Leçon 13 sur 13
Les facteurs de la croissance
Je sais expliquer les grands facteurs de la croissance (travail, capital, ressources naturelles, progrès technique, institutions, demande), calculer une productivité et montrer pourquoi la productivité est la clé d'une croissance durable.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter les facteurs de production : travail et capital, en quantité et en qualité
- Calculer et interpréter la productivité du travail et un taux d'investissement
- Expliquer le rôle du progrès technique et du capital humain
- Montrer le rôle des ressources naturelles, des institutions et de la demande
- Discuter les limites d'une croissance fondée sur les seules ressources naturelles
Avant de commencer : La leçon « La croissance économique » (PIB, taux de croissance, croissance extensive et intensive).
1Je découvre
Dans un village de la préfecture de Siguiri, un groupement de femmes cultive du riz dans un bas-fond. Il y a cinq ans, vingt femmes travaillaient à la houe et récoltaient environ 400 sacs par saison. Aujourd'hui, elles sont vingt-cinq, mais elles récoltent 750 sacs. Que s'est-il passé ?
Fatoumata, la présidente, explique : « Nous avons obtenu un petit crédit pour acheter une motopompe et une décortiqueuse. Un technicien agricole nous a appris à repiquer en lignes et à utiliser des semences améliorées. Plusieurs d'entre nous ont suivi des cours d'alphabétisation : nous tenons maintenant nos comptes. Et la nouvelle piste nous permet de vendre à Siguiri et à Kankan. »
Sa fille Mariama, élève en 12e, remarque que les femmes ne sont qu'un quart plus nombreuses, alors que la récolte a presque doublé. Il y a donc autre chose que le nombre de bras.
Quels sont les facteurs qui font croître la production d'une économie, et pourquoi certains comptent-ils plus que d'autres pour une croissance durable ?
2Je comprends
1. La croissance vient d'abord des facteurs de production
Pour produire, on combine des facteurs de production : le travail (l'activité humaine) et le capital (les équipements), avec des ressources naturelles. On résume souvent cette idée par une fonction de production :
Y = f(K, L)
où Y est la production, K le capital et L le travail. La production peut augmenter de deux façons :
- en utilisant plus de facteurs : c'est la croissance extensive ;
- en utilisant mieux les facteurs, grâce au progrès technique et à une meilleure organisation : c'est la croissance intensive.
2. Le facteur travail
a) En quantité. La quantité de travail dépend :
- de la population active (personnes qui travaillent ou cherchent un emploi), elle-même liée à la croissance démographique, à l'âge de la population et au travail des femmes ;
- de la durée du travail (heures par jour, jours par an) ;
- du taux d'emploi : une population active nombreuse ne sert la croissance que si elle trouve un emploi productif.
b) En qualité : le capital humain. Le capital humain est l'ensemble des connaissances, des compétences, de l'expérience et de la santé d'une personne, qui déterminent sa capacité à produire. L'économiste américain Gary Becker a montré que l'éducation, la formation et la santé sont de véritables investissements : ils coûtent aujourd'hui mais rapportent demain une production plus élevée. Dans l'exemple de Siguiri, l'alphabétisation et la formation technique ont augmenté le capital humain du groupement.
3. Le facteur capital
Le capital technique (ou capital fixe) regroupe les biens durables utilisés pour produire : machines, outils, bâtiments, véhicules, motopompes. On l'augmente par l'investissement, que les comptables nationaux appellent formation brute de capital fixe (FBCF).
On mesure l'effort d'investissement d'un pays par le taux d'investissement :
Taux d'investissement = FBCFPIB × 100
Il faut y ajouter le capital public : les infrastructures (routes, ports, voies ferrées, réseaux électriques, télécommunications, barrages). Elles rendent tous les autres facteurs plus efficaces : sans la piste, les femmes de Siguiri ne pourraient pas vendre leur riz.
L'investissement se finance par l'épargne nationale (ménages, entreprises, État) et par les capitaux étrangers (investissements directs étrangers, prêts, aide).
4. La productivité, cœur de la croissance intensive
La productivité du travail mesure l'efficacité du travail :
Productivité du travail = productionquantité de travail (travailleurs ou heures)
Exemple
Le groupement de Siguiri : 20 femmes produisaient 400 sacs ; aujourd'hui, 25 femmes produisent 750 sacs.
- Productivité avant : 400 / 20 = 20 sacs par femme.
- Productivité après : 750 / 25 = 30 sacs par femme.
- Hausse de la productivité : (30 - 20) / 20 × 100 = 50 %.
- Hausse du travail : (25 - 20) / 20 × 100 = 25 %.
- Hausse de la production : (750 - 400) / 400 × 100 = 87,5 %.
- Vérification : 1,25 × 1,50 = 1,875, soit bien +87,5 %.
Conclusion : la production a augmenté surtout grâce à la productivité (+50 %) plutôt qu'au nombre de travailleuses (+25 %). C'est une croissance principalement intensive.
La productivité augmente grâce au progrès technique (nouvelles machines, semences améliorées, téléphone mobile pour connaître les prix), à la formation des travailleurs, à une meilleure organisation du travail et à de meilleures infrastructures.
5. Le progrès technique
Le progrès technique est l'ensemble des innovations qui permettent de produire davantage, ou mieux, avec les mêmes ressources. On distingue les innovations de produit (un nouveau bien), de procédé (une nouvelle façon de produire) et d'organisation.
Dans les années 1950, l'économiste américain Robert Solow a montré qu'une grande partie de la croissance des pays industrialisés ne s'expliquait pas par l'augmentation des quantités de capital et de travail. Ce « résidu » a été attribué au progrès technique. Plus tard, les théories de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas) ont expliqué que le progrès technique n'arrive pas « du ciel » : il résulte d'investissements dans la recherche, l'éducation, les infrastructures, qui produisent des connaissances profitables à toute l'économie.
6. Les ressources naturelles
Les ressources naturelles (terres, eau, minerais, forêts, énergie) sont un atout. La Guinée en est largement dotée :
- d'immenses gisements de bauxite, qui en font l'un des premiers pays au monde pour cette ressource, ainsi que du fer, de l'or et du diamant ;
- un important potentiel hydroélectrique : le Fouta-Djallon, souvent appelé le « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », donne naissance au Niger, au Sénégal et à la Gambie ;
- des terres agricoles et une pluviométrie favorables dans plusieurs régions naturelles.
Mais les ressources naturelles ne suffisent pas. Plusieurs pays très riches en ressources ont connu une croissance faible : c'est ce qu'on appelle la « malédiction des ressources naturelles ». Les causes sont connues : dépendance à des prix mondiaux instables, faible transformation sur place (on exporte le minerai brut, la valeur ajoutée est créée ailleurs), peu d'emplois créés, négligence des autres secteurs (agriculture, industrie), mauvaise gestion des revenus. Transformer localement (par exemple, passer de la bauxite à l'alumine) et investir les revenus miniers dans le capital humain et les infrastructures permet d'éviter ce piège.
7. Les institutions et l'environnement économique
La croissance a aussi besoin d'un cadre favorable :
- la stabilité politique et la paix ;
- la bonne gouvernance : lutte contre la corruption, gestion transparente des revenus publics ;
- des droits de propriété protégés et une justice qui fait respecter les contrats ;
- un système financier qui collecte l'épargne et accorde des crédits (banques, microfinance, comme pour la motopompe de Siguiri) ;
- une monnaie stable (faible inflation) ;
- l'intégration régionale (CEDEAO), qui élargit les marchés.
8. La demande, moteur de court terme
Pour que les entreprises produisent davantage, il faut qu'elles puissent vendre. L'économiste britannique John Maynard Keynes a souligné le rôle de la demande : la consommation des ménages, l'investissement des entreprises, les dépenses publiques et les exportations tirent la production. Une hausse de la demande peut relancer l'activité à court terme ; mais, à long terme, c'est l'amélioration de l'offre (capital, travail qualifié, progrès technique) qui permet une croissance durable.
- Plus de travailleurs, plus de terres, plus de machines
- Limitée par les ressources disponibles
- Exemple : ouvrir de nouvelles mines
- Meilleure productivité des mêmes facteurs
- Peut se prolonger grâce aux innovations
- Exemple : semences améliorées, formation, motopompe
9. Vers une croissance durable
Une croissance qui épuise les ressources ou détruit l'environnement (déforestation, pollution des rivières par l'orpaillage, érosion des sols) compromet l'avenir. Le rapport Brundtland (1987) a défini le développement durable comme un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.
Méthode
Pour expliquer la croissance d'un pays ou d'une activité :
- Je distingue la part due à plus de facteurs (croissance extensive) et celle due à plus de productivité (croissance intensive).
- Je calcule si possible la productivité avant et après.
- Je cite les causes de la hausse de productivité : progrès technique, capital humain, infrastructures, organisation.
- J'ajoute le cadre : institutions, financement, demande, ressources naturelles.
- Je discute la durabilité : dépendance aux matières premières, environnement, répartition.
3Je retiens
Je retiens
Facteurs de la croissance : travail et capital (en quantité et en qualité), ressources naturelles, progrès technique, institutions, demande.
Croissance extensive : plus de facteurs ; croissance intensive : meilleure productivité.
Productivité du travail = production / quantité de travail. Taux d'investissement = FBCF / PIB × 100.
Capital humain (Becker) : connaissances, compétences et santé ; l'éducation et la santé sont des investissements.
Solow : une grande part de la croissance vient du progrès technique (le « résidu ») ; croissance endogène (Romer, Lucas) : le progrès vient de la recherche, de l'éducation et des infrastructures.
Les ressources naturelles sont un atout mais ne suffisent pas (malédiction des ressources) : il faut transformer sur place et investir les revenus.
Une croissance durable repose sur la productivité et respecte l'environnement (développement durable, Brundtland, 1987).
4Erreurs fréquentes
- Croire que la richesse en ressources naturelles garantit la croissance : sans transformation, sans institutions solides et sans capital humain, elle peut même la freiner.
- Confondre production et productivité : la production peut augmenter parce qu'il y a plus de travailleurs, sans que chacun produise plus.
- Oublier le capital humain : l'éducation et la santé sont des facteurs de croissance, pas seulement des dépenses.
- Additionner les taux de croissance du travail et de la productivité au lieu de multiplier les coefficients (1,25 × 1,50 = 1,875, et non 25 % + 50 % = 75 %).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Cite les principaux facteurs de la croissance.
b) Définis le capital humain.
c) Qu'est-ce que la croissance intensive ?
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a) Le travail, le capital (physique et humain), les ressources naturelles, le progrès technique, les institutions (stabilité, bonne gouvernance, système financier) et la demande.
b) Le capital humain est l'ensemble des connaissances, des compétences, de l'expérience et de la santé d'une personne, qui déterminent sa capacité à produire.
c) La croissance intensive est une croissance obtenue grâce à la hausse de la productivité des facteurs (meilleures techniques, formation, organisation), et non grâce à l'augmentation de leurs quantités.
2Exercice 2
(Productivité) Un atelier de menuiserie de Nzérékoré emploie 8 menuisiers qui fabriquent 160 chaises par mois. Après l'achat d'une machine à raboter, 10 menuisiers fabriquent 300 chaises par mois.
a) Calcule la productivité du travail avant et après.
b) Calcule le taux de variation de la production, du nombre de menuisiers et de la productivité.
c) La croissance de l'atelier est-elle plutôt extensive ou intensive ? Justifie.
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a) Avant : 1608 = 20 chaises par menuisier et par mois. Après : 30010 = 30 chaises.
b) Production : 300 - 160160 × 100 = 87,5 \%. Menuisiers : 10 - 88 × 100 = 25 \%. Productivité : 30 - 2020 × 100 = 50 \%. Vérification : 1,25 × 1,5 = 1,875.
c) Plutôt intensive : la hausse de la productivité (+50 %) explique davantage la hausse de la production que l'augmentation du nombre de menuisiers (+25 %). Elle vient du progrès technique (la machine à raboter).
3Exercice 3
(Taux d'investissement) Un pays fictif a un PIB de 150 000 milliards de GNF et une FBCF de 33 000 milliards de GNF.
a) Calcule le taux d'investissement.
b) Explique pourquoi un taux d'investissement élevé favorise la croissance future.
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a) Taux d'investissement = 33 000150 000 × 100 = 22 \%.
b) L'investissement augmente le stock de capital (machines, bâtiments, infrastructures) et incorpore souvent du progrès technique. Il accroît ainsi la capacité de production et la productivité des travailleurs, ce qui permet de produire davantage dans les années suivantes.
4Exercice 4
(Classer) Classe chaque mesure selon le facteur de croissance qu'elle renforce (travail, capital humain, capital physique, progrès technique, institutions, demande) : a) construction d'un barrage hydroélectrique ; b) formation professionnelle de jeunes électriciens ; c) diffusion de semences améliorées ; d) renforcement de la lutte contre la corruption ; e) hausse des exportations de fruits vers les pays voisins.
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a) capital physique (infrastructure) ; b) capital humain ; c) progrès technique ; d) institutions ; e) demande (exportations).
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type composition) « La Guinée est riche en ressources naturelles ; cela suffit-il pour assurer sa croissance ? » Réponds en une quinzaine de lignes, avec une introduction, deux parties et une conclusion.
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Exemple de rédaction :
Introduction : La Guinée possède d'immenses gisements de bauxite, ainsi que du fer, de l'or, du diamant, un fort potentiel hydroélectrique et des terres fertiles. Ces richesses sont-elles suffisantes pour assurer sa croissance ?
Première partie : Les ressources naturelles sont un atout. Leur exploitation attire des investissements, rapporte des devises et des recettes fiscales à l'État, et fait augmenter la production. Le potentiel hydroélectrique peut fournir une énergie moins chère aux entreprises et aux ménages.
Deuxième partie : Mais elles ne suffisent pas. Les prix des minerais sont instables, ce qui rend la croissance irrégulière. Exporter le minerai brut crée peu d'emplois et laisse la valeur ajoutée à l'étranger. Les autres secteurs risquent d'être négligés, et l'exploitation peut dégrader l'environnement. La croissance durable dépend surtout de la productivité : éducation et santé (capital humain), infrastructures, progrès technique, bonne gouvernance et financement des entreprises.
Conclusion : Les ressources naturelles sont une chance, à condition d'être transformées sur place et de voir leurs revenus investis dans les hommes et les équipements. C'est ainsi qu'elles deviendront un véritable moteur de croissance et de développement.
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6Je vérifie
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