Leçon 3 sur 17
Les sources de l'histoire
Je sais reconnaître et classer les différentes sources de l'histoire, et je sais les critiquer avant de les utiliser.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir une source historique
- Classer les sources en écrites, orales, matérielles et iconographiques
- Expliquer le rôle de la tradition orale et des griots en Afrique
- Critiquer une source (origine, auteur, date, fiabilité)
Avant de commencer : Les leçons « Introduction à l'étude de l'histoire » et « La chronologie historique ».
1Je découvre
Pour la fête de fin d'année, la classe de 7e du collège de Siguiri visite le village d'un camarade. Sur la place, un griot chante, accompagné de sa kora, les exploits de Soundiata Keïta et la bataille de Kirina. Plus loin, le chef de village montre aux élèves une vieille poterie trouvée en creusant un puits, et un registre jaune tenu par l'administration coloniale. Dans sa case, un ancien a même accroché une photo de la foule en fête en 1958.
Fatoumata, curieuse, demande au professeur : « Monsieur, tout cela, ce sont des traces du passé ? Et est-ce qu'on peut tout croire ? Le griot dit que Soundiata était invincible, mais la poterie, elle, ne dit rien ! »
Le professeur sourit : « Excellente question. Chaque trace est une source, mais chacune parle à sa façon et aucune ne dit toute la vérité à elle seule. »
Quelles sont les sources qui permettent de connaître le passé, et comment l'historien les utilise-t-il ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'une source historique ?
Une source historique (ou document historique) est toute trace laissée par les hommes du passé et qui nous renseigne sur leur vie. C'est la matière première de l'historien : sans sources, pas d'histoire.
On classe généralement les sources en quatre grandes familles.
- 1Sources écrites : tout ce qui est écrit (inscriptions, manuscrits, lettres, livres, journaux, registres, lois)
- 2Sources orales : ce qui est transmis de bouche à oreille (récits des griots, contes, chants, proverbes, témoignages)
- 3Sources matérielles ou archéologiques : les objets et les restes (outils, poteries, bijoux, armes, ossements, ruines, monuments)
- 4Sources iconographiques et audiovisuelles : les images et les enregistrements (peintures, dessins, cartes, photos, films, sons)
2. Les sources écrites
Les sources écrites sont les plus nombreuses à partir de l'invention de l'écriture. Elles sont très variées : inscriptions gravées sur la pierre, papyrus d'Égypte, tablettes d'argile de Mésopotamie, manuscrits, lettres, lois, traités, journaux, registres.
Pour l'histoire de l'Afrique de l'Ouest, les historiens utilisent notamment :
- les récits des voyageurs et géographes arabes, comme ceux d'Ibn Battûta, qui a visité l'empire du Mali au XIVe siècle ;
- les manuscrits en arabe ou en langues africaines écrites en caractères arabes (écriture ajami), conservés par exemple à Tombouctou, et aussi au Fouta-Djallon ;
- les archives coloniales (rapports, registres, correspondances de l'administration française) ;
- les archives nationales de la Guinée après l'indépendance.
Avantage : un texte est précis, souvent daté. Limite : il donne le point de vue de celui qui l'a écrit. Un rapport colonial, par exemple, présente souvent les résistants africains de façon défavorable.
3. Les sources orales : une richesse de l'Afrique
Pendant des siècles, en Afrique de l'Ouest, l'histoire a été conservée surtout dans la mémoire des hommes. C'est la tradition orale : récits, généalogies, chants, épopées, proverbes, transmis de génération en génération.
Les gardiens de cette mémoire sont les griots (en malinké, les djéli) et les traditionnistes. Au Mandingue, certaines familles de griots, comme les Kouyaté, sont liées depuis des siècles à l'histoire des Keïta. Ils récitent les généalogies des familles, racontent les grands événements et conseillent les chefs.
C'est à partir du récit d'un griot que l'historien guinéen Djibril Tamsir Niane a écrit Soundjata ou l'épopée mandingue (1960), qui a fait connaître au monde entier l'histoire de la fondation de l'empire du Mali.
L'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ a comparé la mort d'un vieillard africain à une bibliothèque qui brûle : avec lui disparaît une mémoire irremplaçable.
Avantage : la tradition orale conserve l'histoire des peuples qui n'écrivaient pas, avec leurs valeurs et leur manière de voir le monde. Limites : les dates sont souvent imprécises ; le récit peut être embelli pour glorifier une famille ; il peut changer d'un griot à l'autre.
4. Les sources matérielles (archéologiques)
Les sources matérielles sont les objets, les restes et les constructions laissés par les hommes : outils de pierre ou de fer, poteries, perles, armes, ossements, restes de maisons, tombeaux, monuments comme les pyramides d'Égypte.
Elles sont surtout découvertes par l'archéologie, grâce à des fouilles : on creuse le sol couche par couche. En général, les couches les plus profondes sont les plus anciennes.
Pour la préhistoire, ce sont les seules sources disponibles. Les scientifiques peuvent aujourd'hui dater certains restes (os, charbon de bois) grâce à des méthodes de laboratoire, comme la datation au carbone 14.
Avantage : l'objet est une preuve directe, il ne ment pas. Limite : il ne parle pas ; il faut l'interpréter, et beaucoup d'objets ont disparu (le bois, le tissu pourrissent vite).
5. Les sources iconographiques et audiovisuelles
Les sources iconographiques sont les images : peintures sur les parois des grottes, dessins, gravures, cartes, photographies. Les sources audiovisuelles sont les enregistrements sonores et les films, qui n'existent que depuis la fin du XIXe siècle.
Les peintures rupestres du Sahara, par exemple, montrent qu'autrefois cette région était verte et que des éleveurs y vivaient avec leurs troupeaux. Les photos et films de 1958 nous montrent la joie de la population guinéenne au moment de l'indépendance.
Limite : une image peut être retouchée ou mise en scène ; il faut savoir qui l'a faite et pourquoi.
| Famille de sources | Exemples en Guinée et en Afrique | Qualité principale | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Écrites | récit d'Ibn Battûta, manuscrits du Fouta-Djallon, archives coloniales | précises et datées | point de vue de l'auteur |
| Orales | récits des griots, épopée de Soundiata | mémoire des peuples sans écriture | dates imprécises, embellissements |
| Matérielles | outils de pierre, poteries, restes de fer | preuves directes | muettes, à interpréter |
| Images et sons | peintures rupestres du Sahara, photos de 1958 | montrent directement | peuvent être truquées |
6. Critiquer une source
L'historien ne croit jamais une source sur parole. Il en fait la critique, c'est-à-dire qu'il se pose une série de questions.
Méthode
Pour présenter et critiquer un document :
- Nature : quel type de document est-ce (texte, objet, récit oral, image) ?
- Auteur : qui l'a produit ? Était-il témoin des faits ? Quel était son intérêt ?
- Date et lieu : quand et où a-t-il été produit ? Est-il proche des faits ?
- Contenu : que nous apprend-il ? Quelle est l'idée principale ?
- Fiabilité : dit-il la vérité ? Je le compare avec d'autres sources.
Exemple
Document : un rapport écrit en 1898 par un officier français qui a participé à la capture de Samori Touré.
Nature : source écrite (rapport militaire).
Auteur : un officier français, adversaire de Samori ; il a intérêt à présenter sa victoire de façon glorieuse.
Date : 1898, au moment même des faits ; c'est un témoin direct.
Fiabilité : il donne des informations précises (lieu, date) mais son jugement sur Samori n'est pas neutre. L'historien doit le comparer avec la tradition orale et d'autres témoignages.
Exemple
Document : un griot raconte que Soundiata Keïta, enfant infirme, s'est un jour levé et a arraché un baobab.
Nature : source orale (épopée).
Fiabilité : l'arrachage du baobab est un récit merveilleux qui sert à montrer la force exceptionnelle du héros ; on ne le prend pas au pied de la lettre. En revanche, l'existence de Soundiata, sa victoire sur Soumaoro Kanté et la fondation de l'empire du Mali au XIIIe siècle sont confirmées par d'autres sources, notamment des auteurs arabes.
La conclusion est simple : plus les sources sont nombreuses et variées, et plus elles se confirment entre elles, plus la connaissance du passé est sûre.
3Je retiens
Je retiens
Une source historique est toute trace laissée par les hommes du passé.
Quatre familles : écrites, orales, matérielles (archéologiques), iconographiques et audiovisuelles.
En Afrique, la tradition orale, gardée par les griots (djéli) et les traditionnistes, est une source essentielle.
Djibril Tamsir Niane a fait connaître l'épopée de Soundiata à partir du récit d'un griot (1960).
Les sources matérielles sont découvertes par les fouilles archéologiques ; ce sont les seules pour la préhistoire.
Critiquer une source : nature, auteur, date, contenu, fiabilité ; toujours comparer plusieurs sources.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'une source écrite dit forcément la vérité : un texte donne le point de vue de son auteur.
- Penser que la tradition orale n'a aucune valeur : elle est une source précieuse, à croiser avec les autres.
- Confondre source orale et source écrite quand le récit d'un griot a été mis par écrit : le livre de D. T. Niane est écrit, mais il transcrit une source orale.
- Oublier de présenter le document (nature, auteur, date) avant de l'analyser.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qu'est-ce qu'une source historique ?
b) Cite les quatre grandes familles de sources.
c) Qui sont les griots, et quel est leur rôle ?
d) Quelle science découvre les sources matérielles ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Une source historique est toute trace laissée par les hommes du passé et qui nous renseigne sur leur vie.
b) Les sources écrites, orales, matérielles (ou archéologiques), iconographiques et audiovisuelles.
c) Les griots (djéli en malinké) sont les gardiens de la tradition orale : ils conservent et récitent les généalogies, les récits des grands événements et les chants, et conseillent les chefs.
d) L'archéologie, grâce aux fouilles.
2Exercice 2
(Classer) Classe chaque source dans sa famille : un chant de griot ; une hache de pierre ; une lettre d'un chef de canton ; une peinture sur une paroi du Sahara ; un proverbe peul ; une photo de 1958 ; un manuscrit en ajami ; une ancienne pirogue retrouvée dans la vase.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Sources orales : le chant de griot, le proverbe peul.
Sources matérielles : la hache de pierre, l'ancienne pirogue.
Sources écrites : la lettre du chef de canton, le manuscrit en ajami.
Sources iconographiques : la peinture du Sahara, la photo de 1958.
3Exercice 3
(Avantages et limites) Pour les sources orales et les sources matérielles, donne un avantage et une limite.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Sources orales : avantage, elles conservent l'histoire des peuples sans écriture ; limite, les dates sont imprécises et le récit peut être embelli.
Sources matérielles : avantage, ce sont des preuves directes ; limite, elles sont muettes et doivent être interprétées.
4Exercice 4
(Analyse de document)
Document : récit d'un griot recueilli dans un village de Haute-Guinée : « Soundiata, enfant, ne pouvait pas marcher. Un jour, il se leva en s'appuyant sur une barre de fer, et il déracina un baobab tout entier. »
a) De quelle famille de sources s'agit-il ?
b) Relève un élément merveilleux. Faut-il le croire à la lettre ? Pourquoi ?
c) Quelle information historique peut-on garder de ce récit ?
d) Comment l'historien peut-il vérifier cette information ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) C'est une source orale (un récit de griot, une épopée).
b) Élément merveilleux : un enfant qui déracine un baobab tout entier. Il ne faut pas le croire à la lettre : c'est une image qui sert à montrer que Soundiata avait une force et un destin exceptionnels.
c) On peut garder que Soundiata a eu une enfance difficile (il était infirme) et qu'il est devenu un grand chef.
d) Il peut comparer ce récit avec ceux d'autres griots, avec les textes des auteurs arabes qui parlent du Mali, et avec les résultats des fouilles archéologiques.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En 8 à 10 lignes, explique pourquoi l'historien doit utiliser plusieurs sortes de sources pour écrire l'histoire de la Guinée. Utilise au moins trois exemples de sources.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de rédaction :
Pour écrire l'histoire de la Guinée, l'historien doit utiliser plusieurs sortes de sources, car chacune a ses qualités et ses limites. Les récits des griots conservent la mémoire des grands royaumes, comme celui de Soundiata, mais leurs dates sont imprécises et ils glorifient parfois les héros. Les archives coloniales sont précises et datées, mais elles donnent surtout le point de vue des colonisateurs. Les objets retrouvés par les archéologues, comme les outils de pierre ou de fer, sont des preuves directes, mais ils ne parlent pas. En croisant toutes ces sources, l'historien peut vérifier les informations et obtenir un récit plus juste et plus complet du passé de la Guinée.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.