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Français · 8e

Leçon 59 sur 68

Le cireur de chaussures

Je sais lire et expliquer un texte qui fait le portrait d'un travailleur des petits métiers, et montrer comment l'auteur fait ressentir sa dignité.

  • 50 min
  • 6 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Comprendre le vocabulaire des petits métiers et du portrait
  • Dégager l'idée générale et le plan d'un texte narratif et descriptif
  • Étudier le portrait physique et moral d'un personnage
  • Donner son avis sur la valeur du travail

Avant de commencer : La description et le portrait (7e) ; le champ lexical ; la comparaison

1Je découvre

À la gare routière de Kindia, pendant que son père attend le départ du taxi-brousse pour Mamou, Kadiatou observe un jeune homme assis sur une petite caisse en bois. Devant lui, un homme en costume pose le pied sur un repose-pied. Le jeune homme étale le cirage, frotte avec une brosse, puis fait briller le cuir avec un chiffon qu'il claque d'un coup sec. En quelques minutes, les chaussures poussiéreuses brillent comme neuves.

L'homme en costume paie, remercie et s'éloigne. Le jeune homme range ses boîtes, sourit à Kadiatou et lui dit : « Tu vois, petite sœur, chaque paire que je fais briller me paie mes études du soir. »

Kadiatou est étonnée. Elle croyait que cirer des chaussures était un travail sans importance. Pourtant, ce jeune homme parle de son métier avec fierté.

Quelle est la valeur d'un petit métier comme celui de cireur de chaussures, et comment un écrivain peut-il en faire le portrait ? Nous allons le découvrir en expliquant un texte.

2Je comprends

1. Le texte

Texte écrit pour cette leçon.

> Le cireur de chaussures

>

> [1] Chaque matin, avant que le soleil ait chassé la brume, Moussa installe sa caisse au coin de la gare routière. C'est une vieille caisse de bois peinte en bleu, qui contient toute sa fortune : trois boîtes de cirage, noir, marron et incolore, deux brosses usées, un chiffon et une bouteille d'eau. Il a dix-neuf ans, des épaules étroites et des mains toujours noires de cirage, que le savon ne parvient jamais à blanchir tout à fait.

>

> [2] « Cirage ! Cirage ! Chaussures propres, patron ! » Sa voix claire traverse le vacarme des moteurs. Les voyageurs pressés passent sans le regarder. Quelques-uns s'arrêtent, posent un pied sur le repose-pied et lisent leur journal pendant qu'il travaille. Moussa ne voit jamais leur visage : il connaît les gens par leurs chaussures. Il y a les souliers fatigués du maître d'école, les sandales de cuir du vieux commerçant, les chaussures pointues et vaniteuses des jeunes fonctionnaires.

>

> [3] Ses gestes sont rapides et sûrs, comme ceux d'un musicien. Il étale le cirage à petits coups circulaires, brosse vigoureusement, puis fait claquer son chiffon, et le cuir se met à briller comme un miroir. Il ne bâcle jamais une paire, même quand le client ne paie qu'une petite pièce. « Une chaussure mal cirée, dit-il, c'est mon nom que je salis. »

>

> [4] Le soir, quand la gare se vide, Moussa compte ses billets, en met une partie de côté dans une boîte en fer et se dirige vers le cours du soir. Il veut devenir comptable. Un client lui a dit un jour, sans méchanceté : « Tu vas cirer des chaussures toute ta vie ? » Moussa a souri : « Non, monsieur. Mais je les cirerai bien tant que je les cirerai. »

2. Le vocabulaire

Mot ou expressionSens
un cireurpersonne qui cire et fait briller les chaussures contre de l'argent
le ciragepâte grasse qui nourrit et fait briller le cuir
incoloresans couleur
un repose-piedpetit support sur lequel on pose le pied
vaniteuxqui est fier de lui de façon excessive, qui veut se faire remarquer
bâclerfaire un travail vite et mal
un petit métiertravail modeste, souvent exercé dans la rue, qui rapporte peu mais fait vivre
un comptablepersonne chargée de tenir les comptes d'une entreprise

3. L'idée générale et le plan

Idée générale : le texte fait le portrait de Moussa, jeune cireur de chaussures d'une gare routière, qui exerce son petit métier avec soin et fierté, et qui économise pour payer ses études et construire son avenir.

C'est un texte narratif et descriptif : le récit d'une journée ordinaire sert à faire le portrait du personnage.

  1. 1§1 Le matin : le cireur, son matériel et son portrait physique
  2. 2§2 Au travail : l'appel aux clients et le monde vu à travers les chaussures
  3. 3§3 Le savoir-faire : des gestes sûrs et le souci du travail bien fait
  4. 4§4 Le soir : l'épargne, les études et l'ambition de Moussa
Le texte suit une journée de Moussa, du matin au soir.

4. L'étude du texte

a) Le portrait physique. L'auteur donne peu de détails, mais ils sont précis : « dix-neuf ans, des épaules étroites et des mains toujours noires de cirage ». Les mains noires, que « le savon ne parvient jamais à blanchir », sont la trace du métier sur le corps : elles montrent un travail dur et quotidien.

b) Le portrait moral. Les qualités de Moussa apparaissent dans ses actions et ses paroles :

QualitéPreuve dans le texte
courageux, travailleur« Chaque matin, avant que le soleil ait chassé la brume »
consciencieux« Il ne bâcle jamais une paire »
fier, attaché à son honneur« c'est mon nom que je salis »
prévoyant, économeil « en met une partie de côté dans une boîte en fer »
ambitieux« Il veut devenir comptable », il va au « cours du soir »
calme, sûr de lui« Moussa a souri » face à la question du client

c) Le regard original du cireur. Au §2, Moussa « connaît les gens par leurs chaussures ». Chaque paire devient un petit portrait : les souliers « fatigués » du maître d'école (il marche beaucoup, gagne peu), les chaussures « pointues et vaniteuses » des jeunes fonctionnaires. Ces adjectifs sont des personnifications : on prête aux chaussures les traits de leurs propriétaires.

d) L'opposition entre l'indifférence et la dignité. Les voyageurs « passent sans le regarder », certains « lisent leur journal pendant qu'il travaille » : on ne fait pas attention à lui. Mais le texte montre que ce travailleur invisible a un grand sens de l'honneur. La comparaison « comme ceux d'un musicien » donne à ses gestes la beauté d'un art.

e) La chute. La dernière réplique, « je les cirerai bien tant que je les cirerai », est la leçon du texte : il n'y a pas de sot métier ; ce qui compte, c'est de bien faire ce que l'on fait, tout en préparant l'avenir.

Ce que voient les passants
  • Un jeune homme assis sur une caisse
  • Un petit métier sans importance
  • Quelqu'un qu'on ne regarde pas
Ce que montre le texte
  • Un travailleur fier et consciencieux
  • Un savoir-faire, « comme un musicien »
  • Un jeune qui construit son avenir
Le texte change le regard du lecteur sur les petits métiers.

5. Réflexion : les petits métiers en Guinée

Dans les villes guinéennes, de nombreuses personnes vivent de petits métiers : cireurs, cordonniers, vendeuses de beignets, réparateurs de téléphones, porteurs, laveurs de voitures, couturiers de rue. Ces activités font partie du secteur informel : elles ne sont souvent pas déclarées, mais elles rendent de vrais services et font vivre de nombreuses familles. Beaucoup de jeunes les exercent pour payer leurs études ou apprendre un métier. Le proverbe dit : « Il n'y a pas de sot métier, il n'y a que de sottes gens. »

Méthode

Pour étudier le portrait d'un personnage :

  1. Je relève les détails physiques (âge, corps, vêtements, mains, voix).
  2. Je relève ses actions et ses paroles.
  3. Je déduis de ces actions ses qualités ou ses défauts (portrait moral).
  4. Pour chaque qualité, je cite une preuve du texte entre guillemets.
  5. Je cherche comment les autres personnages le voient.
  6. Je dis quelle image l'auteur veut donner du personnage et quelle leçon il transmet.

Exemple

Question : Montrez que Moussa est un travailleur consciencieux.

Réponse rédigée : Moussa est un travailleur consciencieux, car il fait toujours son travail avec soin. Le texte dit qu'« Il ne bâcle jamais une paire, même quand le client ne paie qu'une petite pièce ». Ses gestes sont « rapides et sûrs » et il fait briller le cuir « comme un miroir ». Pour lui, un travail mal fait salirait son honneur : « c'est mon nom que je salis ».

Exemple

Question : Expliquez la phrase « il connaît les gens par leurs chaussures ».

Réponse rédigée : Comme il travaille assis, penché sur les pieds des clients, Moussa ne voit pas leur visage. Il a appris à deviner qui ils sont en regardant leurs chaussures : les souliers « fatigués » du maître d'école montrent un homme modeste qui marche beaucoup, les chaussures « pointues et vaniteuses » des jeunes fonctionnaires montrent des gens qui veulent se faire remarquer. Cette phrase montre que Moussa est un bon observateur.

3Je retiens

Je retiens

Idée du texte : Moussa, jeune cireur de chaussures, exerce son petit métier avec soin et fierté et économise pour étudier et devenir comptable.

Le portrait physique décrit l'apparence ; le portrait moral décrit les qualités et les défauts, révélés par les actions et les paroles.

Qualités de Moussa : courage, conscience professionnelle, fierté, esprit d'économie, ambition.

Procédés : comparaisons (« comme un musicien », « comme un miroir »), personnification des chaussures, opposition indifférence / dignité.

Leçon : il n'y a pas de sot métier ; il faut bien faire ce que l'on fait tout en préparant l'avenir.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre portrait physique et portrait moral : « des épaules étroites » est physique ; « il ne bâcle jamais » révèle une qualité morale.
  • Donner une qualité sans preuve : chaque qualité doit être justifiée par une citation du texte.
  • Mépriser le personnage parce que son métier est modeste : le texte veut au contraire montrer sa dignité.
  • Mal comprendre la dernière réplique : Moussa ne dit pas qu'il restera cireur ; il dit qu'il fera bien son travail tant qu'il l'exercera.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Vocabulaire)

a) Explique : bâcler, incolore, vaniteux, un petit métier.

b) Donne le contraire de : bâcler, vaniteux, rapide, se vider.

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a) Bâcler : faire un travail vite et mal. Incolore : sans couleur. Vaniteux : trop fier de soi, qui veut se faire remarquer. Un petit métier : un travail modeste, souvent exercé dans la rue, qui rapporte peu mais fait vivre.

b) bâcler / soigner (fignoler) ; vaniteux / modeste ; rapide / lent ; se vider / se remplir.

2Exercice 2

(Compréhension) Réponds par des phrases complètes.

a) Que contient la caisse de Moussa ?

b) Comment les voyageurs se comportent-ils avec lui ?

c) Que fait Moussa de son argent le soir ?

d) Quel métier veut-il exercer plus tard ?

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a) La caisse contient « trois boîtes de cirage, noir, marron et incolore, deux brosses usées, un chiffon et une bouteille d'eau ».

b) La plupart « passent sans le regarder » ; ceux qui s'arrêtent « lisent leur journal pendant qu'il travaille » : ils ne font presque pas attention à lui.

c) Il compte ses billets, en met « une partie de côté dans une boîte en fer » et va au cours du soir.

d) Il veut devenir comptable.

3Exercice 3

(Étude de la langue)

a) « Ses gestes sont rapides et sûrs, comme ceux d'un musicien. » Nomme la figure de style et explique-la.

b) « les chaussures pointues et vaniteuses » : quel adjectif est employé au sens figuré ? Quelle figure de style reconnais-tu ?

c) À quel temps la plus grande partie du texte est-elle écrite ? Quelle est la valeur de ce temps ici ?

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a) C'est une comparaison (outil « comme »). Les gestes du cireur sont comparés à ceux d'un musicien : ils sont précis, rapides et harmonieux. Le métier de cireur devient presque un art.

b) L'adjectif « vaniteuses » est employé au sens figuré : une chaussure ne peut pas être vaniteuse. C'est une personnification : on prête aux chaussures le défaut de leurs propriétaires.

c) Le texte est surtout au présent (« installe », « traverse », « étale »). C'est un présent d'habitude : il montre ce que Moussa fait tous les jours.

4Exercice 4

(Analyse) Fais le portrait de Moussa dans un tableau à deux colonnes : portrait physique / portrait moral, avec une citation pour chaque élément.

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Portrait physiquePortrait moral
âge : « dix-neuf ans »travailleur : « Chaque matin, avant que le soleil ait chassé la brume »
corps : « des épaules étroites »consciencieux : « Il ne bâcle jamais une paire »
mains : « toujours noires de cirage »fier : « c'est mon nom que je salis »
voix : « Sa voix claire »économe : « en met une partie de côté » ; ambitieux : « Il veut devenir comptable »

5Exercice 5

(Type BEPC)

a) Donne l'idée générale du texte.

b) Découpe le texte en quatre parties et donne un titre à chacune.

c) Relève trois qualités de Moussa en les justifiant par le texte.

d) Explique la réplique : « Une chaussure mal cirée, c'est mon nom que je salis. »

e) « Il n'y a pas de sot métier. » Es-tu d'accord ? Réponds en six lignes en t'appuyant sur le texte et sur un exemple de ton entourage.

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a) Le texte fait le portrait de Moussa, un jeune cireur de chaussures qui travaille avec soin et fierté dans une gare routière et qui économise pour étudier et devenir comptable.

b) §1 : Moussa et sa caisse bleue. §2 : Le monde vu à travers les chaussures. §3 : Le goût du travail bien fait. §4 : Préparer l'avenir.

c) Moussa est courageux : il commence « avant que le soleil ait chassé la brume ». Il est consciencieux : « Il ne bâcle jamais une paire ». Il est ambitieux : il va au « cours du soir » car « Il veut devenir comptable ».

d) Pour Moussa, son travail est lié à son honneur. Si un client repart avec des chaussures mal cirées, c'est la réputation de Moussa qui en souffre. Cette phrase montre qu'il a le sens de l'honneur et une grande conscience professionnelle, même pour un petit métier.

e) Exemple : « Je suis d'accord : il n'y a pas de sot métier. Moussa le prouve : son travail semble modeste, mais il rend service et il le fait avec soin. De plus, ce métier lui permet de payer ses études. Dans mon quartier, la vendeuse de beignets se lève avant l'aube ; grâce à elle, ses enfants vont à l'école. Ce qui est honteux, ce n'est pas un métier modeste, c'est la paresse ou la malhonnêteté. »

6Exercice 6

(Expression écrite) Fais en dix lignes le portrait d'une personne de ton quartier qui exerce un petit métier (vendeuse, cordonnier, tailleur, mécanicien…). Donne au moins deux détails physiques et deux qualités prouvées par ses actions.

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Exemple de réponse :

« Au bout de ma rue travaille Fodé, le cordonnier. C'est un homme d'une cinquantaine d'années, maigre, avec une barbe grise et de grosses lunettes qui glissent sans cesse sur son nez. Ses doigts sont couverts de petites cicatrices laissées par l'alêne. Il ouvre son atelier sous le manguier dès sept heures, et il ne le ferme qu'à la nuit : c'est un homme courageux. Il répare une sandale pour une petite pièce, mais il la recoud avec autant de soin qu'une chaussure de fête. Quand un enfant vient sans argent, il répare quand même ses sandales d'école : il est généreux. Tout le quartier le respecte. »

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Que signifie « bâcler un travail » ?
Voir la réponse

Réponse A : le faire vite et mal. Moussa, au contraire, « ne bâcle jamais une paire ».

2Quelle expression fait partie du portrait physique de Moussa ?
Voir la réponse

Réponse B : « des mains toujours noires de cirage ». Les mains décrivent son apparence ; les autres expressions révèlent son caractère.

3« comme ceux d'un musicien » est :
Voir la réponse

Réponse A : une comparaison. L'outil « comme » rapproche les gestes du cireur de ceux d'un musicien.

4Pourquoi Moussa met-il de l'argent de côté ?
Voir la réponse

Réponse B : pour payer ses études et préparer son avenir. Il va au cours du soir et veut devenir comptable.

5Quelle est la leçon du texte ?
Voir la réponse

Réponse C : il n'y a pas de sot métier, il faut bien faire ce que l'on fait. La dernière réplique de Moussa exprime cette idée.

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