Leçon 1 sur 7
La notion de vérité
Je sais définir la vérité, la distinguer de notions voisines (réalité, sincérité, certitude, opinion) et reconnaître les grandes formes de vérité.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la vérité comme accord de la pensée avec le réel ou avec elle-même
- Distinguer vérité, réalité, véracité, certitude, opinion, erreur et mensonge
- Distinguer vérité formelle et vérité matérielle à partir d'exemples
Avant de commencer : Savoir ce qu'est une définition et un concept en philosophie (cours de 11e)
1Je découvre
Un lundi matin, au marché Madina, une rumeur circule : « Le prix du sac de riz va doubler la semaine prochaine ! » Aïssatou, commerçante, l'entend de trois clients différents. Elle hésite : doit-elle acheter tout de suite un grand stock ? Son voisin Sékou lui dit : « Tout le monde le dit, donc c'est vrai. » Mais sa cousine Fanta, élève en 12e, répond : « Que tout le monde le dise ne prouve rien. Qui l'a annoncé ? Sur quoi se fonde cette information ? »
Le soir, à la radio, un responsable du commerce explique que les stocks sont suffisants et que rien n'annonce une hausse. Aïssatou ne sait plus qui croire. Sékou était sincère : il ne mentait pas, il croyait vraiment à la rumeur. Pourtant, il se trompait peut-être.
Cette petite histoire montre qu'on peut être sincère et se tromper, être sûr de soi et avoir tort, répéter ce que tous répètent sans rien savoir.
Qu'est-ce donc que la vérité : est-ce ce que l'on croit, ce que tout le monde dit, ou autre chose encore ?
2Je comprends
1. D'où vient le mot « vérité » ?
Le mot français vient du latin veritas, qui désigne ce qui est vrai, authentique, conforme. Les Grecs disaient aletheia, mot que l'on explique souvent par l'idée de « dévoilement » ou de « ce qui n'est plus caché » : la vérité serait ce qui sort de l'ombre, ce qui apparaît tel qu'il est.
Ces deux origines donnent déjà deux idées importantes :
- la vérité est une question de conformité : une parole est vraie quand elle correspond à ce qui est ;
- la vérité est une question de découverte : il faut la chercher, elle n'est pas donnée d'emblée.
2. Définir la vérité
Dans son sens le plus courant, la vérité est l'accord de la pensée (ou du jugement) avec la réalité. Le philosophe grec Aristote (IVe siècle avant J.-C.) le dit ainsi dans la Métaphysique : dire de ce qui est qu'il est, et de ce qui n'est pas qu'il n'est pas, c'est le vrai ; dire de ce qui est qu'il n'est pas, ou de ce qui n'est pas qu'il est, c'est le faux.
Exemple : la phrase « Le fleuve Niger prend sa source en Guinée » est vraie, parce qu'elle correspond à ce qui est. La phrase « Le fleuve Niger prend sa source au Sénégal » est fausse.
Retiens une idée essentielle : ce ne sont pas les choses qui sont vraies ou fausses, ce sont nos jugements sur les choses. Le fleuve, lui, n'est ni vrai ni faux : il existe. C'est ce que nous disons de lui qui peut être vrai ou faux. La vérité est donc une qualité du jugement, c'est-à-dire de la phrase par laquelle on affirme ou on nie quelque chose.
Il existe un second sens : la vérité peut aussi être l'accord de la pensée avec elle-même, c'est-à-dire l'absence de contradiction. C'est le cas en mathématiques : « Dans un triangle, la somme des angles vaut 180° » est vrai dans la géométrie d'Euclide parce que cela se démontre à partir des axiomes, sans qu'on ait besoin de mesurer tous les triangles du monde.
3. Vérité formelle et vérité matérielle
On distingue donc deux grandes formes de vérité.
| Vérité formelle | Vérité matérielle |
|---|---|
| Accord de la pensée avec elle-même | Accord de la pensée avec le réel |
| Se prouve par la démonstration et le raisonnement | Se prouve par l'observation et l'expérience |
| Domaine : logique, mathématiques | Domaine : sciences de la nature, histoire, vie courante |
| Exemple : « Si tous les A sont B et tous les B sont C, alors tous les A sont C. » | Exemple : « L'eau bout à 100 °C sous la pression atmosphérique normale. » |
- La pensée d'accord avec elle-même
- On démontre
- Logique, mathématiques
- Critère : la non-contradiction
- La pensée d'accord avec le réel
- On observe et on expérimente
- Physique, biologie, histoire
- Critère : la vérification
4. Ne pas confondre la vérité avec ses voisines
Beaucoup de mots ressemblent à « vérité ». En philosophie, il faut les distinguer avec précision.
- La réalité : c'est ce qui existe, les faits eux-mêmes. La vérité, elle, est une propriété de ce que nous disons sur la réalité. La pluie qui tombe sur Conakry en août est une réalité ; la phrase « il pleut » est vraie.
- La véracité (ou sincérité) : c'est l'accord entre ce que l'on pense et ce que l'on dit. Sékou, dans la situation de départ, est sincère : il dit ce qu'il croit. Mais il n'est pas forcément dans le vrai. La véracité est une qualité morale de la personne ; la vérité est une qualité logique du jugement.
- Le mensonge : c'est dire volontairement le contraire de ce que l'on pense, dans l'intention de tromper. Le menteur peut, par hasard, dire une chose vraie : s'il croit que le marché est fermé et affirme qu'il est ouvert pour tromper son voisin, alors que le marché est réellement ouvert, il ment tout en disant vrai.
- L'erreur : c'est tenir pour vrai ce qui est faux, sans le vouloir. Celui qui se trompe est de bonne foi ; celui qui ment ne l'est pas.
- L'illusion : c'est une erreur qui persiste même quand on sait qu'on se trompe, parce qu'elle vient de nos sens ou de nos désirs. Sur la route de Kankan, en saison sèche, le goudron semble mouillé au loin : c'est une illusion d'optique.
- L'opinion : c'est une croyance que l'on n'a pas vérifiée et qu'on ne sait pas justifier. Elle peut être vraie ou fausse, mais celui qui la tient ne sait pas pourquoi elle serait vraie.
- La certitude : c'est un état d'esprit, le sentiment d'être sûr. Mais on peut être certain et se tromper. La certitude est subjective (elle est en moi) ; la vérité se veut objective (elle vaut pour tous).
Exemple
Situation : Kadiatou affirme, de bonne foi, que la Guinée a obtenu son indépendance en 1960.
Est-ce vrai ? Non : l'indépendance de la Guinée a été proclamée le 2 octobre 1958. Le jugement est donc faux.
Est-ce un mensonge ? Non : Kadiatou ne cherche pas à tromper, elle croit ce qu'elle dit. Elle est sincère.
Comment nommer son cas ? C'est une erreur : elle tient pour vrai ce qui est faux, sans le vouloir.
Conclusion : on peut être sincère (véracité) sans être dans le vrai (vérité).
Exemple
Situation : un élève dit : « Je suis certain que la Terre est immobile, je le vois bien : c'est le Soleil qui se lève et qui se couche. »
Ce qu'il éprouve : une certitude, fondée sur ce qu'il voit chaque jour.
Ce qu'il en est : le mouvement apparent du Soleil s'explique par la rotation de la Terre sur elle-même. Son jugement est faux.
Leçon : la certitude est un état de l'esprit ; elle ne suffit pas à garantir la vérité. Il faut un critère plus solide que le sentiment d'être sûr (ce sera l'objet de la leçon suivante).
5. Pourquoi la vérité pose-t-elle question ?
Si la vérité était évidente, il n'y aurait ni débat, ni tribunal, ni science. Or les hommes se disputent sans cesse sur ce qui est vrai. Le juge d'un tribunal de Kindia doit établir la vérité des faits à partir de témoignages parfois contradictoires. Le chercheur doit vérifier ses hypothèses avant de les publier. L'historien doit comparer les sources.
La vérité apparaît donc à la fois comme :
- un idéal : ce vers quoi tend toute recherche sérieuse ;
- une exigence : ne pas se contenter de la rumeur, de l'opinion ou de la certitude ;
- une conquête : elle se gagne par un effort de réflexion, de vérification, de doute.
- 1J'entends une affirmation (rumeur, opinion, information)
- 2Je me demande qui l'affirme et sur quoi il se fonde
- 3Je distingue ma certitude de la preuve
- 4Je cherche à vérifier : observation, témoignages, démonstration
- 5J'accepte l'affirmation comme vraie seulement si elle résiste à l'examen
Méthode
Pour définir une notion en philosophie (ici, la vérité) :
- Je pars du sens courant et de l'étymologie du mot.
- Je donne une définition précise en une phrase.
- Je distingue la notion de ses voisines (réalité, sincérité, certitude, opinion…).
- J'illustre chaque distinction par un exemple concret.
- Je montre pourquoi la notion pose un problème (ce qui prépare la réflexion).
3Je retiens
Je retiens
La vérité est l'accord de la pensée avec le réel (vérité matérielle) ou de la pensée avec elle-même (vérité formelle).
Seuls les jugements sont vrais ou faux ; les choses, elles, existent ou n'existent pas.
Réalité : ce qui est. Vérité : ce que l'on dit de juste sur ce qui est.
Véracité (sincérité) : accord entre ce que l'on pense et ce que l'on dit. Qualité morale.
Erreur : tenir pour vrai ce qui est faux sans le vouloir. Mensonge : dire le faux en voulant tromper.
Certitude : sentiment d'être sûr, subjectif ; il ne garantit pas la vérité.
Opinion : croyance non vérifiée, qu'on ne sait pas justifier.
4Erreurs fréquentes
- Confondre vérité et réalité : « la vérité, c'est ce qui existe ». Non : la réalité existe, la vérité est une qualité de ce que l'on dit sur elle.
- Confondre sincérité et vérité : « il est sincère, donc il dit vrai ». On peut être sincère et se tromper.
- Confondre certitude et vérité : se sentir sûr n'est pas une preuve.
- Croire qu'une affirmation est vraie parce que beaucoup de gens la répètent : le nombre ne remplace pas la preuve.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Donne la définition de la vérité dans son sens le plus courant.
b) Quelle est la différence entre vérité formelle et vérité matérielle ?
c) Pourquoi dit-on que les choses ne sont ni vraies ni fausses ?
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a) Dans son sens le plus courant, la vérité est l'accord de la pensée, ou du jugement, avec la réalité : un jugement est vrai quand il dit de ce qui est qu'il est, et de ce qui n'est pas qu'il n'est pas.
b) La vérité formelle est l'accord de la pensée avec elle-même : elle se prouve par la démonstration, sans contradiction (logique, mathématiques). La vérité matérielle est l'accord de la pensée avec le réel : elle se prouve par l'observation et l'expérience (sciences de la nature, histoire, vie courante).
c) Parce que la vérité est une qualité du jugement, de ce que l'on affirme. Les choses existent ou n'existent pas ; ce sont nos phrases sur elles qui peuvent être vraies ou fausses.
2Exercice 2
Pour chaque situation, dis s'il s'agit d'une erreur, d'un mensonge, d'une illusion ou d'une opinion. Justifie en une phrase.
a) Ibrahima dit à son père qu'il a révisé toute la soirée alors qu'il a regardé un match.
b) Hawa pense que le bâton plongé dans le marigot est cassé, alors qu'il est droit.
c) Alpha affirme que les filles sont moins douées en mathématiques, sans aucune preuve.
d) Mariama écrit sur sa copie que 7 × 8 = 54.
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a) Mensonge : Ibrahima dit le contraire de ce qu'il sait, dans l'intention de tromper son père.
b) Illusion : l'erreur vient des sens (la réfraction de la lumière dans l'eau) et persiste même quand on sait que le bâton est droit.
c) Opinion (et préjugé) : Alpha affirme une croyance qu'il ne justifie par aucune preuve ; de plus, elle est fausse, car la réussite en mathématiques dépend du travail et de l'enseignement reçu, pas du sexe.
d) Erreur : Mariama se trompe de bonne foi ; 7 × 8 = 56.
3Exercice 3
Classe chaque énoncé selon qu'il relève d'une vérité formelle ou d'une vérité matérielle.
a) « Un triangle a trois côtés. »
b) « Il pleut beaucoup plus en Guinée maritime qu'en Haute-Guinée. »
c) « Si Ousmane est plus grand que Lansana et Lansana plus grand que Sékou, alors Ousmane est plus grand que Sékou. »
d) « Le fer rouille au contact de l'air humide. »
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a) Vérité formelle : cela découle de la définition du triangle.
b) Vérité matérielle : cela se vérifie par les relevés de pluie.
c) Vérité formelle : la conclusion découle nécessairement des deux prémisses, quelles que soient les personnes.
d) Vérité matérielle : cela s'observe et s'explique par l'expérience en chimie.
4Exercice 4
(Analyse d'une affirmation) Un élève affirme : « Ce qui est vrai pour moi est vrai. » Explique pourquoi cette phrase confond la certitude et la vérité. Appuie-toi sur un exemple.
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La phrase « ce qui est vrai pour moi est vrai » confond la certitude, qui est un sentiment personnel, et la vérité, qui doit valoir pour tous. Pendant des siècles, beaucoup de gens étaient certains que le Soleil tournait autour de la Terre, parce qu'ils le voyaient se lever et se coucher. Leur certitude était réelle, mais leur jugement était faux. Ma certitude dit quelque chose de moi (je suis convaincu), elle ne dit pas encore si ce que je pense correspond au réel. Pour passer de « vrai pour moi » à « vrai », il faut une preuve que les autres peuvent examiner.
5Exercice 5
(Petite rédaction guidée) Rédige un paragraphe de 10 à 15 lignes répondant à la question : « Suffit-il d'être sincère pour dire la vérité ? » Suis ce plan : définis sincérité et vérité ; montre avec un exemple qu'on peut être sincère et se tromper ; conclus.
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Exemple de paragraphe :
Être sincère, c'est dire ce que l'on pense réellement, sans chercher à tromper : c'est une qualité morale de la personne. Dire la vérité, c'est affirmer quelque chose qui correspond à la réalité : c'est une qualité du jugement. Ces deux qualités ne se confondent pas. Au marché, Sékou répète sincèrement que le prix du riz va doubler ; il ne ment pas, car il y croit. Pourtant, si les stocks sont suffisants et que le prix ne bouge pas, son affirmation est fausse : il est dans l'erreur. La sincérité protège du mensonge, mais pas de l'erreur. Pour dire la vérité, il faut en plus avoir examiné ce que l'on affirme, en vérifiant ses sources et ses raisons. La sincérité est donc nécessaire pour être honnête, mais elle ne suffit pas pour être dans le vrai.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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