Leçon 56 sur 68
Le jour du départ
Je sais lire et expliquer un récit d'adieux, relever le champ lexical des sentiments, et passer du discours direct au discours indirect.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Enrichir le vocabulaire des sentiments et des adieux
- Dégager l'idée générale et les étapes d'un récit à la première personne
- Distinguer le discours direct et le discours indirect et passer de l'un à l'autre
- Raconter à mon tour un moment de séparation en exprimant des sentiments
Avant de commencer : Le dialogue et sa ponctuation ; les temps du récit (imparfait, passé simple) ; le champ lexical
1Je découvre
Un matin d'octobre, à la gare routière de Guéckédou, Lansana attend le taxi-brousse qui doit l'emmener à Kankan. Il a réussi son examen, et il va poursuivre ses études loin de sa famille. Sur le toit du véhicule, les apprentis attachent les bagages : sa valise, un sac de riz, une natte roulée.
Sa mère lui a préparé des galettes pour la route. Son petit frère Ousmane s'accroche à sa main et ne dit rien. Son père lui répète les mêmes conseils : « Travaille bien. Respecte ton oncle. Appelle-nous chaque dimanche. » Lansana est heureux de partir, et en même temps, il a un nœud dans la gorge.
Quand le chauffeur crie « On y va ! », Lansana monte, se retourne, fait un signe de la main. Par la vitre, il voit sa mère qui essuie discrètement ses yeux avec le bout de son pagne.
Pourquoi le jour du départ mêle-t-il la joie et la tristesse, et comment un écrivain peut-il faire partager ces émotions et rapporter les paroles des personnages ? C'est ce que nous allons découvrir.
2Je comprends
1. Le vocabulaire des sentiments et des adieux
| Mot ou expression | Sens |
|---|---|
| les adieux | les paroles et les gestes que l'on échange quand on se sépare pour longtemps |
| l'émotion | un sentiment fort et soudain (joie, peine, peur) |
| l'appréhension | une légère peur de ce qui va arriver |
| l'impatience | le désir que quelque chose arrive vite |
| le chagrin | une peine, une tristesse profonde |
| avoir le cœur serré | ressentir de la tristesse, de l'angoisse |
| avoir un nœud dans la gorge | avoir du mal à parler à cause de l'émotion |
| la bénédiction | les paroles par lesquelles on souhaite du bien, la protection de Dieu, à quelqu'un |
| s'éloigner | aller plus loin, se séparer peu à peu |
| le mal du pays | la tristesse de celui qui vit loin de chez lui |
Sentiments contraires qui peuvent se mêler le jour d'un départ : la joie et la tristesse, l'impatience et l'appréhension, la fierté et le regret.
2. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> Le jour du départ
>
> [1] Je ne dormis presque pas cette nuit-là. Dans l'obscurité de la case, j'écoutais la respiration de mes petits frères et je regardais ma valise, prête depuis la veille près de la porte. Le lendemain, je partirais pour Conakry, où je devais entrer au lycée. J'en rêvais depuis des années, et pourtant, maintenant que le jour était venu, j'avais le cœur serré.
>
> [2] Au lever du soleil, toute la concession était déjà debout. Ma mère avait préparé du riz au gras, mon plat préféré, mais je n'avais pas faim. Les voisines passaient une à une pour me dire au revoir ; certaines glissaient dans ma main quelques billets pliés, d'autres une noix de cola ou une petite bénédiction murmurée.
>
> [3] Mon grand-père me fit asseoir près de lui, sous le manguier. Il posa sa main ridée sur ma tête et me dit : « Mon fils, là-bas, n'oublie jamais d'où tu viens. Sois respectueux avec tout le monde et travaille sans te lasser. » Puis il prononça à voix basse des paroles que je ne compris pas, mais qui me donnèrent du courage.
>
> [4] Enfin, le camion arriva dans un nuage de poussière. Mon père hissa ma valise sur le toit. Ma mère me serra très fort contre elle, sans un mot ; je sentis qu'elle tremblait. Ma petite sœur Hawa me demanda si je reviendrais pour les vacances. Je lui promis que oui, mais ma voix se brisa.
>
> [5] Le camion démarra. Je me retournai et vis longtemps, à travers la poussière rouge, les silhouettes de ma famille qui agitaient les bras. Puis la route tourna, et je ne vis plus rien. Alors, seul au milieu des voyageurs inconnus, je laissai enfin couler mes larmes. Mais au fond de moi, sous la tristesse, brillait déjà une petite flamme : celle de l'avenir.
3. L'idée générale et le plan
Idée générale : un jeune garçon raconte le jour où il a quitté son village et sa famille pour aller étudier au lycée, à Conakry ; ce départ désiré est pourtant vécu dans l'émotion, entre la tristesse de la séparation et l'espoir de l'avenir.
- 1§1 La nuit d'avant : insomnie et cœur serré
- 2§2 Le matin : repas, visites et cadeaux des voisines
- 3§3 La bénédiction et les conseils du grand-père
- 4§4 Les adieux à la famille au moment du départ du camion
- 5§5 La route : les larmes du narrateur et l'espoir de l'avenir
4. L'étude détaillée
Un récit à la première personne. Le narrateur dit « je » : il raconte sa propre histoire. Ce choix permet de faire connaître de l'intérieur ses pensées et ses émotions. Le récit est au passé : l'imparfait pour les descriptions et les états (« j'écoutais », « j'avais le cœur serré ») et le passé simple pour les actions (« Je ne dormis presque pas », « Le camion démarra », « je laissai enfin couler mes larmes »).
Le champ lexical des sentiments. Le texte est plein de mots qui expriment l'émotion : « le cœur serré », « je n'avais pas faim », « elle tremblait », « ma voix se brisa », « larmes », « tristesse », « courage », « flamme ». On remarque que l'émotion est souvent montrée par le corps : l'insomnie, la perte d'appétit, les tremblements, la voix qui se brise. Le lecteur ressent la tristesse sans que le narrateur ait besoin de dire « j'étais triste » à chaque phrase.
Des sentiments mêlés. Dès le paragraphe 1, deux sentiments s'opposent : « J'en rêvais depuis des années, et pourtant […] j'avais le cœur serré. » Le connecteur « pourtant » marque l'opposition entre le désir de partir et la peine de quitter les siens. La dernière phrase reprend cette opposition avec « Mais » : « sous la tristesse, brillait déjà une petite flamme : celle de l'avenir. » La métaphore de la flamme représente l'espoir : le texte finit sur une note lumineuse.
La solidarité de la communauté. Au paragraphe 2, toute la concession et les voisines participent au départ : cadeaux (« billets pliés », « noix de cola »), « bénédiction murmurée ». Le départ d'un jeune pour les études concerne tout le village, qui l'encourage et le protège.
Le rôle du grand-père. Le grand-père transmet les valeurs : ne pas oublier ses origines, respecter les autres, travailler. Le geste de la « main ridée » posée sur la tête est un geste de bénédiction. Les paroles incomprises « qui me donnèrent du courage » montrent la force de la tradition, même sans explication.
Le silence de la mère. La mère ne dit rien : elle serre son fils « sans un mot ». Ce silence en dit plus qu'un discours : il montre une émotion trop forte pour être exprimée.
Le discours direct et le discours indirect. Le texte rapporte les paroles des personnages de deux façons :
| Discours direct | Discours indirect |
|---|---|
| Les paroles sont rapportées telles qu'elles ont été prononcées, entre guillemets, après deux-points. | Les paroles sont intégrées au récit par un verbe de parole suivi de « que », « si », « ce que »… |
| « Mon fils, là-bas, n'oublie jamais d'où tu viens. » (§3) | « Ma petite sœur Hawa me demanda si je reviendrais pour les vacances. » (§4) |
| Ponctuation : deux-points, guillemets, tirets, points d'interrogation ou d'exclamation. | Pas de guillemets ; pas de point d'interrogation. |
| Pronoms et temps de celui qui parle (« je », « tu », présent). | Pronoms et temps adaptés au récit (« il », « je » du narrateur, conditionnel, imparfait). |
Au discours direct, la sœur aurait dit : « Est-ce que tu reviendras pour les vacances ? » Au discours indirect, cela devient : « Elle me demanda si je reviendrais pour les vacances. » On observe trois changements : le mot introducteur « si », le pronom (« tu » devient « je »), le temps (le futur « reviendras » devient le conditionnel « reviendrais », car le verbe introducteur est au passé).
Exemple
Question : Relève une manifestation physique de l'émotion chez le narrateur et une chez la mère. Que montrent-elles ?
Réponse rédigée : Chez le narrateur, « ma voix se brisa » quand il fait une promesse à sa sœur ; chez la mère, le narrateur sent « qu'elle tremblait ». Ces réactions du corps montrent une émotion très forte, que les personnages n'arrivent pas à exprimer par des mots. Elles rendent la scène des adieux touchante et vraie.
Exemple
Question : Transforme au discours indirect : Mon père me dit : « Je t'appellerai demain. »
Réponse rédigée : Mon père me dit qu'il m'appellerait le lendemain.
Explications : on supprime les deux-points et les guillemets ; on introduit la parole par « que » ; « je » devient « il », « t' » devient « m' » ; le futur « appellerai » devient le conditionnel « appellerait », car le verbe « dit » est au passé ; « demain » devient « le lendemain ».
Méthode
Pour passer du discours direct au discours indirect (verbe introducteur au passé) :
- Je supprime les deux-points et les guillemets.
- J'introduis la parole : « que » (affirmation), « si » (question fermée), « ce que », « où », « quand », « pourquoi » (question ouverte) ; « de » + infinitif (ordre).
- Je change les pronoms selon le point de vue du narrateur (je → il ou elle, tu → je…).
- Je change les temps : présent → imparfait ; futur → conditionnel ; passé composé → plus-que-parfait.
- Je change les indications de temps et de lieu : demain → le lendemain ; hier → la veille ; ici → là.
Conclusion de l'explication. Ce récit à la première personne fait vivre un moment que beaucoup de jeunes Guinéens connaissent : le départ pour les études. Grâce au champ lexical des sentiments, aux réactions du corps, à l'opposition entre tristesse et espoir et aux paroles rapportées, il montre que partir, c'est à la fois quitter ceux qu'on aime et aller vers son avenir, avec la bénédiction de toute une communauté.
3Je retiens
Je retiens
Le jour du départ mêle des sentiments opposés : joie et tristesse, impatience et appréhension.
L'émotion peut être dite (« j'avais le cœur serré ») ou montrée par le corps (larmes, voix qui se brise, tremblement).
Discours direct : paroles rapportées telles quelles, avec deux-points et guillemets.
Discours indirect : paroles intégrées au récit après un verbe de parole + que, si, ce que…, sans guillemets.
Du direct à l'indirect (verbe au passé) : changer les pronoms, les temps (présent → imparfait, futur → conditionnel) et les repères (demain → le lendemain).
4Erreurs fréquentes
- Garder le point d'interrogation au discours indirect : on écrit « Elle me demanda si je reviendrais. » (point final, pas de « ? »).
- Oublier de changer les pronoms : « Il dit que je viendrai » au lieu de « Il dit qu'il viendrait », quand il parle de lui-même.
- Écrire « il me demanda est-ce que je reviendrais » : au discours indirect, « est-ce que » disparaît et devient « si ».
- Confondre « adieu » (séparation longue ou définitive) et « au revoir » (séparation courte, on se reverra bientôt).
5Je m’exerce
1Exercice 1
Vocabulaire. Trouve le sentiment qui correspond à chaque situation : chagrin, impatience, appréhension, fierté, mal du pays.
a) Fanta a hâte que les vacances commencent.
b) Loin de Labé depuis six mois, Alpha pense sans cesse à sa famille et à ses montagnes.
c) Le père de Kadiatou sourit en voyant son diplôme.
d) Avant son premier jour dans une nouvelle école, Sékou a un peu peur.
e) Mariama pleure la mort de son chat.
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a) impatience ; b) mal du pays ; c) fierté ; d) appréhension ; e) chagrin.
2Exercice 2
Compréhension.
a) Pourquoi le narrateur quitte-t-il sa famille ? Où va-t-il ?
b) Que reçoit-il des voisines ?
c) Quels conseils le grand-père lui donne-t-il ?
d) Que fait le narrateur quand il ne voit plus sa famille ?
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a) Le narrateur quitte sa famille pour aller étudier : il va entrer au lycée à Conakry.
b) Certaines voisines lui glissent « quelques billets pliés », d'autres « une noix de cola ou une petite bénédiction murmurée ».
c) Le grand-père lui conseille de ne jamais oublier d'où il vient, d'être respectueux avec tout le monde et de travailler sans se lasser.
d) Seul au milieu des voyageurs, il laisse enfin couler ses larmes, mais il sent aussi en lui l'espoir de l'avenir.
3Exercice 3
Dis si chaque phrase est au discours direct ou au discours indirect.
a) Ma mère me demanda si j'avais bien fermé ma valise.
b) Le chauffeur cria : « Tout le monde en voiture ! »
c) Mon oncle m'a dit qu'il viendrait me chercher à la gare.
d) « Travaille bien », répéta mon père.
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a) indirect ; b) direct ; c) indirect ; d) direct.
4Exercice 4
Transforme au discours indirect (le verbe introducteur est au passé).
a) Hawa demanda : « Est-ce que tu m'écriras ? »
b) Le grand-père dit : « Je prierai pour toi. »
c) Ma mère m'a dit : « Mange bien là-bas. »
d) Le narrateur promit : « Je reviendrai demain. »
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a) Hawa demanda si je lui écrirais.
b) Le grand-père dit qu'il prierait pour moi.
c) Ma mère m'a dit de bien manger là-bas. (ordre → « de » + infinitif)
d) Le narrateur promit qu'il reviendrait le lendemain.
5Exercice 5
Étude du texte.
a) Relève dans le paragraphe 1 le connecteur qui oppose deux sentiments. Quels sont ces sentiments ?
b) Pourquoi la mère ne dit-elle rien au moment des adieux ?
c) Explique la métaphore de la dernière phrase.
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a) Le connecteur est « pourtant » : « J'en rêvais depuis des années, et pourtant […] j'avais le cœur serré. » Il oppose le désir de partir (la joie, l'impatience) et la peine de quitter sa famille (la tristesse).
b) La mère ne dit rien parce que son émotion est trop forte pour être exprimée par des mots. Elle serre son fils « sans un mot » et tremble : son silence et son geste montrent son amour et son chagrin mieux qu'un discours.
c) « sous la tristesse, brillait déjà une petite flamme : celle de l'avenir ». La flamme représente l'espoir, sans outil de comparaison : c'est une métaphore. Même s'il pleure, le narrateur garde au fond de lui l'espoir d'une vie meilleure grâce à ses études. Le texte finit ainsi sur une note positive.
6Exercice 6
(Expression écrite) Raconte en dix lignes un départ ou une séparation que tu as vécus (départ d'un frère, d'une amie, voyage…). Écris à la première personne, exprime des sentiments mêlés, montre au moins une émotion par une réaction du corps, et rapporte une parole au discours direct et une autre au discours indirect.
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Exemple de réponse :
« Le jour où ma grande sœur Fatoumata est partie à Conakry pour ses études, je me suis levé très tôt. J'étais fier d'elle, mais j'avais le cœur lourd. Au petit-déjeuner, personne ne parlait. Quand le taxi est arrivé, elle m'a pris dans ses bras et m'a dit : « Sois sage et aide maman. » Mes yeux se sont remplis de larmes, et je n'ai pas pu répondre. Mon père lui a demandé si elle avait bien pris ses papiers. Le taxi a disparu au bout de la rue. Ce soir-là, sa place vide sur la natte m'a fait mal, mais je savais qu'elle reviendrait avec son diplôme. »
Vérification : première personne ; sentiments mêlés (fier / cœur lourd) ; réaction du corps (« Mes yeux se sont remplis de larmes ») ; discours direct (« Sois sage et aide maman ») ; discours indirect (« lui a demandé si elle avait bien pris ses papiers »).
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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