Leçon 2 sur 7
Les critères de la vérité
Je sais présenter les principaux critères qui permettent de reconnaître le vrai (évidence, cohérence, vérification par l'expérience, utilité, accord des esprits) et discuter leurs limites.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir ce qu'est un critère de vérité
- Présenter les critères de l'évidence, de la cohérence, de la vérification expérimentale, de l'utilité et du consensus avec leurs auteurs
- Montrer les limites de chaque critère et rejeter les faux critères (autorité, nombre, ancienneté)
Avant de commencer : La notion de vérité (leçon précédente) : vérité formelle et vérité matérielle, vérité et certitude
1Je découvre
À Boké, deux élèves de 12e, Mamadou et Lansana, discutent devant le lycée. Mamadou affirme : « Si on met un morceau de fer dans l'eau salée, il rouille plus vite que dans l'eau douce. » Lansana répond : « Qu'est-ce qui te permet de le dire ? »
Mamadou réfléchit. Il pourrait dire : « C'est évident. » Il pourrait dire : « Mon grand frère ingénieur me l'a dit. » Il pourrait dire : « Tout le monde le sait. » Mais Lansana insiste : « L'évidence, ton frère, tout le monde… est-ce que cela prouve quelque chose ? »
Finalement, les deux amis décident de faire l'essai : deux clous, deux bouteilles, l'une d'eau salée, l'autre d'eau douce. Une semaine plus tard, ils compareront.
Leur discussion pose une question que les philosophes se posent depuis longtemps. Savoir ce qu'est la vérité (l'accord de la pensée avec le réel) ne suffit pas : encore faut-il savoir à quoi on la reconnaît.
À quels signes peut-on reconnaître qu'une affirmation est vraie ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'un critère de vérité ?
Un critère (du grec kritêrion, « ce qui sert à juger ») est un signe ou une règle qui permet de distinguer une chose d'une autre. Un critère de vérité est donc une marque qui permet de distinguer le vrai du faux, de savoir si l'on peut tenir un jugement pour vrai.
Dans la leçon précédente, tu as vu qu'il existe deux formes de vérité : formelle (accord de la pensée avec elle-même) et matérielle (accord de la pensée avec le réel). Chacune a ses critères. Voici les principaux.
2. Le critère de l'évidence (Descartes)
Pour René Descartes (philosophe français, XVIIe siècle), est vrai ce qui apparaît à l'esprit avec évidence, c'est-à-dire de façon claire et distincte. Dans le Discours de la méthode (1637), le premier précepte de sa méthode est de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu'il ne la connût évidemment être telle.
- Claire : l'idée est présente et nette pour l'esprit attentif.
- Distincte : elle est si bien séparée des autres qu'on ne peut pas la confondre avec elles.
Exemple : « Je pense, donc je suis » est pour Descartes la première évidence : même si je doute de tout, je ne peux pas douter que je doute, donc que je pense, donc que j'existe.
Limite : l'évidence est un sentiment intérieur. Ce qui paraît évident à l'un ne l'est pas pour l'autre, et beaucoup d'« évidences » se sont révélées fausses. Il paraissait évident que le Soleil tourne autour de la Terre. Le philosophe allemand Leibniz reprochait déjà à Descartes de ne pas donner de moyen sûr pour reconnaître ce qui est vraiment clair et distinct.
3. Le critère de la cohérence (non-contradiction)
Un ensemble de propositions est cohérent quand elles ne se contredisent pas et qu'elles s'enchaînent logiquement. En mathématiques et en logique, c'est le critère principal : un théorème est vrai s'il découle sans contradiction des axiomes et des théorèmes déjà démontrés.
Le philosophe hollandais Spinoza va plus loin : pour lui, l'idée vraie porte en elle-même la marque de sa vérité ; celui qui a une idée vraie sait en même temps qu'elle est vraie. On résume souvent sa pensée ainsi : la vérité est à elle-même son propre critère, comme la lumière se montre elle-même et montre l'obscurité.
Limite : un récit peut être parfaitement cohérent et entièrement faux. Un conte bien construit, un mensonge bien préparé, une théorie sans rapport avec les faits peuvent ne contenir aucune contradiction. La cohérence est une condition nécessaire de la vérité, mais elle n'est pas suffisante pour la vérité matérielle.
4. Le critère de la vérification expérimentale
Dans les sciences de la nature, une affirmation est tenue pour vraie lorsqu'elle est confirmée par l'observation et l'expérience, et que d'autres chercheurs peuvent refaire l'expérience et obtenir le même résultat. C'est ce que font Mamadou et Lansana avec leurs clous.
Le philosophe Karl Popper (XXe siècle) a précisé ce critère. Pour lui, aucune expérience ne peut prouver définitivement qu'une loi générale est vraie, car on ne peut pas tester tous les cas. En revanche, une seule expérience contraire peut montrer qu'elle est fausse. Une théorie est donc scientifique si elle est réfutable (on peut imaginer une expérience qui la contredirait), et on la garde tant qu'elle résiste aux tests.
Exemple
Affirmation : « Tous les métaux conduisent l'électricité. »
On teste le fer, le cuivre, l'aluminium : ils conduisent l'électricité. La loi est confirmée.
Mais ces essais ne prouvent pas qu'elle sera vraie pour tous les métaux : on n'a pas tout testé.
Si un jour on trouvait un métal qui ne conduit pas l'électricité, une seule expérience suffirait à réfuter la loi générale.
Conclusion selon Popper : la vérification expérimentale confirme sans jamais prouver définitivement ; la vérité scientifique reste ouverte à la révision.
Limite : ce critère ne vaut pas pour tout. On ne peut pas faire d'expérience pour vérifier un fait historique (la bataille d'une époque passée) ou une vérité morale (« il est injuste de voler »).
5. Le critère de l'utilité (le pragmatisme)
Pour le philosophe américain William James (fin du XIXe et début du XXe siècle), une idée est vraie si elle réussit dans la pratique, si elle nous permet d'agir efficacement et nous conduit à des résultats satisfaisants. Le vrai, c'est ce qui « marche ».
Exemple : le cultivateur de la région de Kankan qui sème au bon moment, en observant l'arrivée des pluies, voit ses connaissances confirmées par la récolte.
Limite : une idée peut être utile sans être vraie. Un mensonge peut « marcher » un moment ; une croyance fausse peut rassurer. Inversement, une vérité peut être gênante ou inutile sur le moment. L'utilité est souvent une conséquence de la vérité, pas sa définition.
6. Le critère de l'accord des esprits (le consensus)
On peut dire qu'une affirmation est vraie quand tous les esprits compétents, après examen, sont d'accord sur elle. En science, un résultat n'est accepté que lorsque la communauté des chercheurs l'a vérifié et discuté.
Limite : l'accord de tous n'est pas une preuve en soi. Pendant des siècles, presque tous pensaient que la Terre était immobile. Ce qui compte n'est pas le nombre des personnes d'accord, mais la qualité des raisons qui les mettent d'accord.
7. Les faux critères
Certains signes sont souvent pris pour des critères de vérité, mais ils n'en sont pas :
- l'autorité : « c'est vrai parce que le maître, le chef ou un grand homme l'a dit » ;
- le nombre : « c'est vrai parce que tout le monde le dit » (la rumeur du marché) ;
- l'ancienneté ou la tradition : « c'est vrai parce qu'on l'a toujours dit » ;
- le sentiment : « c'est vrai parce que j'en suis sûr » ou « parce que cela me plaît ».
Ces signes peuvent nous pousser à examiner une affirmation, mais ils ne remplacent jamais l'examen.
- Évidence (Descartes)
- Cohérence (Spinoza, logique)
- Expérience (Popper)
- Utilité (James)
- Consensus
- Sentiment intérieur, parfois trompeur
- Un récit cohérent peut être faux
- Confirme sans prouver définitivement
- Une idée utile peut être fausse
- Tout le monde peut se tromper
Exemple
Question : « Le fleuve Niger prend sa source en Guinée. » Quels critères utiliser pour s'en assurer ?
L'évidence ne suffit pas : ce n'est pas une idée que l'esprit voit seul.
La cohérence ne suffit pas : un récit contraire pourrait être tout aussi cohérent.
Il faut une vérification matérielle : les relevés des géographes, les cartes, l'observation sur le terrain.
Le consensus des géographes compétents renforce la confiance, parce qu'il repose sur des observations vérifiables.
Conclusion : pour une vérité matérielle, le critère décisif est la confrontation avec le réel, soutenue par l'accord des personnes qui ont vérifié.
8. Bilan : pas de critère unique
Aucun critère ne vaut seul pour tous les domaines. On choisit le critère selon le type de vérité :
- vérité formelle (mathématiques, logique) : la cohérence, la démonstration ;
- vérité matérielle (sciences, faits) : la vérification par l'expérience et l'observation ;
- dans tous les cas : l'examen critique, qui refuse l'autorité, le nombre et le simple sentiment.
Méthode
Pour examiner la vérité d'une affirmation :
- Je précise de quel type d'affirmation il s'agit (formelle ou matérielle).
- Je choisis le critère adapté : démonstration et cohérence, ou observation et expérience.
- J'écarte les faux critères : autorité, nombre, tradition, sentiment.
- Je cherche si l'affirmation résiste aux objections et aux vérifications des autres.
- Je conclus avec prudence : vrai, faux, ou encore non établi.
3Je retiens
Je retiens
Un critère de vérité est un signe qui permet de distinguer le vrai du faux.
Évidence (Descartes) : est vrai ce qui est clair et distinct pour l'esprit. Limite : sentiment subjectif.
Cohérence : absence de contradiction ; critère des vérités formelles. Nécessaire mais pas suffisante pour le réel.
Vérification expérimentale : confirmation par l'observation et l'expérience reproductible ; Popper : une théorie scientifique doit être réfutable.
Utilité (James, pragmatisme) : est vrai ce qui réussit. Limite : l'utile n'est pas toujours vrai.
Consensus : accord des esprits compétents ; vaut par la qualité des raisons, pas par le nombre.
Faux critères : autorité, nombre, tradition, sentiment.
4Erreurs fréquentes
- Réciter une liste de critères sans leurs limites : en philosophie, chaque critère doit être discuté.
- Confondre critère et définition : la vérité est l'accord de la pensée avec le réel ; le critère est le signe qui permet de reconnaître cet accord.
- Croire qu'une expérience réussie prouve définitivement une loi générale : elle la confirme seulement.
- Prendre l'autorité ou la majorité pour une preuve : « le professeur l'a dit » n'est pas un argument, mais une raison d'aller vérifier.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'est-ce qu'un critère de vérité ?
b) Que signifient « clair » et « distinct » chez Descartes ?
c) Pourquoi la cohérence n'est-elle pas suffisante pour établir une vérité matérielle ?
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a) Un critère de vérité est un signe ou une règle qui permet de distinguer le vrai du faux et de savoir si l'on peut tenir un jugement pour vrai.
b) Une idée est claire quand elle est présente et nette pour l'esprit attentif ; elle est distincte quand elle est si bien séparée des autres qu'on ne peut pas la confondre avec elles.
c) Parce qu'un discours peut être parfaitement cohérent, sans aucune contradiction, et pourtant ne pas correspondre à la réalité : un conte ou un mensonge bien préparé en sont des exemples. Pour une vérité matérielle, il faut en plus confronter l'affirmation au réel.
2Exercice 2
Pour chaque justification, nomme le critère utilisé et dis s'il est valable ou non.
a) « C'est vrai, le chef du village l'a dit. »
b) « C'est vrai : j'ai fait l'expérience trois fois et mes camarades l'ont refaite avec le même résultat. »
c) « C'est vrai, car cela découle des axiomes sans contradiction. »
d) « C'est vrai, parce que cette idée m'aide à dormir tranquille. »
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a) Critère de l'autorité : non valable. L'autorité peut inciter à examiner, mais elle ne prouve rien par elle-même.
b) Critère de la vérification expérimentale, avec reproduction par d'autres : valable pour une vérité matérielle (la vérité reste toutefois ouverte à la révision).
c) Critère de la cohérence (démonstration) : valable pour une vérité formelle, en mathématiques ou en logique.
d) Critère de l'utilité (ou du sentiment) : non valable. Une idée peut rassurer sans être vraie.
3Exercice 3
Explique en quelques lignes pourquoi, selon Popper, dix mille observations de cygnes blancs ne prouvent pas que « tous les cygnes sont blancs », alors qu'une seule observation d'un cygne noir suffit à montrer que c'est faux.
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Une loi générale porte sur tous les cas, passés et futurs. Dix mille observations de cygnes blancs ne couvrent qu'une partie des cygnes : rien ne garantit que le suivant sera blanc. Elles confirment la loi sans la prouver. En revanche, un seul cygne noir, bien observé, contredit l'affirmation « tous les cygnes sont blancs » : il suffit d'un contre-exemple pour montrer qu'une proposition universelle est fausse. Il y a donc une dissymétrie : on ne peut jamais vérifier définitivement une loi, mais on peut la réfuter.
4Exercice 4
(Analyse de texte) Lis cette phrase de Descartes (Discours de la méthode, 1637, 2e partie) : « Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. »
a) Reformule cette règle avec tes propres mots.
b) Quels faux critères cette règle permet-elle d'écarter ?
c) Quelle objection peut-on lui faire ?
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a) Il ne faut accepter comme vrai que ce que l'on connaît avec évidence, c'est-à-dire ce que l'on voit clairement et distinctement par sa propre raison, et non ce que l'on nous a dit ou ce que l'on croit sans examen.
b) Elle écarte l'autorité (croire parce qu'un maître l'a dit), la tradition (croire parce qu'on l'a toujours dit), le nombre (croire parce que tous le disent) et la précipitation (juger trop vite).
c) On peut objecter que l'évidence est un sentiment intérieur : ce qui paraît évident à l'un ne l'est pas pour l'autre, et l'histoire montre des « évidences » fausses, comme l'immobilité de la Terre. Il faut donc compléter l'évidence par d'autres critères : la démonstration et la vérification par l'expérience.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) Sujet : « Suffit-il que tout le monde soit d'accord pour qu'une chose soit vraie ? » Rédige une introduction (définition des termes, problème) et deux parties courtes (une pour « oui, en partie », une pour « non »), en t'appuyant sur au moins un exemple guinéen.
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Exemple de corrigé :
Introduction. Au marché, une rumeur se répand : tout le monde affirme que le prix du riz va doubler. Faut-il en conclure que c'est vrai ? Le consensus est l'accord de plusieurs esprits sur une même affirmation ; la vérité est l'accord de la pensée avec la réalité. Le problème est donc de savoir si l'accord des esprits entre eux garantit leur accord avec le réel.
Première partie. En partie, oui : en science, un résultat n'est admis que lorsque d'autres chercheurs l'ont vérifié et en ont convenu. L'accord des personnes compétentes, obtenu après examen, est un signe sérieux de vérité, car il montre que l'affirmation a résisté aux critiques.
Deuxième partie. Mais le nombre ne suffit pas. Pendant des siècles, presque tout le monde croyait que la Terre était immobile, et c'était faux. La rumeur du marché peut être répétée par des centaines de personnes sans qu'aucune n'ait vérifié. Ce qui fait la valeur d'un accord, c'est la qualité des raisons et des preuves, pas la quantité des voix.
Conclusion. L'accord de tous n'est pas en lui-même un critère de vérité ; il n'a de valeur que s'il résulte d'un examen libre et rigoureux.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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