquer les contraintes de ce milieu (sel, marées, sols acides)
  • Décrire les étapes de l'aménagement et du calendrier de la riziculture de mangrove
  • Montrer en quoi c'est une agriculture intensive traditionnelle
  • Analyser les problèmes actuels et les solutions

Avant de commencer : Les leçons « L'agriculture traditionnelle intensive » et « L'agriculture sérère » ; notions sur le littoral guinéen (Basse-Guinée).

1Je découvre

Hawa est en vacances chez son oncle Ibrahima, près de Kamsar, en pays baga. Un matin de juillet, sous une pluie battante, elle le suit dans la rizière. Devant elle s'étend une grande plaine découpée en casiers par de petites digues de terre ; au loin, une longue digue protège les champs de la mer et des marigots salés, bordés de palétuviers aux racines emmêlées.

Dans l'eau jusqu'aux genoux, des hommes relèvent la boue en longues buttes à l'aide de grandes pelles en bois ; des femmes y repiquent les jeunes plants de riz venus de la pépinière. L'oncle explique : « Ici, autrefois, c'était la mangrove. L'eau de mer montait deux fois par jour. Nos ancêtres ont coupé les palétuviers, construit les digues et attendu que la pluie lave le sel. Sans ce travail, rien ne pousserait. »

Hawa se demande comment on peut cultiver du riz sur une terre que la mer recouvrait, et pourquoi son oncle dit que ce travail est aujourd'hui de plus en plus difficile.

Comment les Baga ont-ils transformé la mangrove en rizières, et quelles difficultés leur système rencontre-t-il aujourd'hui ?

2Je comprends

1. Le pays baga et son milieu

Les Baga sont un peuple du littoral de la Guinée, en Basse-Guinée (Guinée maritime). Ils vivent surtout dans les préfectures de Boké et de Boffa, autour des estuaires des Rio Nunez, Rio Kapatchez et Rio Pongo. D'autres peuples du littoral (Soussou, Nalou, Landouma) et des pays voisins, comme la Guinée-Bissau, pratiquent aussi la riziculture de mangrove.

Le milieu est celui de la mangrove :

  • une côte basse, découpée par des estuaires (les « rivières du Sud ») où la mer pénètre loin dans les terres ;
  • une forêt de palétuviers, arbres aux racines-échasses adaptés à l'eau salée, qui poussent sur des vases apportées par les fleuves et la mer ;
  • des marées qui recouvrent et découvrent les terres deux fois par jour ;
  • un climat tropical humide à longue et très forte saison des pluies (de mai-juin à octobre environ) : le littoral guinéen est l'un des plus arrosés d'Afrique de l'Ouest.

2. Les contraintes du milieu

  • Le sel : l'eau de mer rend les vases salées, alors que le riz ne supporte qu'une faible salinité.
  • Les marées : elles inondent régulièrement les terres basses.
  • L'acidité : les vases de mangrove contiennent du soufre ; si on les laisse sécher trop longtemps, elles deviennent très acides et stériles (on parle de sols sulfatés acides).
  • La végétation : il faut abattre les palétuviers et arracher leurs souches.

Le défi est donc immense : il faut empêcher l'eau de mer d'entrer, faire partir le sel et garder le sol humide.

3. L'aménagement des rizières de mangrove

L'aménagement est un travail collectif de longue haleine, réalisé sur plusieurs années :

  1. 1Défrichement : on coupe les palétuviers et on retire les souches
  2. 2Construction d'une grande digue de ceinture qui arrête l'eau de mer
  3. 3Division de la plaine en casiers par des diguettes, creusement de drains
  4. 4Dessalement : les pluies lavent le sel, l'eau salée est évacuée par les drains à marée basse
  5. 5Confection de billons (buttes de boue) avec une longue pelle en bois
  6. 6Premières cultures de riz quand le sol est assez dessalé
Les étapes de la transformation de la mangrove en rizière.

La digue de ceinture est construite en terre (vase compactée, renforcée de branchages) du côté de la mer ou du marigot. Elle empêche les marées salées d'envahir les champs.

Les drains et les vannes : des passages aménagés dans la digue, que l'on ouvre à marée basse et que l'on ferme à marée haute, permettent d'évacuer l'eau de pluie chargée de sel et de régler le niveau d'eau dans les casiers.

Les billons : les hommes retournent et relèvent la vase en longues buttes avec une grande pelle-bêche en bois. Les billons enfouissent les herbes (qui pourrissent et fertilisent), aèrent le sol et placent les racines du riz dans une terre moins salée. Les billons sont refaits et déplacés chaque année.

4. Le calendrier de la riziculture baga

PériodeTravaux
Saison sèche (janvier à avril)entretien et réparation des digues ; préparation des pépinières sur les terres hautes
Début des pluies (mai-juin)les pluies commencent à dessaler les casiers ; semis en pépinière
Juillet-aoûtconfection ou reprise des billons ; repiquage des jeunes plants sur les billons
Septembre-octobresurveillance du niveau de l'eau, désherbage, protection contre les oiseaux
Novembre-décembrerécolte à la faucille ou au couteau, séchage, battage, stockage dans les greniers

Le repiquage consiste à faire pousser les plants serrés dans une pépinière, puis à les transplanter un par un (ou en petites touffes) dans la rizière. Il permet de gagner du temps (le riz a déjà poussé quand la rizière est prête), d'attendre que le sol soit dessalé, et d'obtenir des plants plus vigoureux et mieux espacés.

Pendant la saison sèche, les paysans veillent à ce que le sol ne sèche pas trop, pour éviter qu'il devienne acide ; dans certains terroirs, ils laissent même l'eau de mer entrer dans des casiers au repos.

Les Baga cultivent de nombreuses variétés de riz sélectionnées au fil des générations, certaines tolérant un peu de sel, d'autres adaptées aux différents niveaux d'eau.

Le travail est souvent réparti : en général, les hommes font les travaux lourds (digues, billons), les femmes s'occupent surtout des pépinières, du repiquage, de la récolte et de la transformation du riz. L'entraide entre familles et classes d'âge est indispensable.

5. Pourquoi est-ce une agriculture intensive traditionnelle ?

  • elle utilise des outils traditionnels (pelle-bêche en bois, faucille, couteau) ;
  • la même terre est cultivée chaque année ;
  • elle exige un travail énorme par hectare (digues, drains, billons, repiquage) ;
  • elle repose sur une maîtrise savante de l'eau (douce et salée) ;
  • elle obtient des rendements nettement supérieurs à ceux du riz de coteau sur brûlis ;
  • elle permet de nourrir une population relativement dense sur un espace limité, entre la mer et les terres hautes.

Exemple

Comparer deux rizicultures (données d'exercice) :

Un riziculteur de mangrove récolte 2,4 t de paddy sur 1,2 ha. Un paysan de Guinée forestière récolte 0,9 t de riz de coteau sur 1,5 ha.

Rendement en mangrove : 2,4 ÷ 1,2 = 2 t/ha. Rendement sur coteau : 0,9 ÷ 1,5 = 0,6 t/ha.

Le rendement en mangrove est 2 ÷ 0,6 ≈ 3,3 fois plus élevé. De plus, la rizière de mangrove est cultivée chaque année, alors que le champ de coteau doit être abandonné en jachère après un ou deux ans : sur dix ans, la différence de production est encore plus grande.

6. Les difficultés actuelles

Les causes :

  • l'exode rural : les jeunes partent vers Conakry ou vers les zones minières de Boké et de Kamsar (bauxite), qui offrent des salaires ; il manque des bras pour entretenir les digues et faire les billons ;
  • la dégradation des digues mal entretenues : l'eau de mer entre à nouveau, les casiers se resalinisent ;
  • les sécheresses des années 1970-1980 et l'irrégularité des pluies : moins d'eau douce pour dessaler les sols ;
  • l'acidification des sols laissés à sec ;
  • la concurrence du riz importé, parfois moins cher en ville ;
  • la destruction de la mangrove (bois de chauffe, fumage du poisson et du sel, extension des rizières), qui affaiblit la protection naturelle du littoral et les zones de reproduction des poissons.

Les conséquences : abandon de certaines rizières, baisse de la production, dépendance au riz acheté, appauvrissement.

Les solutions : réhabiliter les grandes digues et les ouvrages de contrôle de l'eau avec l'appui de l'État et des projets de développement ; diffuser des variétés de riz tolérantes au sel ; former et organiser les riziculteurs en groupements ; faciliter la mécanisation légère ; améliorer les pistes vers les marchés ; protéger et replanter la mangrove en dehors des zones cultivées.

Méthode

Pour rédiger sur la riziculture baga :

  1. Localiser : littoral de Basse-Guinée (Boké, Boffa), estuaires, mangrove.
  2. Présenter les contraintes : sel, marées, acidité, palétuviers.
  3. Décrire l'aménagement (digue de ceinture, casiers, drains, dessalement, billons) et le calendrier (pépinière, repiquage, récolte).
  4. Justifier le caractère intensif traditionnel (outils, travail, culture annuelle, rendements).
  5. Analyser les difficultés (exode rural vers les mines, digues dégradées, resalinisation, riz importé) et proposer des solutions.

3Je retiens

Je retiens

Les Baga vivent sur le littoral de la Basse-Guinée (surtout Boké et Boffa), dans les estuaires bordés de mangrove.

Contraintes : sel de l'eau de mer, marées, sols qui deviennent acides en séchant, palétuviers à abattre.

Aménagement : défrichement, digue de ceinture contre la mer, casiers et diguettes, drains, dessalement par les pluies, billons faits à la pelle-bêche en bois.

Calendrier : pépinière au début des pluies, billons et repiquage en juillet-août, récolte en novembre-décembre.

C'est une agriculture intensive traditionnelle : outils simples, culture annuelle, travail énorme, maîtrise de l'eau, rendements élevés.

Difficultés : exode rural vers les mines et les villes, digues dégradées, resalinisation, acidification, riz importé, recul de la mangrove.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que le riz pousse dans l'eau salée : il faut d'abord empêcher l'eau de mer d'entrer et laisser les pluies dessaler le sol.
  • Confondre riziculture de mangrove et riz de coteau : le premier est intensif et cultivé chaque année ; le second est cultivé sur brûlis puis laissé en jachère.
  • Oublier le rôle des digues : sans elles, la mer reprend les rizières.
  • Situer les Baga en Guinée forestière ou au Fouta-Djallon : ils vivent sur le littoral de la Basse-Guinée.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Où vivent les Baga ? Décris leur milieu naturel.

b) Quelles sont les trois grandes contraintes de la mangrove pour la culture du riz ?

c) À quoi servent la digue de ceinture, les drains et les billons ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Les Baga vivent sur le littoral de la Basse-Guinée, surtout dans les préfectures de Boké et de Boffa, autour des estuaires du Rio Nunez, du Rio Kapatchez et du Rio Pongo. Le milieu est une mangrove : côte basse et vaseuse, forêt de palétuviers, marées quotidiennes, climat tropical très pluvieux.

b) Le sel apporté par l'eau de mer ; les marées qui inondent les terres ; l'acidité des sols qui sèchent (on peut aussi citer les palétuviers à abattre).

c) La digue de ceinture empêche l'eau de mer d'entrer dans les rizières. Les drains permettent d'évacuer à marée basse l'eau de pluie chargée de sel et de régler le niveau d'eau. Les billons enfouissent les herbes qui fertilisent le sol, aèrent la terre et placent les racines du riz dans une terre moins salée.

2Exercice 2

(Calendrier) Remets dans l'ordre les travaux suivants : récolte ; semis en pépinière ; réparation des digues ; repiquage sur les billons ; confection des billons ; battage et stockage.

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Réparation des digues (saison sèche) ; semis en pépinière (début des pluies) ; confection des billons ; repiquage sur les billons (juillet-août) ; récolte (novembre-décembre) ; battage et stockage.

3Exercice 3

(Calcul) Un groupement de riziculteurs baga exploite 15 ha et récolte 27 t de paddy. Après la réhabilitation de la digue, 5 ha qui avaient été envahis par le sel sont remis en culture avec le même rendement. (Données d'exercice.)

a) Calcule le rendement en t/ha.

b) Calcule la nouvelle production totale et l'augmentation en pour cent.

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a) Rendement = 27 ÷ 15 = 1,8 t/ha.

b) Production supplémentaire = 5 × 1,8 = 9 t. Nouvelle production = 27 + 9 = 36 t. Augmentation = 9 ÷ 27 × 100 ≈ 33,3 %.

4Exercice 4

(Réflexion) Explique pourquoi le développement des mines de bauxite de la région de Boké peut avoir des conséquences sur la riziculture baga.

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Les mines de bauxite de la région de Boké offrent des emplois salariés et attirent de nombreux jeunes hommes. Ils quittent alors les villages, alors que la riziculture de mangrove demande beaucoup de main-d'œuvre pour entretenir les digues et faire les billons. Faute de bras, des digues se dégradent, l'eau de mer revient, des rizières sont abandonnées et la production baisse. Les installations minières et portuaires peuvent aussi occuper ou perturber des espaces du littoral. En revanche, les salaires envoyés aux familles peuvent servir à acheter du riz ou à payer des travailleurs.

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, montre que la riziculture baga est une agriculture intensive traditionnelle et présente ses difficultés actuelles. Plan : introduction ; 1. un milieu contraignant ; 2. des techniques savantes ; 3. les difficultés et les solutions ; conclusion.

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Exemple de rédaction :

Sur le littoral de la Basse-Guinée, les Baga pratiquent depuis longtemps une riziculture de mangrove qui est un bel exemple d'agriculture intensive traditionnelle.

Leur milieu est très contraignant : la mangrove est envahie deux fois par jour par les marées, les vases sont salées et deviennent acides si elles sèchent, et il faut abattre les palétuviers.

Pour transformer ce milieu, les Baga construisent une grande digue de ceinture contre la mer, divisent la plaine en casiers, creusent des drains et laissent les pluies laver le sel. Avec de longues pelles en bois, les hommes relèvent la vase en billons, sur lesquels on repique en juillet-août le riz semé en pépinière ; la récolte a lieu en novembre-décembre. La même terre est cultivée chaque année, avec des outils simples mais un travail énorme, et les rendements sont bien supérieurs à ceux du riz de coteau.

Aujourd'hui, ce système est fragilisé : les jeunes partent vers les mines de bauxite et les villes, les digues se dégradent, le sel revient, et le riz importé fait concurrence. Pour le sauver, il faut réhabiliter les digues, diffuser des variétés tolérantes au sel, organiser les riziculteurs et protéger la mangrove.

La riziculture baga témoigne ainsi du savoir-faire des paysans guinéens et reste une richesse à préserver pour la sécurité alimentaire du pays.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans quelle région naturelle de Guinée vivent les Baga ?
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Réponse A : la Basse-Guinée (Guinée maritime). Ils vivent sur le littoral, surtout dans les préfectures de Boké et de Boffa.

2À quoi sert la digue de ceinture ?
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Réponse B : à empêcher l'eau de mer d'entrer dans les rizières. Sans elle, les marées salées envahiraient les casiers.

3Qu'est-ce qui dessale les rizières de mangrove ?
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Réponse B : les pluies, dont l'eau salée est évacuée par les drains. L'eau douce des pluies lave le sel, puis on l'évacue à marée basse.

4Le repiquage consiste à :
Voir la réponse

Réponse B : transplanter dans la rizière les jeunes plants venus d'une pépinière. Il permet d'attendre que la rizière soit dessalée et donne des plants vigoureux.

5Quelle est une cause majeure des difficultés actuelles de la riziculture baga ?
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Réponse A : le départ des jeunes vers les mines et les villes. Sans main-d'œuvre, digues et billons ne sont plus entretenus.

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