Leçon 9 sur 23
L'islam en Afrique de l'Ouest : le Ghana
Je sais situer l'empire du Ghana, expliquer sa richesse fondée sur le commerce transsaharien de l'or et du sel, et raconter comment l'islam y est arrivé.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer l'empire du Ghana et le distinguer de l'État actuel du Ghana
- Présenter ses origines d'après la tradition et les sources écrites
- Expliquer le fonctionnement du commerce transsaharien de l'or et du sel
- Décrire l'arrivée pacifique de l'islam et la capitale Koumbi Saleh
Avant de commencer : Les leçons « L'Afrique au VIIe siècle » et « L'introduction de l'islam en Égypte et au Maghreb » (Berbères, routes transsahariennes).
1Je découvre
Kadiatou, élève à Siguiri, visite avec sa classe un site d'orpaillage traditionnel du Bouré. Les femmes lavent la terre dans des calebasses ; au fond, de minuscules paillettes brillent. Le guide explique : « Depuis plus de mille ans, on cherche de l'or ici. Les anciens disent que cet or a fait la richesse du Wagadou, qu'on appelle aussi le Ghana, puis du Mali. »
Kadiatou est étonnée : le Ghana, n'est-ce pas un pays anglophone plus à l'est, au bord de la mer ? Le guide sourit : « Non, le vieux Ghana était au nord, au bord du désert. Les marchands arabes l'appelaient le pays de l'or. C'est aussi avec eux que l'islam a commencé à entrer en Afrique de l'Ouest. »
Où se trouvait l'empire du Ghana, d'où venait sa richesse, et comment l'islam y est-il arrivé ?
2Je comprends
1. Situer l'empire du Ghana
L'empire du Ghana est le premier grand État connu d'Afrique de l'Ouest. Il ne faut pas le confondre avec l'État actuel du Ghana, sur le golfe de Guinée : celui-ci a pris ce nom à son indépendance, en 1957, en souvenir de l'ancien empire, mais il ne se trouve pas au même endroit.
L'ancien Ghana se situait dans le Sahel, au sud du Sahara, entre le fleuve Sénégal et le fleuve Niger : dans le sud-est de la Mauritanie et l'ouest du Mali actuels. C'est une région de transition entre le désert au nord et la savane au sud.
Son peuple fondateur est celui des Soninké (ou Sarakholé). Eux-mêmes appelaient leur pays le Wagadou. Le mot ghana était, à l'origine, un titre porté par le roi, qui signifiait « chef de guerre ». Les Arabes ont pris ce titre pour le nom du pays. Le roi était aussi appelé kaya maghan, expression souvent traduite par « maître de l'or ».
2. Les origines : légende et sources écrites
Ce que dit la tradition orale. Les griots soninké racontent la légende du Wagadou. Un ancêtre, Dinga, venu de l'est, s'installe dans la région ; son fils Diabé Cissé fonde le royaume après avoir conclu un pacte avec Bida, un serpent sacré qui vit dans un puits. Chaque année, on doit sacrifier au serpent la plus belle jeune fille du pays ; en échange, Bida fait pleuvoir de l'or et assure l'abondance. Un jour, un jeune homme, Mamadou le Taciturne, tue le serpent pour sauver sa fiancée. La tête de Bida, en tombant loin, maudit le pays : la sécheresse s'installe, l'or disparaît du Wagadou et, selon certaines versions, va jaillir dans le Bouré. Le Wagadou décline et ses habitants se dispersent.
Cette légende n'est pas un récit historique exact, mais elle garde le souvenir de faits réels : l'importance de l'or, le rôle de la pluie dans un pays sahélien, et la dispersion des Soninké après le déclin.
Ce que disent les sources écrites. Les premières mentions du Ghana se trouvent chez les géographes arabes. À la fin du VIIIe siècle, l'un d'eux, al-Fazari, parle déjà du « Ghana, pays de l'or ». L'empire existait donc à cette date, et sans doute bien avant. La description la plus précieuse est celle d'al-Bakri, géographe de Cordoue, rédigée en 1068 d'après les récits de marchands.
Ce que dit l'archéologie. Des fouilles à Koumbi Saleh, dans le sud-est de la Mauritanie, ont mis au jour les ruines d'une grande ville de pierre, avec une mosquée et des maisons de marchands : la plupart des historiens y voient la capitale décrite par al-Bakri.
- 1Tradition orale : légende de Dinga, Diabé Cissé et du serpent Bida
- 2Fin du VIIIe siècle : al-Fazari appelle le Ghana « pays de l'or »
- 31063 : Tounka Manin devient roi (cité par al-Bakri)
- 41068 : al-Bakri décrit le Ghana et sa capitale
- 5Archéologie : ruines de Koumbi Saleh (sud-est de la Mauritanie)
3. La richesse du Ghana : le commerce de l'or et du sel
Le Ghana doit sa puissance à sa position : il se trouve entre les régions de l'or, au sud, et le désert du sel, au nord. Il contrôle donc le commerce transsaharien.
L'or vient des régions situées au sud et au sud-ouest du Ghana, notamment le Bambouk (entre les fleuves Sénégal et Falémé) et, selon certains historiens (la question est discutée), le Bouré (Haute-Guinée actuelle). Il est extrait par des orpailleurs africains. Le Ghana ne produit pas lui-même tout cet or, mais il le fait passer par ses marchés et en tire des taxes.
Le sel vient du Sahara (mines de sel gemme) et de la côte atlantique. Au sud du Sahara, le sel manque, alors qu'il est indispensable : pour se nourrir dans un climat chaud où l'on transpire beaucoup, pour conserver la viande et le poisson, pour le bétail. Il est si recherché qu'il s'échange parfois presque à poids d'or.
Le trajet des caravanes. Les marchands berbères et arabes partent du Maghreb, notamment de Sijilmassa (sud du Maroc actuel), avec des centaines de chameaux. Ils traversent le désert en deux mois environ, en s'arrêtant aux puits et aux oasis, et arrivent à Aoudaghost, ville caravanière au sud du Sahara, puis à la capitale du Ghana. Ils apportent :
- le sel, les tissus, les objets en cuivre, les perles, les chevaux, les livres ;
et repartent avec :
- l'or, l'ivoire, la gomme, et aussi des esclaves.
Des auteurs arabes racontent qu'aux confins des pays de l'or, on pratiquait parfois un « commerce muet » : les marchands déposaient leurs marchandises puis s'éloignaient ; les orpailleurs, qui ne se montraient pas, posaient à côté la quantité d'or qu'ils proposaient ; chacun revenait jusqu'à ce que l'accord soit trouvé. Ce récit montre surtout que les producteurs d'or gardaient secret l'emplacement de leurs mines.
- Sel du Sahara
- Tissus, perles, objets de cuivre
- Chevaux
- Livres, papier, idées nouvelles
- Or du Bambouk et du Bouré
- Ivoire
- Gomme
- Esclaves
4. L'arrivée de l'islam au Ghana
L'islam n'est pas arrivé au Ghana par une conquête, mais pacifiquement, avec les marchands musulmans venus du nord. Pour commercer, ils s'installent dans les villes du Ghana, construisent des mosquées, épousent parfois des femmes du pays.
Une capitale à deux villes. Al-Bakri (1068) décrit une capitale formée de deux villes distantes d'environ six milles (une dizaine de kilomètres) :
- la ville des musulmans, où vivent les marchands ; elle compte douze mosquées, des imams, des muezzins, des juristes et des lettrés ;
- la ville du roi, appelée al-Ghaba (« la forêt »), avec son palais, les huttes de la population et les bois sacrés où vivent les prêtres de la religion traditionnelle et où sont gardées les tombes des rois. On y trouve aussi une mosquée pour les musulmans qui viennent voir le roi.
Un roi non musulman mais ouvert. Le roi du Ghana, Tounka Manin au temps d'al-Bakri, pratique la religion traditionnelle de ses ancêtres. Mais il traite bien les musulmans et utilise leurs compétences : selon al-Bakri, ses interprètes, le responsable de son trésor et la plupart de ses ministres sont musulmans. Les musulmans savent lire et écrire l'arabe, ce qui est très utile pour tenir des comptes et correspondre avec les pays du nord.
Les premières conversions de rois. Dans les royaumes voisins, certains rois se convertissent déjà au XIe siècle :
- le roi du Tekrour, sur le fleuve Sénégal, War Jabi, mort vers 1040, est souvent cité comme l'un des premiers souverains d'Afrique de l'Ouest à avoir adopté l'islam ;
- al-Bakri raconte que le roi de Malal (un petit royaume malinké, ancêtre du Mali) se convertit après qu'un hôte musulman a prié pour faire venir la pluie pendant une sécheresse.
Ainsi, au XIe siècle, l'islam en Afrique de l'Ouest est d'abord une religion de marchands, de lettrés et de quelques rois, tandis que la majorité des paysans gardent leurs religions traditionnelles. On parle d'un islam de cour et de commerce.
Exemple
Question : « Explique pourquoi le Ghana était riche. »
Réponse rédigée : Le Ghana était riche grâce à sa position entre les régions productrices d'or, au sud, comme le Bambouk et le Bouré, et le Sahara, riche en sel, au nord. Il contrôlait donc le commerce transsaharien : les caravanes venues du Maghreb apportaient le sel, les tissus et le cuivre et repartaient avec l'or. Le roi prélevait des taxes sur ces échanges. C'est pourquoi les Arabes appelaient le Ghana « le pays de l'or ».
Exemple
Question : « Montre que l'islam est arrivé pacifiquement au Ghana. »
Réponse rédigée : L'islam est arrivé au Ghana sans guerre, avec les marchands berbères et arabes venus du Maghreb pour acheter l'or. Ils se sont installés dans la capitale, où al-Bakri compte en 1068 douze mosquées dans la ville des musulmans. Le roi Tounka Manin, resté fidèle à la religion traditionnelle, les accueillait et prenait même des musulmans comme interprètes, trésorier et ministres, parce qu'ils savaient écrire. L'islam s'est donc diffusé par le commerce et les services des lettrés.
Méthode
Pour exploiter un texte d'auteur arabe ancien (al-Bakri, Ibn Battuta…) :
- Je présente l'auteur, sa date et son origine.
- Je précise s'il a vu lui-même ce qu'il décrit ou s'il rapporte des récits.
- Je relève les informations utiles (ville, roi, commerce, religion).
- Je confronte ces informations avec la tradition orale et l'archéologie.
- Je conclus sur ce que le texte nous apprend.
3Je retiens
Je retiens
L'empire du Ghana (Wagadou), fondé par les Soninké, se situait dans le Sahel entre le Sénégal et le Niger (sud-est de la Mauritanie, ouest du Mali actuels) ; il ne faut pas le confondre avec l'État actuel du Ghana.
« Ghana » est un titre royal (chef de guerre) ; le roi est aussi appelé kaya maghan, « maître de l'or ».
Sources : tradition orale (légende du serpent Bida), auteurs arabes (al-Fazari fin VIIIe siècle, al-Bakri en 1068), archéologie (Koumbi Saleh).
Richesse : contrôle du commerce transsaharien, or du sud (Bambouk, Bouré) contre sel du Sahara.
L'islam arrive pacifiquement par les marchands ; capitale à deux villes (ville musulmane à douze mosquées, ville royale) ; le roi reste fidèle à la religion traditionnelle mais emploie des ministres musulmans.
4Erreurs fréquentes
- Confondre l'empire du Ghana avec le pays actuel du Ghana : l'empire était plus au nord, entre les fleuves Sénégal et Niger.
- Écrire que le Ghana a été islamisé par la guerre : l'islam y est arrivé pacifiquement avec les marchands.
- Croire que le roi du Ghana était musulman au temps d'al-Bakri : Tounka Manin pratiquait la religion traditionnelle.
- Penser que tout l'or venait du Ghana lui-même : il venait surtout des régions du sud (Bambouk, Bouré) et passait par le Ghana.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quel peuple a fondé l'empire du Ghana ?
b) Comment ce peuple appelait-il son pays ?
c) Que signifiait à l'origine le mot « ghana » ?
d) Qui a décrit le Ghana en 1068 ?
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a) Les Soninké (ou Sarakholé).
b) Le Wagadou.
c) « Chef de guerre » : c'était un titre porté par le roi.
d) Le géographe al-Bakri, de Cordoue.
2Exercice 2
(Vocabulaire) Définis : Sahel ; caravane ; commerce transsaharien ; orpailleur ; tradition orale.
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- Sahel : région de transition entre le Sahara au nord et la savane au sud, où il pleut peu.
- Caravane : groupe de marchands et de chameaux chargés de marchandises qui voyagent ensemble à travers le désert.
- Commerce transsaharien : commerce qui traverse le Sahara entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest (sel, tissus contre or, ivoire).
- Orpailleur : personne qui recherche l'or dans la terre ou le sable des rivières, avec des outils simples.
- Tradition orale : histoire transmise de bouche à oreille, de génération en génération, par exemple par les griots.
3Exercice 3
(Calculs)
a) L'État actuel du Ghana a pris son nom en 1957. Combien d'années après la description d'al-Bakri ?
b) Une caravane met environ 60 jours pour traverser le désert. Si elle parcourt en moyenne 30 km par jour, quelle distance parcourt-elle ?
c) La ville des musulmans et la ville du roi sont distantes d'environ 10 km. Combien de temps faut-il pour aller de l'une à l'autre à pied à 5 km/h ?
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a) 1957 - 1068 = 889 ans.
b) 60 × 30 = 1 800 km.
c) 10 ÷ 5 = 2 heures.
4Exercice 4
(Analyse de document) Lis ce résumé du texte d'al-Bakri : « La capitale du Ghana se compose de deux villes. L'une est habitée par les musulmans ; elle compte douze mosquées. La ville du roi est à six milles ; autour se trouvent des bois sacrés où vivent les prêtres. Les interprètes du roi, le responsable de son trésor et la plupart de ses ministres sont musulmans. »
a) Présente l'auteur de ce texte.
b) Quelles sont les deux parties de la capitale ?
c) Relève la preuve que le roi n'est pas musulman et celle qu'il fait confiance aux musulmans.
d) Pourquoi le roi emploie-t-il des musulmans dans son administration ?
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a) Al-Bakri est un géographe musulman de Cordoue (Espagne). Il écrit en 1068 d'après les récits des marchands ; il n'est pas allé lui-même au Ghana.
b) La ville des musulmans (avec douze mosquées) et la ville du roi.
c) Le roi n'est pas musulman : autour de sa ville se trouvent des bois sacrés où vivent les prêtres de la religion traditionnelle. Il fait confiance aux musulmans : ses interprètes, son trésorier et la plupart de ses ministres sont musulmans.
d) Parce que les musulmans savent lire et écrire l'arabe, tenir des comptes et correspondre avec les marchands et les pays du nord ; ils sont utiles pour le commerce et l'administration.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente l'empire du Ghana et l'arrivée de l'islam. Plan conseillé : 1. situation et origines ; 2. le commerce de l'or et du sel ; 3. l'arrivée de l'islam.
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Exemple de rédaction :
L'empire du Ghana, appelé Wagadou par les Soninké qui l'ont fondé, est le premier grand État d'Afrique de l'Ouest. Il se situait dans le Sahel, entre les fleuves Sénégal et Niger. Il existait déjà à la fin du VIIIe siècle, quand le géographe al-Fazari l'appelait « le pays de l'or ».
Sa richesse venait du commerce transsaharien. Placé entre les régions de l'or du Bambouk et du Bouré et le Sahara riche en sel, le Ghana contrôlait les échanges : les caravanes venues de Sijilmassa apportaient le sel, les tissus et le cuivre et repartaient avec l'or. Le roi prélevait des taxes.
L'islam y est arrivé pacifiquement avec ces marchands. En 1068, al-Bakri décrit une capitale à deux villes : celle des musulmans, avec douze mosquées, et celle du roi. Le roi Tounka Manin restait fidèle à la religion traditionnelle, mais employait des musulmans comme interprètes et ministres. L'islam était alors une religion de marchands et de lettrés.
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6Je vérifie
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