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Français · 12e SS

Leçon 52 sur 52

Le symbolisme (fiche complémentaire)

Je sais expliquer ce qu'est le symbolisme, présenter ses grands poètes et reconnaître dans un poème la suggestion, la musique et les symboles.

  • 55 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le symbolisme, le symbole et les correspondances
  • Situer le mouvement (Baudelaire précurseur, manifeste de Moréas en 1886) et présenter Verlaine, Rimbaud et Mallarmé
  • Expliquer ce qui l'oppose au Parnasse et au naturalisme
  • Analyser un poème symboliste (musicalité, images, suggestion)

Avant de commencer : Le Parnasse, le naturalisme et les outils de la lecture poétique (syllabes, rimes, images).

1Je découvre

Un soir d'harmattan, à Siguiri, Fanta écoute un joueur de kora sur la place du quartier. Il ne chante presque pas de paroles. Pourtant, en l'écoutant, elle pense à son grand-père, à l'odeur du mil grillé, à la lumière rouge du soleil couchant sur le fleuve. La musique ne lui dit rien directement : elle lui suggère des souvenirs, des couleurs, des émotions.

Le lendemain, elle raconte : « Ce n'était qu'une mélodie, mais j'ai vu tout un monde. »

À la fin du XIXe siècle, en France, des poètes ont voulu que la poésie agisse exactement ainsi : non pas décrire le monde avec précision, comme les Parnassiens, ni l'expliquer comme les naturalistes, mais le suggérer par la musique des mots et par des symboles, pour faire sentir ce qui se cache derrière les choses visibles. On les a appelés les symbolistes.

Qu'est-ce que le symbolisme, et comment ses poètes ont-ils fait de la poésie une musique et un art de la suggestion ?

2Je comprends

1. Définition

Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle (environ 1880-1900). Il considère que le monde visible cache un monde invisible, spirituel, que le poète doit suggérer et non décrire, grâce aux symboles, aux images et à la musique des mots.

Un symbole est une réalité concrète (un objet, une couleur, un paysage) qui évoque une idée abstraite ou un sentiment. Par exemple, la pluie peut suggérer la tristesse ; l'automne, la mélancolie ; un bateau, le désir de fuir.

2. Le contexte et les grandes dates

  1. 11857 : Baudelaire publie Les Fleurs du mal ; le poème « Correspondances » annonce le symbolisme.
  2. 21871 : Rimbaud, « lettre du Voyant » : le poète doit se faire voyant.
  3. 31874 : Verlaine, Romances sans paroles ; il écrit son « Art poétique ».
  4. 41884 : Verlaine publie Les Poètes maudits.
  5. 51886 : Jean Moréas publie le « Manifeste du symbolisme » dans Le Figaro (18 septembre).
De Baudelaire au manifeste de 1886.

À la fin du siècle, beaucoup d'artistes sont déçus par le matérialisme de leur époque : on croit que la science et le progrès expliquent tout, on admire l'argent et l'industrie. Les symbolistes réagissent :

  • contre le naturalisme, qui réduit l'homme à son corps, à son hérédité et à son milieu ;
  • contre le Parnasse, dont la poésie descriptive et impassible leur paraît froide.

Ils cherchent au contraire le mystère, le rêve, l'idéal, l'âme des choses. Dans son manifeste, Moréas définit le but de la poésie symboliste : « vêtir l'Idée d'une forme sensible ».

3. Baudelaire, le précurseur : les correspondances

Charles Baudelaire (1821-1867) publie *Les Fleurs du mal* en 1857 ; le recueil est condamné par la justice et six poèmes doivent en être retirés. Dans le sonnet « Correspondances », il expose une idée qui deviendra essentielle pour les symbolistes :

> La Nature est un temple où de vivants piliers

> Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

> L'homme y passe à travers des forêts de symboles

> Qui l'observent avec des regards familiers.

>

> Comme de longs échos qui de loin se confondent

> Dans une ténébreuse et profonde unité,

> Vaste comme la nuit et comme la clarté,

> Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il y a deux sortes de correspondances :

  • verticales : le monde visible correspond à un monde spirituel invisible (« forêts de symboles ») ; le poète est celui qui sait les déchiffrer ;
  • horizontales : les sensations se répondent entre elles (« Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ») ; c'est la synesthésie, l'association de sensations de sens différents.

Exemple

Analyse du premier quatrain de « Correspondances ».

Métaphore : « La Nature est un temple » ; la nature devient un lieu sacré où se cache un message divin.

Personnification : les « vivants piliers » (les arbres) prononcent des « paroles », et les symboles « observent » l'homme : la nature est vivante et mystérieuse.

« confuses paroles », « parfois » : le message n'est pas clair ; il faut l'interpréter.

Idée : le monde visible est un ensemble de signes qui renvoient à une réalité supérieure. C'est le cœur du symbolisme.

4. Les grands poètes symbolistes

PoèteDatesŒuvresIdée principale
Paul Verlaine1844-1896Poèmes saturniens (1866), Romances sans paroles (1874), « Art poétique », Les Poètes maudits (1884)la musique avant tout, la nuance, le vers impair
Arthur Rimbaud1854-1891« Le Bateau ivre » (1871), « Voyelles », Une saison en enfer (1873), Illuminationsle poète voyant, le « dérèglement de tous les sens »
Stéphane Mallarmé1842-1898« Brise marine », Un coup de dés (1897)suggérer, « peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit »

Verlaine ouvre son « Art poétique » par ce vers : « De la musique avant toute chose ». Il recommande le vers impair (5, 7, 9, 11 syllabes), plus léger et plus musical que les vers pairs, et la nuance plutôt que la couleur vive. Dans « Chanson d'automne », les vers très courts et les sonorités nasales imitent la plainte des violons : « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne ».

Rimbaud, génie précoce, écrit presque toute son œuvre entre 16 et 20 ans. Dans la « lettre du Voyant » (1871), il affirme que le poète doit se faire « voyant » par un « dérèglement de tous les sens ». Dans le sonnet « Voyelles », il associe chaque voyelle à une couleur (« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu »). Il abandonne ensuite la poésie et vit en Afrique de l'Est, notamment à Harar, en Éthiopie actuelle, comme commerçant.

Mallarmé réunit chez lui, le mardi, les jeunes poètes. Il recherche une poésie pure, difficile, où les mots valent par leur pouvoir de suggestion. Il résume sa démarche dans une lettre de 1864 : « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit ». Un coup de dés (1897) dispose les mots sur la page de façon totalement nouvelle.

5. Les procédés symbolistes

  • La suggestion : le poète n'explique pas, il évoque ; le lecteur doit ressentir et interpréter.
  • La musicalité : allitérations (répétition de consonnes), assonances (répétition de voyelles), refrains, rythmes impairs.
  • Les symboles et les images : paysages d'âme, saisons, crépuscules, eaux dormantes.
  • La synesthésie : les sensations se mêlent (sons colorés, parfums sonores).
  • La libération du vers : vers impair chez Verlaine, poème en prose chez Rimbaud, puis vers libre (sans mètre fixe ni rime obligatoire) chez des poètes comme Gustave Kahn et Jules Laforgue.
Parnasse
  • Décrire avec précision
  • Le monde visible, objectif
  • La forme comme une sculpture
  • Des couleurs nettes et des contours précis
  • Vers réguliers, sonnet
Symbolisme
  • Suggérer, évoquer
  • Le monde invisible, spirituel
  • La forme comme une musique
  • La nuance, le flou, le mystère
  • Vers impair, vers libre, poème en prose
Le symbolisme réagit contre la froideur descriptive du Parnasse.

Exemple

Analyse d'un poème de Verlaine (Romances sans paroles, 1874).

« Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ? »

Comparaison : la tristesse intérieure (« Il pleure dans mon cœur ») est rapprochée de la pluie (« Comme il pleut sur la ville ») : le paysage devient le symbole de l'état d'âme.

Musicalité : le jeu de sons entre « pleure » et « pleut », la répétition de « cœur » à la rime, les sons doux en [l] et en [r] créent une musique monotone, comme la pluie.

Suggestion : le poète ne sait pas lui-même expliquer sa tristesse (« Quelle est cette langueur ? ») ; le poème suggère un malaise sans cause, au lieu de le décrire.

Versification : des vers de 6 syllabes, courts et fluides, adaptés à la chanson (« Romances sans paroles »).

Méthode

Pour reconnaître et analyser un poème symboliste :

  1. Je lis le poème à voix haute et j'écoute sa musique : sons répétés, rythme, refrains.
  2. Je compte les syllabes : vers impair, vers court, vers libre ?
  3. Je repère les images et les symboles : que suggère le paysage, la couleur, la saison ?
  4. Je cherche les correspondances entre sensations (synesthésie) et entre le visible et l'invisible.
  5. Je montre que le poète suggère plus qu'il ne décrit, et je relie au projet symboliste.

6. Héritage

Le symbolisme a profondément renouvelé la poésie : liberté du vers, place de la musique, goût du mystère et du rêve. Il ouvre la voie à la poésie du XXe siècle, notamment au surréalisme. Le souci de la musique des mots se retrouve aussi chez Senghor, qui indique souvent l'instrument devant accompagner ses poèmes, comme la kôra ou le khalam.

3Je retiens

Je retiens

Le symbolisme (environ 1880-1900) : suggérer un monde invisible par les symboles, les images et la musique des mots.

Symbole : réalité concrète qui évoque une idée ou un sentiment.

Baudelaire, précurseur : Les Fleurs du mal (1857), « Correspondances » (correspondances entre le visible et l'invisible, et entre les sensations).

Manifeste du symbolisme : Jean Moréas, Le Figaro, 18 septembre 1886.

Verlaine : « De la musique avant toute chose », le vers impair. Rimbaud : le poète « voyant ». Mallarmé : « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit ».

Procédés : suggestion, musicalité, synesthésie, symboles, vers impair, poème en prose, vers libre.

Le symbolisme réagit contre le naturalisme et contre la froideur du Parnasse.

4Erreurs fréquentes

  • Présenter Baudelaire comme le chef du symbolisme : il en est le précurseur ; le mouvement se constitue après sa mort (manifeste de 1886).
  • Confondre Parnasse et symbolisme : le Parnasse décrit avec précision, le symbolisme suggère et cherche le mystère.
  • Dire qu'un symbole est une simple comparaison : le symbole évoque une idée sans outil de comparaison et reste ouvert à l'interprétation.
  • Analyser la musique d'un poème sans citer de sons précis : il faut relever les sons répétés (allitérations, assonances) et dire leur effet.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Définis : symbolisme, symbole, synesthésie, vers libre.

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • Symbolisme : mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle qui cherche à suggérer, par les symboles et la musique des mots, un monde invisible et spirituel.
  • Symbole : réalité concrète qui évoque une idée abstraite ou un sentiment (la pluie pour la tristesse).
  • Synesthésie : association de sensations appartenant à des sens différents (un son coloré, un parfum qui chante).
  • Vers libre : vers qui ne suit pas de nombre fixe de syllabes et n'est pas obligé de rimer.

2Exercice 2

Associe chaque formule à son auteur : « De la musique avant toute chose » ; « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit » ; « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » ; « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu ».

Voir le corrigéCacher le corrigé
  • « De la musique avant toute chose » : Verlaine (« Art poétique »).
  • « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit » : Mallarmé (lettre de 1864).
  • « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » : Baudelaire (« Correspondances »).
  • « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu » : Rimbaud (« Voyelles »).

3Exercice 3

Compte les syllabes des vers suivants de Verlaine et dis s'ils sont pairs ou impairs.

a) « De la musique avant toute chose »

b) « De l'automne »

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a) De / la / mu / si / qu(e) a / vant / tou / te / chos(e) : 9 syllabes (le e de « musique » s'efface devant « avant ») ; vers impair (ennéasyllabe), conforme à la doctrine de Verlaine.

b) De / l'au / tom(ne) : 3 syllabes ; vers impair.

4Exercice 4

Dans les vers « Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone » (Verlaine, « Chanson d'automne »), relève un procédé musical et une image, et explique ce qu'ils suggèrent.

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  • Procédé musical : les voyelles nasales répétées, en « on » et en « an » (« sanglots », « longs », « violons », « langueur ») ; les vers très courts et les rimes rapprochées (longs / violons ; cœur / langueur ; automne / monotone) créent une mélodie lente et plaintive, qui imite le son des violons.
  • Image : « Les sanglots longs / Des violons » est une personnification (les violons sanglotent) ; la musique devient le symbole d'une tristesse humaine, liée à l'automne, saison du déclin.
  • Suggestion : le poète ne dit pas pourquoi il est triste ; il fait ressentir une mélancolie diffuse par les sons et les images.

5Exercice 5

(Type dissertation) « Le poète symboliste ne décrit pas le monde : il le suggère. » Expliquez cette affirmation en la comparant avec la démarche du Parnasse. Propose une problématique et un plan en deux parties avec des exemples précis.

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Problématique : « En quoi la poésie symboliste, qui suggère au lieu de décrire, rompt-elle avec la démarche descriptive du Parnasse, et que gagne-t-elle à ce choix ? »

Plan :

I. Le Parnasse décrit le monde avec précision

  1. Une poésie objective et impersonnelle : Heredia peint les conquérants espagnols dans « Les Conquérants ».
  2. Une forme travaillée comme une sculpture : Gautier, « Sculpte, lime, cisèle ».

II. Le symbolisme suggère un monde caché

  1. Le monde visible est un ensemble de signes : « forêts de symboles » (Baudelaire, « Correspondances ») ; Mallarmé veut peindre « l'effet » et non « la chose ».
  2. La musique remplace la description : Verlaine, « De la musique avant toute chose » ; dans « Il pleure dans mon cœur », la pluie suggère une tristesse sans cause.

Bilan : la poésie symboliste laisse au lecteur une part d'interprétation et de rêve ; elle ouvre la voie à la poésie moderne.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Qui a publié le « Manifeste du symbolisme » en 1886 ?
Voir la réponse

Réponse B : Jean Moréas. Jean Moréas le publie dans Le Figaro le 18 septembre 1886.

2Quel poète est considéré comme le précurseur du symbolisme ?
Voir la réponse

Réponse A : Charles Baudelaire. Avec Les Fleurs du mal (1857) et « Correspondances », Baudelaire annonce le symbolisme.

3Que recommande Verlaine dans son « Art poétique » ?
Voir la réponse

Réponse B : la musique avant toute chose et le vers impair. « De la musique avant toute chose, / Et pour cela préfère l'Impair » : c'est le début de l'« Art poétique ».

4Qu'est-ce que la synesthésie ?
Voir la réponse

Réponse B : l'association de sensations de sens différents. « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » : l'odorat, la vue et l'ouïe se mêlent.

5Contre quels mouvements le symbolisme réagit-il ?
Voir la réponse

Réponse B : le naturalisme et le Parnasse. Il refuse le matérialisme naturaliste et la froideur descriptive du Parnasse.

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