Leçon 58 sur 68
Dans les rues de Paris
Je sais lire et expliquer un texte qui décrit une grande ville étrangère vue par un jeune Africain, et montrer comment l'auteur exprime le dépaysement.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Comprendre le vocabulaire de la ville et du dépaysement
- Dégager l'idée générale et le plan d'un texte descriptif et narratif
- Repérer les sensations, les comparaisons et les oppositions
- Rédiger une courte description d'un lieu animé
Avant de commencer : La comparaison et la métaphore ; le champ lexical ; l'idée générale d'un texte
1Je découvre
Ousmane a reçu une lettre de son cousin Alpha, parti poursuivre ses études en France. Alpha écrit : « Ici, personne ne se salue dans la rue. Les gens marchent vite, les yeux sur leur téléphone. Il fait si froid que mes doigts refusent d'écrire. Mais le soir, quand les lumières s'allument au bord du fleuve, la ville est d'une beauté qui coupe le souffle. »
Ousmane relit la lettre plusieurs fois. Chez lui, à Kankan, on salue chaque voisin, on prend le temps de demander des nouvelles de la famille, et la chaleur de mars pèse sur les épaules. Il essaie d'imaginer ces rues où l'on ne se connaît pas, ce froid qui mord les doigts, ces lumières sur l'eau.
Il se demande ce que l'on ressent quand on découvre, pour la première fois, une grande ville si différente de la sienne : de l'admiration, de la peur, de la tristesse ?
Comment un écrivain peut-il faire sentir au lecteur ce qu'éprouve un jeune Africain dans les rues d'une grande ville étrangère ? Nous allons le découvrir en expliquant un texte.
2Je comprends
1. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> Dans les rues de Paris
>
> [1] Le premier matin, Lansana sortit de la petite chambre que lui louait une vieille dame et s'arrêta sur le trottoir, saisi. Le ciel était bas et gris comme une marmite oubliée sur le feu. Un vent aigre s'engouffrait dans la rue et lui piquait les oreilles. Il remonta le col de son manteau neuf, trop grand pour lui, et se mit en marche.
>
> [2] Partout, des immeubles de pierre, hauts de six ou sept étages, se serraient les uns contre les autres comme des soldats en rang. Les voitures glissaient sans fin, les klaxons répondaient aux sirènes, et sur les trottoirs une foule pressée avançait sans le voir. Personne ne le saluait. Lui qui, au village, ne pouvait faire dix pas sans qu'on lui demande des nouvelles de sa mère, se sentit soudain invisible.
>
> [3] Il descendit dans le métro. Ce ventre de fer l'avala, le secoua, le rejeta trois stations plus loin, étourdi. Dans le wagon, chacun regardait ses pieds ou son livre. Une femme lisait, un enfant dormait contre l'épaule de son père, un vieil homme parlait tout seul. Lansana pensa aux taxis-brousse où l'on partage le pain, les histoires et les éclats de rire.
>
> [4] Pourtant, à la tombée du jour, il arriva au bord de la Seine. Les réverbères s'allumaient un à un, et leurs reflets dansaient sur l'eau sombre comme des lucioles. Au loin, la tour Eiffel s'illumina. Une boulangerie répandait une odeur chaude de pain. Lansana resta longtemps immobile, le cœur partagé : cette ville était froide et belle à la fois. Il comprit qu'il lui faudrait du temps pour l'aimer, et qu'il ne l'oublierait jamais.
2. Le vocabulaire
| Mot ou expression | Sens |
|---|---|
| le dépaysement | le trouble que l'on ressent quand on se trouve loin de chez soi, dans un lieu très différent |
| saisi | frappé d'une vive émotion, surpris |
| un vent aigre | un vent froid et désagréable |
| s'engouffrer | entrer avec force dans un passage étroit |
| le métro | train qui circule surtout sous terre dans une grande ville |
| étourdi | qui a la tête qui tourne, un peu perdu |
| un réverbère | lampe qui éclaire une rue la nuit |
| une luciole | petit insecte qui produit de la lumière la nuit |
| la Seine | le fleuve qui traverse Paris |
3. L'idée générale et le plan
Idée générale : le texte raconte la première journée de Lansana, jeune Africain arrivé à Paris ; d'abord saisi par le froid, la foule et l'indifférence des passants, il découvre le soir la beauté de la ville au bord de la Seine et ressent à la fois de la tristesse et de l'admiration.
C'est un texte narratif et descriptif : il raconte une promenade (les actions de Lansana) et décrit la ville (les lieux, les bruits, les couleurs). La description est subjective : on voit la ville à travers les yeux et les sentiments du personnage.
- 1§1 La sortie : le froid et le ciel gris saisissent Lansana
- 2§2 La rue : immeubles, voitures, foule indifférente ; Lansana se sent invisible
- 3§3 Le métro : le vacarme et le silence des voyageurs ; souvenir des taxis-brousse
- 4§4 Le soir au bord de la Seine : la beauté de la ville ; un cœur partagé
4. L'étude du texte
a) Les sensations. L'auteur fait appel à tous les sens pour que le lecteur vive la scène avec Lansana :
| Sens | Expressions du texte |
|---|---|
| la vue | « ciel… bas et gris », « immeubles de pierre », « reflets dansaient sur l'eau » |
| l'ouïe | « les klaxons répondaient aux sirènes » |
| le toucher | « un vent aigre… lui piquait les oreilles » |
| l'odorat | « une odeur chaude de pain » |
b) Les comparaisons et les métaphores. Elles rapprochent la ville inconnue de choses familières pour Lansana :
- « gris comme une marmite oubliée sur le feu » : une image de la vie africaine pour dire la tristesse du ciel noirci ;
- « comme des soldats en rang » : les immeubles sont serrés, raides, un peu menaçants ;
- « Ce ventre de fer l'avala » : métaphore du métro, vu comme un animal géant qui avale et rejette les voyageurs ;
- « comme des lucioles » : les lumières du soir deviennent douces et vivantes.
c) L'opposition entre Paris et le pays natal. Le texte oppose sans cesse la ville et le village :
- Personne ne salue Lansana
- Dans le métro, chacun regarde ses pieds
- Le froid et le ciel gris
- On demande des nouvelles de sa mère tous les dix pas
- Dans le taxi-brousse, on partage pain, histoires et rires
- (sous-entendu) la chaleur et le soleil
La phrase « se sentit soudain invisible » résume ce dépaysement : dans la foule, Lansana n'existe pour personne.
d) Le retournement final. Le §4 commence par « Pourtant » : ce connecteur d'opposition annonce un changement. Le soir, la ville révèle sa beauté. La phrase « cette ville était froide et belle à la fois » réunit deux sentiments opposés. La fin est ouverte et positive : Lansana apprendra peut-être à aimer Paris.
e) Le point de vue. Le récit est à la troisième personne (« il »), mais nous voyons tout à travers le regard de Lansana : c'est un point de vue interne. Le narrateur nous fait partager ses surprises et ses souvenirs.
Méthode
Pour expliquer une description dans un texte :
- Je repère le lieu décrit et le personnage qui regarde.
- Je classe les détails selon les cinq sens (vue, ouïe, toucher, odorat, goût).
- Je relève les comparaisons (comme, tel, pareil à) et les métaphores.
- Je cherche les oppositions (mais, pourtant, au contraire) et ce qu'elles montrent.
- Je dis quel sentiment la description exprime (admiration, peur, tristesse…).
- Je rédige ma réponse en citant le texte entre guillemets.
Exemple
Question : Expliquez la phrase « Ce ventre de fer l'avala, le secoua, le rejeta trois stations plus loin, étourdi. »
Réponse rédigée : Dans cette phrase, l'auteur emploie une métaphore : le métro est comparé, sans outil de comparaison, à un animal géant dont le « ventre de fer » avale les voyageurs. Les trois verbes « avala, le secoua, le rejeta » forment une gradation qui rend le trajet violent et rapide. Le mot « étourdi » montre que Lansana, qui ne connaît pas ce moyen de transport, en sort perdu et secoué.
Exemple
Question : Quel sentiment Lansana éprouve-t-il à la fin du texte ? Justifiez.
Réponse rédigée : À la fin du texte, Lansana éprouve des sentiments mêlés. Il trouve la ville « froide », car elle l'a mal accueilli, mais aussi « belle », car il admire les reflets des réverbères sur la Seine et la tour Eiffel illuminée. L'auteur dit qu'il a « le cœur partagé ». Pourtant, la dernière phrase montre de l'espoir : il lui faudra « du temps pour l'aimer », mais il ne l'oubliera « jamais ».
3Je retiens
Je retiens
Le dépaysement est le trouble ressenti quand on se trouve loin de chez soi, dans un lieu très différent.
Idée du texte : à Paris, Lansana souffre d'abord du froid, du bruit et de l'indifférence, puis découvre le soir la beauté de la ville.
Le texte est narratif et descriptif ; la description est subjective, vue par le personnage (point de vue interne).
Procédés : sensations (vue, ouïe, toucher, odorat), comparaisons (« comme des soldats en rang »), métaphore (« ce ventre de fer »), oppositions Paris / pays natal.
« Pourtant » marque le retournement final : la ville est « froide et belle à la fois ».
4Erreurs fréquentes
- Confondre comparaison et métaphore : « comme des lucioles » est une comparaison (il y a « comme ») ; « ce ventre de fer » est une métaphore (pas d'outil de comparaison).
- Dire que Lansana déteste Paris : la fin montre qu'il la trouve aussi belle et qu'il espère l'aimer.
- Oublier ce qui est sous-entendu : le texte ne dit pas « au pays il fait chaud », mais l'opposition avec le froid le laisse comprendre.
- Raconter le texte au lieu de l'expliquer : il faut dire ce que montrent les images, pas seulement ce qui se passe.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Vocabulaire)
a) Explique les mots : dépaysement, réverbère, étourdi, s'engouffrer.
b) Relève dans le texte six mots qui appartiennent au champ lexical de la ville.
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a) Le dépaysement est le trouble que l'on ressent loin de chez soi, dans un lieu très différent. Un réverbère est une lampe qui éclaire la rue la nuit. Étourdi signifie qui a la tête qui tourne, un peu perdu. S'engouffrer veut dire entrer avec force dans un passage étroit.
b) Champ lexical de la ville : « trottoir », « immeubles », « voitures », « klaxons », « sirènes », « métro », « stations », « réverbères », « boulangerie » (six suffisent).
2Exercice 2
(Compréhension) Réponds par des phrases complètes en citant le texte.
a) Quel temps fait-il le premier matin ?
b) Pourquoi Lansana se sent-il « invisible » ?
c) À quoi pense-t-il dans le métro ?
d) Qu'est-ce qui le touche au bord de la Seine ?
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a) Il fait froid et gris : « Le ciel était bas et gris », « un vent aigre… lui piquait les oreilles ».
b) Il se sent invisible parce que la foule « avançait sans le voir » et que « Personne ne le saluait », alors qu'au village chacun lui demandait des nouvelles de sa mère.
c) Il pense « aux taxis-brousse où l'on partage le pain, les histoires et les éclats de rire ».
d) Il est touché par les reflets des réverbères qui « dansaient sur l'eau sombre comme des lucioles », par la tour Eiffel illuminée et par « une odeur chaude de pain ».
3Exercice 3
(Étude de la langue)
a) Relève deux comparaisons et une métaphore. Pour chacune, dis ce qui est comparé à quoi.
b) Quel est le rôle du mot « Pourtant » au début du paragraphe 4 ?
c) À quel temps sont les verbes « sortit », « descendit », « comprit » ? Pourquoi l'auteur emploie-t-il ce temps ?
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a) Comparaisons : le ciel est comparé à « une marmite oubliée sur le feu » (gris, noirci) ; les immeubles sont comparés à « des soldats en rang » (serrés, raides) ; les reflets sont comparés à « des lucioles ». Métaphore : le métro est un « ventre de fer » qui avale les voyageurs.
b) « Pourtant » marque l'opposition : il annonce un changement, car après la froideur de la journée, Lansana découvre la beauté de la ville.
c) Ces verbes sont au passé simple. Ce temps sert à raconter les actions principales, les événements de premier plan du récit.
4Exercice 4
(Analyse) Classe dans un tableau les expressions du texte selon le sens qu'elles concernent : vue, ouïe, toucher, odorat.
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| Vue | Ouïe | Toucher | Odorat |
|---|---|---|---|
| « ciel… bas et gris », « immeubles de pierre », « reflets dansaient sur l'eau », « la tour Eiffel s'illumina » | « les klaxons répondaient aux sirènes », « un vieil homme parlait tout seul » | « un vent aigre… lui piquait les oreilles » | « une odeur chaude de pain » |
5Exercice 5
(Type BEPC)
a) Donne l'idée générale du texte.
b) Propose un plan en quatre parties avec un titre pour chacune.
c) Montre, en citant le texte, que Lansana compare sans cesse Paris à son pays.
d) Explique : « cette ville était froide et belle à la fois ».
e) Aimerais-tu découvrir une grande ville étrangère ? Réponds en cinq à six lignes en donnant deux raisons.
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a) Le texte raconte la première journée de Lansana à Paris : d'abord saisi par le froid, le bruit et l'indifférence des passants, il découvre le soir la beauté de la ville et éprouve des sentiments mêlés.
b) §1 : Un matin froid et gris. §2 : Seul dans la foule. §3 : Le vacarme du métro. §4 : La beauté du soir.
c) Lansana compare Paris à son pays : dans la rue, « Personne ne le saluait », alors qu'au village il ne pouvait « faire dix pas sans qu'on lui demande des nouvelles de sa mère » ; dans le métro, « chacun regardait ses pieds », alors que dans les taxis-brousse « l'on partage le pain, les histoires et les éclats de rire ». Même le ciel est comparé à « une marmite », objet de chez lui.
d) Cette phrase réunit deux qualités opposées. Paris est « froide » par son climat et par l'indifférence de ses habitants, mais « belle » par ses lumières, son fleuve et ses monuments. Elle exprime le cœur partagé de Lansana, entre tristesse et admiration.
e) Exemple : « J'aimerais découvrir une grande ville étrangère. D'abord, cela me permettrait de voir des monuments et des paysages que je ne connais que par les livres. Ensuite, je rencontrerais des gens d'une autre culture, et j'apprendrais d'eux. Bien sûr, je sais que je serais dépaysé, comme Lansana, et que ma famille me manquerait. Mais un voyage apprend beaucoup, et je reviendrais plus riche pour aider mon pays. »
6Exercice 6
(Expression écrite) Décris en dix lignes une rue animée de ta ville (un marché, une gare routière, une grande avenue) au moment où tu y arrives. Emploie au moins trois sensations différentes et une comparaison.
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Exemple de réponse :
« Quand j'arrive à la gare routière, un vacarme m'accueille : les apprentis crient les destinations, les moteurs grondent, les klaxons se répondent. L'air sent le gasoil et les beignets chauds. Les taxis-brousse, chargés jusqu'au toit de sacs et de bidons, ressemblent à des fourmis qui portent plus lourd qu'elles. Des vendeuses passent entre les véhicules, une bassine d'oranges sur la tête. Le soleil de midi me brûle la nuque et la poussière me pique les yeux. Pourtant, j'aime cette agitation : c'est ici que commencent tous les voyages. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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