Leçon 12 sur 13
La croissance économique
Je sais définir la croissance économique, la mesurer par le PIB (nominal, réel, par habitant), calculer un taux de croissance, distinguer croissance, expansion et développement, et présenter les limites du PIB.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la croissance économique et le PIB
- Distinguer PIB nominal et PIB réel, PIB global et PIB par habitant
- Calculer un taux de croissance et un indice
- Distinguer croissance, expansion, récession et développement
- Présenter les limites du PIB et l'indice de développement humain
Avant de commencer : Les notions de production et de valeur ajoutée vues en 11e ; savoir calculer un pourcentage de variation.
1Je découvre
Aïssatou lit dans un journal que « l'économie guinéenne a enregistré un taux de croissance positif l'an dernier, porté notamment par le secteur minier ». Elle en parle à son grand-père Lansana, ancien commerçant à Kankan.
« La croissance ? répond-il. On dit que le pays produit plus, surtout de la bauxite et de l'or. Mais dans mon quartier, les coupures d'électricité continuent et les prix au marché ont augmenté. Est-ce que tout le monde vit mieux quand le pays produit plus ? »
Aïssatou se pose d'autres questions : comment mesure-t-on ce que produit tout un pays ? Si les prix augmentent, la production augmente-t-elle vraiment, ou seulement sa valeur en francs guinéens ? Et si la population augmente plus vite que la production, chacun a-t-il plus ou moins ?
Qu'est-ce que la croissance économique, comment la mesure-t-on, et que nous dit-elle vraiment sur le bien-être d'une population ?
2Je comprends
1. Définition de la croissance économique
La croissance économique est l'augmentation durable (sur une longue période) de la production de biens et de services d'un pays, mesurée en volume, c'est-à-dire sans tenir compte de la hausse des prix.
L'économiste français François Perroux insiste sur trois idées : il s'agit d'une hausse soutenue (pas d'un simple bond d'une année), mesurée par un indicateur global de la production nationale, et en termes réels.
On distingue :
- la croissance, phénomène de long terme et quantitatif ;
- l'expansion, hausse de la production à court terme, pendant une phase favorable de la conjoncture ;
- le développement, transformation qualitative des structures économiques et sociales qui améliore durablement les conditions de vie de toute la population (santé, éducation, logement). La croissance fournit des moyens au développement, mais ne suffit pas à le garantir.
2. L'instrument de mesure : le PIB
Le produit intérieur brut (PIB) est la valeur de l'ensemble des biens et services finaux produits pendant une année par les unités de production résidentes d'un pays (nationales ou étrangères installées sur le territoire).
On le calcule en additionnant les valeurs ajoutées des producteurs, pour ne pas compter plusieurs fois la même chose :
Valeur ajoutée = production - consommations intermédiaires
Exemple
Une filière simple (exemple fictif) : un paysan vend du paddy à une rizerie pour 1 000 000 GNF ; la rizerie le décortique et vend le riz à un commerçant pour 1 600 000 GNF ; le commerçant le revend aux ménages pour 2 000 000 GNF.
- Valeur ajoutée du paysan : 1 000 000 - 0 = 1 000 000 GNF (on néglige ses achats).
- Valeur ajoutée de la rizerie : 1 600 000 - 1 000 000 = 600 000 GNF.
- Valeur ajoutée du commerçant : 2 000 000 - 1 600 000 = 400 000 GNF.
- Somme des valeurs ajoutées : 1 000 000 + 600 000 + 400 000 = 2 000 000 GNF.
Conclusion : la somme des valeurs ajoutées est égale à la valeur du produit final (2 000 000 GNF). Additionner les chiffres d'affaires (4 600 000 GNF) aurait compté plusieurs fois le paddy.
3. PIB nominal et PIB réel
- Le PIB nominal (ou en valeur, ou « à prix courants ») est calculé avec les prix de l'année considérée. Il augmente si l'on produit plus, mais aussi si les prix montent.
- Le PIB réel (ou en volume, ou « à prix constants ») est calculé avec les prix d'une année de référence. Il élimine l'effet de la hausse des prix (inflation) et mesure la vraie variation des quantités produites.
C'est le PIB réel qui mesure la croissance. Une formule approchée, valable pour de petites variations, relie les trois taux :
taux de croissance réel ≈ taux de croissance nominal - taux d'inflation
4. Calculer un taux de croissance
Taux de croissance = PIBannée n - PIBannée n-1PIBannée n-1 × 100
Exemple
Un pays (exemple fictif) a un PIB réel de 120 000 milliards de GNF en année 1 et de 126 000 milliards de GNF en année 2.
- Variation absolue : 126 000 - 120 000 = 6 000 milliards de GNF.
- Taux de croissance : 6 000 / 120 000 × 100 = 5 %.
- Indice de l'année 2, base 100 en année 1 : 126 000 / 120 000 × 100 = 105.
- Si, la même année, le PIB nominal avait augmenté de 12 % avec une inflation de 7 %, la croissance réelle serait d'environ 12 - 7 = 5 %.
Conclusion : l'économie a produit 5 % de plus en volume.
On utilise aussi la règle de 70 pour estimer en combien d'années un PIB double : durée ≈ 70taux de croissance annuel. Avec 5 % par an, le PIB double en environ 705 = 14 ans.
5. Le PIB par habitant
Le PIB global ne dit rien de ce dont dispose, en moyenne, chaque habitant. On calcule donc le PIB par habitant :
PIB par habitant = PIBpopulation
Si la population augmente plus vite que le PIB, le PIB par habitant baisse, même quand il y a croissance. Approximativement :
croissance du PIB par habitant ≈ croissance du PIB - croissance de la population
Exemple
Le PIB réel d'un pays augmente de 5 % en un an ; sa population augmente de 2,5 %.
- Croissance approximative du PIB par habitant : 5 - 2,5 = 2,5 %.
- Calcul exact : 1,05 / 1,025 = 1,0244, soit environ +2,4 %.
- Si la croissance du PIB n'était que de 2 %, le PIB par habitant baisserait d'environ 2 - 2,5 = -0,5 %.
Conclusion : dans un pays à forte croissance démographique, il faut une croissance forte pour que le niveau de vie moyen progresse.
6. Les fluctuations de l'activité
La croissance n'est pas régulière. L'activité connaît des fluctuations : des phases de hausse et de ralentissement se succèdent, formant un cycle économique.
- Expansion : la production augmente rapidement, l'emploi progresse.
- Retournement (ou crise, au sens strict) : moment où la tendance s'inverse.
- Récession : ralentissement ou recul de la production ; lorsqu'il est profond et durable, on parle de dépression.
- Reprise : l'activité repart à la hausse.
Une économie qui dépend fortement de l'exportation de matières premières (bauxite, or, fer) est particulièrement exposée aux fluctuations, car ses recettes suivent les prix mondiaux de ces produits.
7. Croissance extensive et croissance intensive
- La croissance extensive vient de l'augmentation des quantités de facteurs de production : plus de travailleurs, plus de terres cultivées, plus de machines, de nouvelles mines.
- La croissance intensive vient d'une meilleure efficacité de ces facteurs, c'est-à-dire de la hausse de la productivité (meilleures techniques, travailleurs mieux formés, meilleure organisation). Elle sera étudiée dans la leçon sur les facteurs de la croissance.
8. Les limites du PIB
Le PIB est un indicateur utile, mais imparfait :
- il ignore une grande partie de l'économie informelle et de l'autoconsommation (le paysan qui consomme sa propre récolte), très importantes en Guinée ;
- il ne compte pas le travail domestique non rémunéré (préparer les repas, s'occuper des enfants, chercher l'eau) ;
- il ne dit rien de la répartition : un PIB élevé peut cacher de fortes inégalités ;
- il ne tient pas compte des dégâts sur l'environnement (déforestation, pollution des cours d'eau, épuisement des ressources minières) ; certaines activités de réparation de ces dégâts augmentent même le PIB ;
- il mesure des quantités, pas la qualité de vie (santé, éducation, liberté).
C'est pourquoi le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a créé en 1990 l'indice de développement humain (IDH), compris entre 0 et 1, qui combine trois dimensions : la santé (espérance de vie à la naissance), l'éducation (durée de scolarisation) et le niveau de vie (revenu par habitant).
- Mesure la production (quantitatif)
- En francs guinéens ou en dollars
- Une seule dimension : la production
- Ne dit rien de la santé et de l'école
- Mesure le développement humain (qualitatif)
- Indice sans unité, entre 0 et 1
- Trois dimensions : santé, éducation, revenu
- Intègre l'espérance de vie et la scolarisation
Méthode
Pour commenter un tableau de croissance :
- Je vérifie s'il s'agit du PIB nominal ou réel, global ou par habitant.
- Je calcule les taux de variation d'une année à l'autre (ou les indices).
- Je repère les phases : forte croissance, ralentissement, recul.
- Je compare avec la croissance de la population et l'inflation.
- Je nuance : la croissance mesurée ne dit pas tout du bien-être (répartition, informel, environnement).
3Je retiens
Je retiens
La croissance économique est l'augmentation durable de la production d'un pays, mesurée en volume (PIB réel).
PIB : somme des valeurs ajoutées des unités résidentes en un an ; valeur ajoutée = production - consommations intermédiaires.
PIB nominal : aux prix courants ; PIB réel : aux prix constants. Croissance réelle ≈ croissance nominale - inflation.
Taux de croissance = (PIB n - PIB n-1) / PIB n-1 × 100. PIB par habitant = PIB / population.
Croissance du PIB par habitant ≈ croissance du PIB - croissance de la population.
Cycle : expansion, retournement, récession (dépression si elle est profonde), reprise.
Croissance extensive (plus de facteurs) ou intensive (plus de productivité). Limites du PIB : informel, travail domestique, inégalités, environnement ; d'où l'IDH (PNUD, 1990).
4Erreurs fréquentes
- Mesurer la croissance avec le PIB nominal : une hausse des prix n'est pas une hausse de la production.
- Confondre croissance (quantitative, long terme) et développement (qualitatif, amélioration des conditions de vie de tous).
- Oublier la population : un PIB qui augmente peut s'accompagner d'une baisse du PIB par habitant.
- Additionner les chiffres d'affaires au lieu des valeurs ajoutées : on compte alors plusieurs fois les mêmes produits.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis la croissance économique.
b) Qu'est-ce que le PIB ?
c) Quelle est la différence entre PIB nominal et PIB réel ?
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a) La croissance économique est l'augmentation durable de la production de biens et de services d'un pays, mesurée en volume.
b) Le PIB est la valeur de l'ensemble des biens et services finaux produits en un an par les unités résidentes d'un pays ; on l'obtient en additionnant leurs valeurs ajoutées.
c) Le PIB nominal est calculé aux prix de l'année (il intègre la hausse des prix) ; le PIB réel est calculé aux prix d'une année de référence et mesure l'évolution des quantités produites.
2Exercice 2
(Valeur ajoutée) Un bûcheron vend du bois à un menuisier de Labé pour 300 000 GNF. Le menuisier fabrique une table qu'il vend 900 000 GNF à un commerçant, qui la revend 1 200 000 GNF.
a) Calcule la valeur ajoutée de chacun.
b) Vérifie que leur somme est égale à la valeur du produit final.
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a) Bûcheron : 300 000 - 0 = 300 000 GNF. Menuisier : 900 000 - 300 000 = 600 000 GNF. Commerçant : 1 200 000 - 900 000 = 300 000 GNF.
b) Somme : 300 000 + 600 000 + 300 000 = 1 200 000 GNF, égale au prix de vente final de la table.
3Exercice 3
(Taux de croissance et indices) PIB réel d'un pays fictif (en milliers de milliards de GNF) : année 1 : 80 ; année 2 : 84 ; année 3 : 86,1 ; année 4 : 84,4.
a) Calcule les taux de croissance des années 2, 3 et 4 (à 0,1 % près).
b) Calcule l'indice de l'année 4, base 100 en année 1.
c) Identifie les phases du cycle.
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a) Année 2 : 84 - 8080 × 100 = 5 \%. Année 3 : 86,1 - 8484 × 100 = 2,184 × 100 = 2,5 \%. Année 4 : 84,4 - 86,186,1 × 100 = -1,786,1 × 100 ≈ -2,0 \%.
b) Indice : 84,480 × 100 = 105,5.
c) Année 2 : expansion (forte croissance) ; année 3 : ralentissement, la croissance reste positive mais faiblit (retournement) ; année 4 : récession (la production recule). Sur l'ensemble de la période, le PIB a quand même augmenté de 5,5 %.
4Exercice 4
(PIB par habitant) Le PIB d'un pays passe de 100 000 à 104 000 milliards de GNF, et sa population de 12 millions à 12,36 millions d'habitants.
a) Calcule le taux de croissance du PIB et celui de la population.
b) Calcule le PIB par habitant avant et après (en millions de GNF, à 0,01 près).
c) Le niveau de vie moyen a-t-il augmenté ? Justifie.
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a) PIB : 104 000 - 100 000100 000 × 100 = 4 \%. Population : 12,36 - 1212 × 100 = 3 \%.
b) Avant : 100 000 milliards12 millions ≈ 8,33 millions de GNF par habitant. Après : 104 000 milliards12,36 millions ≈ 8,41 millions de GNF par habitant.
c) Oui, légèrement : le PIB par habitant passe d'environ 8,33 à 8,41 millions de GNF, soit une hausse d'environ 1 % (proche de 4 - 3 = 1 \%). Mais cette moyenne ne dit pas comment la richesse est répartie entre les habitants.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type composition) « La croissance économique suffit-elle à améliorer la vie de la population ? » Réponds en une quinzaine de lignes en t'appuyant sur les limites du PIB et sur l'IDH.
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Exemple de rédaction :
La croissance économique, augmentation durable de la production mesurée par le PIB réel, est indispensable : elle crée des revenus, des emplois et des recettes fiscales qui permettent à l'État de construire des écoles, des centres de santé et des routes.
Pourtant, elle ne suffit pas à améliorer la vie de tous. D'abord, si la population augmente presque aussi vite que la production, le PIB par habitant progresse peu. Ensuite, le PIB ne dit rien de la répartition : la croissance peut profiter surtout à une minorité, par exemple si elle vient d'une activité minière qui emploie peu de monde. De plus, il ignore les dégâts sur l'environnement, comme la déforestation ou la pollution des rivières, et il mesure mal l'économie informelle.
C'est pourquoi on utilise d'autres indicateurs, comme l'indice de développement humain du PNUD, qui combine la santé, l'éducation et le revenu.
En conclusion, la croissance est une condition nécessaire mais pas suffisante : il faut qu'elle soit partagée, durable et transformée en développement.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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