Leçon 13 sur 23
L'empire songhaï
Je sais présenter l'empire songhaï, ses grands souverains, son organisation et les causes de sa chute en 1591.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer l'empire songhaï dans l'espace et dans le temps
- Présenter l'œuvre de Sonni Ali Ber et de l'askia Mohammed
- Décrire l'organisation politique, économique et culturelle de l'empire
- Expliquer la chute de l'empire après la bataille de Tondibi (1591)
Avant de commencer : Les leçons sur l'empire du Ghana et l'empire du Mali (commerce transsaharien, rôle de l'islam, villes de la boucle du Niger).
1Je découvre
Sékou habite Siguiri, en Haute-Guinée, au bord du fleuve Niger. Un soir, son grand-père lui montre sur une vieille carte le long trajet du fleuve : il naît dans les montagnes de la Guinée, traverse le Mali, décrit une grande courbe vers le nord près de Tombouctou, puis redescend vers Gao et le Niger.
« Sur ce même fleuve, dit le grand-père, ont vécu trois grands empires. Tu as appris le Ghana, puis le Mali de Soundiata Keïta, qui est né chez nous, dans le Manding. Le troisième s'appelait le Songhaï. Sa capitale était Gao, et ses piroguiers dominaient le fleuve. »
Sékou est surpris : si le Mali était si puissant, comment un autre empire a-t-il pu prendre sa place ? Et pourquoi ce grand empire a-t-il disparu à son tour ?
Comment l'empire songhaï est-il devenu le plus vaste empire de l'Afrique de l'Ouest, et pourquoi s'est-il effondré à la fin du XVIe siècle ?
2Je comprends
1. Les origines : un royaume de Gao
Les Songhaï sont un peuple installé le long du moyen Niger, en aval de la boucle du fleuve. Ils vivent de la pêche, de l'agriculture sur les rives et de la navigation. Leur ville principale est Gao, un marché actif du commerce transsaharien. Très tôt, les rois de Gao se sont convertis à l'islam (vers le XIe siècle selon les chroniques), au moins dans leur entourage.
Au XIVe siècle, à l'époque de la grande puissance du Mali, Gao est soumise à l'empire du Mali. Vers la fin du XIVe siècle, une nouvelle dynastie, celle des Sonni, libère progressivement Gao de la tutelle malienne. Pendant que le Mali s'affaiblit (querelles de succession, attaques des Touareg et des Mossi), le royaume songhaï grandit.
2. Sonni Ali Ber, le conquérant (1464-1492)
Le vrai fondateur de l'empire est Sonni Ali, surnommé Ali Ber (« Ali le Grand »). Il règne de 1464 à 1492. C'est un chef de guerre redoutable qui dispose de deux atouts :
- une cavalerie rapide ;
- une flotte de pirogues sur le Niger, qui transporte soldats et vivres.
Ses principales conquêtes :
- 1468 : il prend Tombouctou, alors aux mains des Touareg ;
- vers 1473 : il s'empare de Djenné après un très long siège ;
- il combat les Touareg, les Peuls et les Mossi, qui attaquaient la boucle du Niger.
Sonni Ali est musulman, mais il reste très attaché aux croyances traditionnelles songhaï. Il se méfie des lettrés musulmans de Tombouctou, qu'il soupçonne de soutenir ses ennemis, et il en persécute certains. C'est pourquoi les chroniques écrites par ces lettrés lui sont souvent hostiles.
3. L'askia Mohammed, l'organisateur (1493-1528)
À la mort de Sonni Ali (1492), son fils Sonni Baro refuse de se déclarer franchement musulman. Un de ses généraux, Mohammed Touré, se révolte avec l'appui des musulmans et le bat en 1493. Il prend le titre d'askia : c'est le début de la dynastie des Askia. Il règne de 1493 à 1528.
Le pèlerinage à La Mecque (1496-1497) : comme Kankou Moussa avant lui, l'askia Mohammed se rend à La Mecque avec une grande escorte. Là-bas, il reçoit le titre de calife (lieutenant du chef des croyants) pour le Soudan, c'est-à-dire l'Afrique noire au sud du Sahara. Ce titre renforce son autorité religieuse.
Les conquêtes : il agrandit l'empire vers l'ouest (anciennes provinces du Mali), vers le nord (mines de sel de Teghazza) et vers l'est (jusqu'à l'Aïr, région d'Agadez). Il mène aussi une guerre sainte contre les Mossi, restés fidèles à leur religion traditionnelle.
L'organisation : l'askia Mohammed est surtout un grand administrateur. Il organise l'empire de façon solide, comme on le voit dans le tableau ci-dessous.
| Domaine | Organisation sous les Askia |
|---|---|
| Pouvoir central | L'askia, chef politique, militaire et religieux, entouré de ministres (finances, justice, flotte, agriculture…) |
| Provinces | Dirigées par des gouverneurs (appelés fari ou koï) nommés et révocables par l'askia ; le plus important gouverne l'ouest (le Kourmina) |
| Armée | Une armée permanente de soldats professionnels, une cavalerie et une flotte sur le Niger dirigée par un chef de la flotte |
| Justice | Des cadis (juges musulmans) dans les grandes villes, qui jugent selon le droit musulman |
| Économie | Unification des poids et mesures, surveillance des marchés, taxes sur le commerce |
- 1Vers le XIe siècle : les rois songhaï de Gao se convertissent à l'islam
- 2XIVe siècle : Gao est soumise à l'empire du Mali
- 3Fin du XIVe siècle : la dynastie des Sonni libère Gao
- 41464-1492 : Sonni Ali Ber conquiert Tombouctou (1468) et Djenné
- 51493-1528 : l'askia Mohammed organise l'empire, pèlerinage en 1496-1497
- 61591 : défaite de Tondibi face à l'armée marocaine
4. Un empire riche et une grande civilisation
Le commerce : l'empire contrôle les deux bouts du commerce transsaharien. Au sud, il reçoit l'or (venant notamment du Bambouk et du Bouré, l'actuelle région de Siguiri en Guinée), la kola, les esclaves. Au nord, il contrôle le sel de Teghazza. Les caravanes apportent aussi du cuivre, des tissus, des chevaux et des livres. Les grands marchés sont Gao, Tombouctou et Djenné.
L'agriculture et la pêche : le long du Niger, on cultive le mil, le riz et le sorgho ; les pêcheurs Sorko fournissent le poisson et servent aussi de piroguiers.
La culture : Tombouctou devient un grand centre intellectuel du monde musulman. Autour des mosquées de Djingareyber et de Sankoré enseignent de nombreux savants. On y étudie le Coran, le droit, la grammaire, l'astronomie, la médecine. Les livres se vendent très cher. Le plus célèbre de ces savants est Ahmed Baba (1556-1627). Au XVIIe siècle, deux chroniques écrites en arabe à Tombouctou, le Tarikh es-Soudan et le Tarikh el-Fettach, racontent l'histoire de l'empire : ce sont nos principales sources.
5. La chute : la bataille de Tondibi (1591)
Après l'askia Mohammed, déposé par son propre fils en 1528, l'empire connaît des querelles de succession entre les princes. Certains askia, comme Daoud (1549-1582), règnent pourtant avec succès.
Au nord, le sultan du Maroc, Ahmed al-Mansour, veut s'emparer de l'or du Soudan et des mines de sel de Teghazza. Il envoie à travers le Sahara une armée commandée par Djouder, composée en partie de soldats armés d'arquebuses (armes à feu).
En 1591, à Tondibi, près de Gao, l'armée de l'askia Ishaq II est battue. Elle est bien plus nombreuse, mais ses lances, ses flèches et ses chevaux ne résistent pas aux armes à feu, qui effraient hommes et animaux. Gao, Tombouctou et Djenné sont occupées. Beaucoup de savants de Tombouctou, dont Ahmed Baba, sont déportés au Maroc.
L'empire se divise : les Marocains (appelés plus tard Arma) tiennent les villes de la boucle, tandis que des princes songhaï résistent au sud, dans le Dendi. Le commerce transsaharien décline aussi parce que les Européens, installés sur la côte atlantique, attirent désormais l'or vers la mer.
- Querelles de succession entre princes
- Révoltes de provinces éloignées
- Empire trop vaste, difficile à contrôler
- Invasion de l'armée marocaine en 1591
- Supériorité des armes à feu (arquebuses)
- Or de la côte détourné vers les Européens
Exemple
Question : « Compare Sonni Ali Ber et l'askia Mohammed. »
Réponse rédigée : Sonni Ali Ber (1464-1492) est avant tout un conquérant : grâce à sa cavalerie et à sa flotte, il prend Tombouctou en 1468 et Djenné vers 1473 et fonde l'empire. Il reste attaché aux croyances traditionnelles et se méfie des lettrés musulmans. L'askia Mohammed (1493-1528) poursuit les conquêtes, mais il est surtout un organisateur et un fervent musulman : il fait le pèlerinage à La Mecque en 1496-1497, devient calife du Soudan, crée une armée permanente, nomme des gouverneurs et des cadis. Le premier a construit l'empire, le second l'a organisé.
Exemple
Question : « Pourquoi l'armée songhaï a-t-elle été battue à Tondibi alors qu'elle était plus nombreuse ? »
Réponse : À Tondibi, en 1591, l'armée de l'askia Ishaq II combattait avec des lances, des flèches et une cavalerie. L'armée marocaine de Djouder possédait des arquebuses : le bruit et la puissance des armes à feu ont semé la panique chez les hommes et les chevaux. De plus, l'empire était déjà affaibli par les querelles entre princes. La supériorité technique et la division intérieure expliquent donc la défaite.
Méthode
Pour présenter un empire africain dans une rédaction :
- Je le situe dans l'espace (fleuve, villes, régions) et dans le temps (siècles, dates de début et de fin).
- Je présente ses grands souverains et ce que chacun a fait.
- Je décris son organisation : pouvoir, provinces, armée, justice.
- Je montre ses richesses : commerce, agriculture, culture.
- J'explique son déclin en distinguant les causes intérieures et extérieures.
3Je retiens
Je retiens
Le Songhaï est le troisième grand empire de l'Afrique de l'Ouest, après le Ghana et le Mali. Capitale : Gao, sur le Niger.
Sonni Ali Ber (1464-1492), le conquérant : prise de Tombouctou (1468) et de Djenné (vers 1473), grâce à sa cavalerie et à sa flotte.
L'askia Mohammed (1493-1528), l'organisateur : pèlerinage à La Mecque (1496-1497), calife du Soudan, armée permanente, provinces confiées à des gouverneurs, cadis.
Richesses : or du sud, sel de Teghazza, marchés de Gao, Tombouctou et Djenné ; Tombouctou, grand centre de savoir (Sankoré, Ahmed Baba).
1591 : défaite de Tondibi face à l'armée marocaine de Djouder, armée d'arquebuses ; l'empire se disloque.
4Erreurs fréquentes
- Confondre l'empire songhaï avec un pays actuel : l'empire songhaï s'étendait sur une partie des actuels Mali, Niger, Burkina Faso, Sénégal et Mauritanie, et sa capitale Gao se trouve dans l'actuel Mali.
- Croire que « askia » est un prénom : c'est un titre, porté par tous les souverains de la dynastie fondée par Mohammed Touré.
- Attribuer la prise de Tombouctou à l'askia Mohammed : c'est Sonni Ali Ber qui la prend en 1468.
- Expliquer la chute uniquement par l'invasion marocaine : les divisions internes avaient déjà affaibli l'empire.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quelle était la capitale de l'empire songhaï ?
b) Quels sont les deux atouts militaires de Sonni Ali Ber ?
c) Quel titre l'askia Mohammed reçoit-il lors de son pèlerinage à La Mecque ?
d) Qu'est-ce qu'un cadi ?
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a) Gao, sur le fleuve Niger.
b) Une cavalerie rapide et une flotte de pirogues sur le Niger.
c) Le titre de calife (lieutenant du chef des croyants) pour le Soudan.
d) Un juge musulman, qui rend la justice selon le droit musulman dans les grandes villes.
2Exercice 2
(Vrai ou faux ; corrige les phrases fausses)
a) Sonni Ali Ber a pris Tombouctou en 1468.
b) L'askia Mohammed a été battu à Tondibi.
c) Les mines de sel de Teghazza se trouvent au nord de l'empire.
d) Ahmed Baba est un savant de Tombouctou.
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a) Vrai.
b) Faux : c'est l'askia Ishaq II qui a été battu à Tondibi, en 1591. L'askia Mohammed a régné de 1493 à 1528.
c) Vrai.
d) Vrai.
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre : bataille de Tondibi ; pèlerinage de l'askia Mohammed ; prise de Tombouctou par Sonni Ali ; début du règne de Sonni Ali ; début du règne de l'askia Mohammed. Donne la date de chaque événement.
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Début du règne de Sonni Ali (1464) ; prise de Tombouctou (1468) ; début du règne de l'askia Mohammed (1493) ; pèlerinage de l'askia Mohammed (1496-1497) ; bataille de Tondibi (1591).
4Exercice 4
(Analyse de document) Observe le tableau de l'organisation de l'empire dans la partie « Je comprends ».
a) Qui nomme les gouverneurs des provinces ? Quel avantage cela donne-t-il au souverain ?
b) Pourquoi une armée permanente est-elle plus efficace qu'une armée levée seulement en cas de guerre ?
c) Montre que l'islam joue un rôle dans l'organisation de l'empire.
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a) C'est l'askia qui nomme les gouverneurs, et il peut les révoquer. Ainsi, les gouverneurs lui obéissent : s'ils le trahissent ou gouvernent mal, ils perdent leur poste. Le souverain garde le contrôle de tout l'empire.
b) Une armée permanente est composée de soldats de métier, entraînés et toujours prêts. Elle peut intervenir rapidement contre une révolte ou une attaque, sans attendre que les paysans soient rassemblés.
c) L'askia est aussi un chef religieux : il a reçu le titre de calife à La Mecque. La justice est rendue par des cadis selon le droit musulman. L'islam sert donc à la fois à renforcer l'autorité du souverain et à organiser la justice.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une dizaine de lignes, explique les causes de la chute de l'empire songhaï. Plan conseillé : introduction ; causes intérieures ; causes extérieures ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
L'empire songhaï, fondé par Sonni Ali Ber et organisé par l'askia Mohammed, était le plus vaste de l'Afrique de l'Ouest. Pourtant, il s'effondre à la fin du XVIe siècle.
D'abord, il est affaibli de l'intérieur. Après la déposition de l'askia Mohammed par son fils en 1528, les princes se disputent souvent le pouvoir. L'empire est très vaste et certaines provinces lointaines se révoltent.
Ensuite, il est attaqué de l'extérieur. Le sultan du Maroc, Ahmed al-Mansour, veut s'emparer de l'or et du sel. Son armée, commandée par Djouder et équipée d'arquebuses, bat l'armée de l'askia Ishaq II à Tondibi en 1591. Gao, Tombouctou et Djenné sont occupées. En même temps, l'or de la région est de plus en plus attiré vers les comptoirs européens de la côte.
Ainsi, divisions internes et supériorité des armes à feu expliquent la fin du dernier grand empire du Soudan occidental.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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Toutes les leçons de Histoire · 8e
Leçon ajoutée par Kharandi pour compléter le programme de la classe.