Leçon 10 sur 23
L'empire du Ghana (suite)
Je sais décrire l'organisation politique, sociale et économique de l'empire du Ghana et expliquer les causes de son déclin.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire le pouvoir du roi du Ghana et l'organisation de l'empire
- Présenter la société et les activités économiques, dont les taxes sur le commerce
- Expliquer les causes du déclin : Almoravides, révoltes, Sosso, sécheresse
- Mesurer l'héritage du Ghana
Avant de commencer : La leçon « L'islam en Afrique de l'Ouest : le Ghana » (situation, Soninké, or et sel, al-Bakri, arrivée de l'islam).
1Je découvre
À Boké, Alpha regarde son grand-père, chef de famille respecté, trancher une dispute entre deux voisins à propos d'une limite de champ. Chacun parle, les anciens écoutent, puis le grand-père rend sa décision, que tout le monde accepte.
En rentrant, Alpha pense à sa leçon sur le Ghana. Un empire si vaste, qui s'étendait sur des centaines de kilomètres, comment un seul roi pouvait-il le gouverner, sans téléphone ni route goudronnée ? Qui rendait la justice, qui payait l'armée, d'où venait l'argent du roi ? Et surtout, comment un empire aussi riche que le « pays de l'or » a-t-il pu disparaître ?
Comment l'empire du Ghana était-il organisé, et pourquoi a-t-il décliné ?
2Je comprends
1. Un roi sacré et tout-puissant
À la tête de l'empire se trouve le roi (le ghana ou kaya maghan). Il est sacré : on le considère comme proche des ancêtres et des divinités ; il garantit la pluie, les récoltes et la prospérité. Il est à la fois :
- chef politique : il décide des affaires de l'empire, nomme les gouverneurs ;
- juge suprême : il reçoit les plaintes et rend la justice ;
- chef de l'armée ;
- chef religieux de la religion traditionnelle.
Une cour fastueuse. Al-Bakri décrit les audiences du roi : il siège sous un pavillon entouré de chevaux couverts d'étoffes d'or, de serviteurs portant des boucliers et des épées décorés d'or, et des fils des rois vassaux, les cheveux tressés d'or. Un grand tambour annonce l'audience. Les sujets de religion traditionnelle s'agenouillent et se couvrent la tête de poussière en signe de respect ; les musulmans, eux, saluent en frappant des mains.
Une succession par les femmes. Selon al-Bakri, le pouvoir ne passe pas au fils du roi, mais au fils de sa sœur : on parle de succession matrilinéaire. Tounka Manin a ainsi succédé à son oncle maternel. On pensait être ainsi sûr que l'héritier était bien du sang royal.
2. Un empire organisé
L'empire comprend deux parties :
- le cœur de l'empire, le Wagadou, gouverné directement par le roi et ses fonctionnaires ;
- des royaumes vassaux (ou tributaires), autour : leurs rois gardent leur pouvoir local, mais doivent payer un tribut (une part de leurs richesses), fournir des soldats et envoyer leurs fils à la cour, où ils servent à la fois d'otages et de futurs alliés.
Le roi s'appuie sur des ministres et des fonctionnaires. Comme on l'a vu, beaucoup d'entre eux sont des musulmans lettrés, qui tiennent les comptes et la correspondance.
Une armée nombreuse. Selon al-Bakri, le roi peut rassembler 200 000 guerriers, dont plus de 40 000 archers. Même si ces chiffres sont sans doute exagérés, ils montrent la puissance de l'empire. Les forgerons soninké fabriquent des armes en fer (lances, pointes de flèches), ce qui donne un avantage sur des voisins moins bien équipés. Des cavaliers complètent l'armée.
- 1Le roi (ghana ou kaya maghan) : sacré, chef politique, juge, chef de l'armée
- 2Les ministres et fonctionnaires, souvent des musulmans lettrés
- 3Le Wagadou, gouverné directement par le roi
- 4Les royaumes vassaux : ils paient un tribut et fournissent des soldats
- 5Les villages : chefs de famille, paysans, artisans, éleveurs
3. Une société hiérarchisée
La société du Ghana est organisée en groupes :
- la famille royale et les nobles (chefs, guerriers) ;
- les marchands, soninké et étrangers (Berbères, Arabes), souvent riches et musulmans ; les marchands soninké ont joué un grand rôle dans la diffusion du commerce et de l'islam vers le sud ;
- les paysans, éleveurs et pêcheurs, les plus nombreux, qui vivent dans les villages ;
- les gens de caste : forgerons, cordonniers, tisserands, griots, qui transmettent leur métier de père en fils ;
- les esclaves, souvent des prisonniers de guerre.
La plupart des habitants pratiquent la religion traditionnelle ; l'islam est la religion des marchands étrangers, d'une partie des marchands soninké et des lettrés.
4. Une économie variée et un roi riche
L'agriculture et l'élevage. Les paysans cultivent le mil et le sorgho, qui supportent le climat sec du Sahel. Près des fleuves, on pratique la pêche. Les éleveurs possèdent des bœufs, des moutons et des chèvres.
L'artisanat. Les forgerons travaillent le fer ; on tisse le coton, on travaille le cuir, le bois, la poterie.
Le commerce, source principale de richesse. L'or et le sel font la fortune du roi. Al-Bakri rapporte deux règles importantes :
- les taxes : pour chaque charge d'âne de sel qui entre dans le pays, le marchand paie un dinar d'or ; pour chaque charge qui sort, il paie deux dinars ; d'autres marchandises (cuivre, tissus) sont aussi taxées ;
- le monopole des pépites : toutes les pépites d'or trouvées dans le pays appartiennent au roi ; la population ne garde que la poudre d'or. Ainsi, le roi évite que l'or devienne trop abondant et perde sa valeur.
Exemple
Question : « Un marchand fait entrer 40 charges de sel au Ghana, puis en fait sortir 15 vers un autre pays. Combien de dinars paie-t-il en tout, selon les taxes rapportées par al-Bakri ? »
Réponse :
Taxes à l'entrée : 40 × 1 = 40 dinars.
Taxes à la sortie : 15 × 2 = 30 dinars.
Total : 40 + 30 = 70 dinars d'or.
On voit que le roi gagne de l'argent à chaque passage de marchandises : c'est une des raisons de sa richesse.
Exemple
Question : « Pourquoi le roi se réservait-il les pépites d'or ? »
Réponse rédigée : Le roi se réservait les pépites pour deux raisons. D'abord, cela augmentait son propre trésor et donc sa puissance. Ensuite, en contrôlant la quantité d'or mise en circulation, il évitait que l'or devienne trop abondant sur les marchés : l'or gardait ainsi une grande valeur face au sel et aux marchandises venues du nord.
5. Le déclin et la fin du Ghana
À partir de la seconde moitié du XIe siècle, le Ghana s'affaiblit. Plusieurs causes se combinent.
Les Almoravides. Au milieu du XIe siècle, chez les Berbères Sanhadja du Sahara occidental, un prédicateur, Abdallah ibn Yassine, fonde un mouvement religieux et militaire très strict : les Almoravides (de l'arabe al-murabitun, « les gens du ribat », sorte de couvent fortifié). Ils veulent imposer un islam rigoureux et contrôler les routes de l'or. Vers 1054-1055, ils prennent Aoudaghost, ville du Ghana. Une partie d'entre eux conquiert ensuite le Maroc et l'Espagne, tandis que l'autre, dirigée par Abou Bakr ibn Omar, reste au sud. Des sources arabes plus tardives affirment qu'ils se sont emparés de la capitale du Ghana en 1076 ; les historiens discutent aujourd'hui de cette prise, mais tous admettent que la pression almoravide a affaibli l'empire et lui a fait perdre le contrôle d'une partie du commerce.
Les révoltes des vassaux. Affaibli, le roi ne peut plus imposer son autorité. Les royaumes vassaux cessent de payer le tribut et deviennent indépendants, comme le Tekrour et le royaume sosso (le Kaniaga).
Les Sosso de Soumaoro Kanté. Au début du XIIIe siècle, le roi sosso Soumaoro Kanté, grand forgeron et chef de guerre, s'empare de ce qui reste du Ghana et de sa capitale (vers 1203 selon la tradition). Les marchands musulmans, qui supportent mal sa domination, quittent la capitale pour Oualata, plus au nord.
La sécheresse. Le Sahel devient plus sec ; les terres cultivables et les pâturages reculent. La légende du serpent Bida garde peut-être le souvenir de cette sécheresse.
La fin. En 1235, Soumaoro est vaincu par Soundiata Keïta à Kirina. Vers 1240, ce qui reste du Ghana est intégré au nouvel empire du Mali.
- 1Vers 1054-1055 : les Almoravides prennent Aoudaghost
- 21076 : prise de la capitale selon des sources tardives (discutée)
- 3Fin du XIe - XIIe siècle : révoltes des vassaux, indépendance du Tekrour et des Sosso
- 4Vers 1203 : Soumaoro Kanté s'empare du Ghana ; départ des marchands vers Oualata
- 51235 : victoire de Soundiata Keïta sur Soumaoro à Kirina
- 6Vers 1240 : le Ghana est intégré à l'empire du Mali
6. L'héritage du Ghana
Le Ghana a montré qu'un grand État africain pouvait organiser un vaste territoire, lever des impôts et commercer avec le monde musulman. Après sa chute, les Soninké se sont dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest, où beaucoup sont devenus commerçants ; on les retrouve aujourd'hui au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, en Gambie et en Guinée. Le Mali reprendra l'héritage du Ghana en contrôlant à son tour le commerce de l'or. Et en 1957, la Gold Coast, en devenant indépendante, a choisi le nom de Ghana pour rappeler la grandeur de cet empire.
Méthode
Pour expliquer le déclin d'un empire :
- Je distingue les causes extérieures (attaques, concurrents) et les causes intérieures (révoltes, querelles, crise économique).
- J'ajoute, s'il y en a, les causes naturelles (sécheresse, épidémie).
- Je range les événements dans l'ordre chronologique.
- Je montre comment les causes se renforcent les unes les autres.
- Je conclus par la fin de l'empire et son héritage.
3Je retiens
Je retiens
Le roi du Ghana est sacré : chef politique, juge, chef de l'armée et de la religion traditionnelle ; la succession passe au fils de sa sœur (succession matrilinéaire).
L'empire comprend le Wagadou, gouverné directement, et des royaumes vassaux qui paient un tribut.
Armée nombreuse (al-Bakri : 200 000 guerriers dont 40 000 archers), armes en fer.
Richesse : taxes sur le commerce (1 dinar par charge de sel à l'entrée, 2 à la sortie) ; les pépites d'or appartiennent au roi.
Déclin : pression des Almoravides (Aoudaghost 1054-1055, capitale en 1076 selon certaines sources), révoltes des vassaux, domination sosso de Soumaoro Kanté (vers 1203), sécheresse.
Vers 1240, le Ghana est intégré à l'empire du Mali de Soundiata Keïta.
4Erreurs fréquentes
- Croire que le roi transmettait le pouvoir à son fils : selon al-Bakri, l'héritier était le fils de sa sœur.
- Donner une seule cause au déclin du Ghana : il faut combiner Almoravides, révoltes des vassaux, Sosso et sécheresse.
- Présenter la prise de 1076 comme un fait certain : elle est rapportée par des sources tardives et discutée.
- Confondre le tribut et la taxe : le tribut est payé par un royaume vassal ; la taxe est payée par les marchands sur les marchandises.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Cite trois pouvoirs du roi du Ghana.
b) Qu'est-ce qu'un royaume vassal ?
c) À qui appartenaient les pépites d'or ?
d) Qui a fondé le mouvement almoravide ?
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Par exemple : chef politique (il gouverne et nomme les gouverneurs), juge suprême, chef de l'armée, chef religieux de la religion traditionnelle.
2Exercice 2
(Vocabulaire) Définis : succession matrilinéaire ; tribut ; monopole ; Almoravides.
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- Succession matrilinéaire : transmission du pouvoir par les femmes ; au Ghana, l'héritier du roi est le fils de sa sœur.
- Tribut : part de ses richesses qu'un royaume vassal doit verser régulièrement au roi dominant.
- Monopole : droit exclusif ; au Ghana, le roi a le monopole des pépites d'or.
- Almoravides : mouvement religieux et militaire berbère fondé au XIe siècle par Abdallah ibn Yassine, qui voulait imposer un islam strict et contrôler les routes de l'or.
3Exercice 3
(Calculs sur les taxes) Utilise les taxes rapportées par al-Bakri (1 dinar par charge de sel à l'entrée, 2 dinars à la sortie).
a) Un marchand fait entrer 25 charges de sel. Combien paie-t-il ?
b) Un autre fait sortir 12 charges. Combien paie-t-il ?
c) Un troisième paie en tout 50 dinars ; il a fait entrer 30 charges et en a fait sortir un certain nombre. Combien de charges a-t-il fait sortir ?
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a) 25 × 1 = 25 dinars.
b) 12 × 2 = 24 dinars.
c) À l'entrée, il paie 30 × 1 = 30 dinars. Il reste 50 - 30 = 20 dinars pour la sortie, soit 20 ÷ 2 = 10 charges sorties.
4Exercice 4
(Analyse de document) Relis la description de la cour du roi par al-Bakri (partie 1).
a) Relève trois éléments qui montrent la richesse du roi.
b) Comment saluent les sujets de religion traditionnelle ? et les musulmans ?
c) Que montre la présence des fils des rois vassaux à la cour ?
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a) Les chevaux couverts d'étoffes d'or ; les boucliers et les épées décorés d'or ; les fils des rois vassaux aux cheveux tressés d'or.
b) Les sujets de religion traditionnelle s'agenouillent et se couvrent la tête de poussière ; les musulmans frappent des mains.
c) Elle montre que ces royaumes sont soumis au roi du Ghana : leurs fils sont à la fois des otages qui garantissent leur fidélité et de futurs alliés éduqués à la cour.
5Exercice 5
(Rédaction guidée, type examen) En une quinzaine de lignes, explique pourquoi l'empire du Ghana a décliné puis disparu. Plan conseillé : introduction ; 1. les causes extérieures ; 2. les causes intérieures et naturelles ; conclusion (la fin et l'héritage).
Voir le corrigéCacher le corrigé
Exemple de rédaction :
L'empire du Ghana, enrichi par le commerce de l'or et du sel, domine le Sahel occidental jusqu'au XIe siècle. Il décline pourtant à partir de cette époque et disparaît au XIIIe siècle.
Les causes extérieures sont d'abord les Almoravides, Berbères Sanhadja partis du Sahara pour imposer un islam rigoureux. Ils prennent Aoudaghost vers 1054-1055 et, selon certaines sources, la capitale en 1076 ; en tout cas, ils affaiblissent l'empire et lui font perdre une partie du commerce. Au début du XIIIe siècle, le roi sosso Soumaoro Kanté s'empare de ce qui reste du Ghana.
Les causes intérieures s'ajoutent : affaibli, le roi ne peut plus retenir ses vassaux, comme le Tekrour ou les Sosso, qui deviennent indépendants ; les marchands musulmans quittent la capitale pour Oualata. Enfin, la sécheresse fait reculer les cultures et les pâturages.
Vers 1240, le Ghana est intégré à l'empire du Mali de Soundiata Keïta. Mais son souvenir demeure : les Soninké dispersés ont continué le commerce, et le Ghana actuel a pris son nom.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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