Leçon 16 sur 23
Les Mossi (suite)
Je sais décrire l'organisation politique, la société, la religion et l'économie des royaumes mossi, et expliquer pourquoi ils ont duré si longtemps.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Décrire le pouvoir du Mogho Naaba et le rôle de ses dignitaires
- Expliquer l'organisation du territoire en provinces, cantons et villages
- Distinguer les deux grands groupes de la société mossi (Nakomsé et Tengbiisi)
- Présenter la religion et l'économie des Mossi
Avant de commencer : La leçon « Peuples et royaumes de la boucle du Niger : les Mossi » (origine, royaumes, résistance aux empires).
1Je découvre
Ousmane, élève à Kankan, regarde un reportage à la télévision sur le Burkina Faso. On y voit, un vendredi matin, devant un palais de Ouagadougou, un roi en habit rouge qui s'apprête à monter sur un cheval sellé. Autour de lui, des dignitaires en boubou se prosternent et le supplient. Finalement, le roi renonce à partir et rentre dans son palais.
« C'est la cérémonie du faux départ du Mogho Naaba, explique le journaliste. Elle se répète depuis des siècles. »
Ousmane pense aux chefs de canton et aux sages de son quartier, aux notables qui règlent les palabres. Il se demande comment les Mossi s'organisaient autrefois : qui entourait le roi ? qui commandait les villages ? quelle était la religion ? Il a appris que ces royaumes avaient résisté aux empires du Mali et du Songhaï ; il veut maintenant comprendre le secret de leur solidité.
Comment les royaumes mossi étaient-ils organisés, et pourquoi cette organisation leur a-t-elle permis de durer plusieurs siècles ?
2Je comprends
1. Le Mogho Naaba, un roi sacré
À la tête du royaume de Ouagadougou se trouve le Mogho Naaba, le « chef du monde ». Il est choisi parmi les descendants de Ouédraogo, par un collège de grands dignitaires : le pouvoir reste dans la famille royale, mais le successeur n'est pas forcément le fils aîné.
Le Mogho Naaba est un roi sacré :
- il est considéré comme l'intermédiaire entre le peuple, les ancêtres et les forces divines ;
- il vit entouré de règles et d'interdits ; on s'adresse à lui en se prosternant ;
- sa santé et sa conduite sont liées, dans les croyances, à la prospérité du royaume (pluies, récoltes, paix).
Il détient tous les pouvoirs : il fait la guerre et la paix, rend la justice suprême, nomme les chefs et reçoit les tributs.
La cérémonie du faux départ : chaque vendredi, le Mogho Naaba fait seller son cheval comme pour partir en guerre ; ses dignitaires le supplient de rester, et il renonce. Selon la tradition, cette cérémonie rappelle un roi qui voulait partir reprendre sa femme enfuie et que ses conseillers ont retenu pour le bien du royaume. Elle montre que le roi place l'intérêt du royaume au-dessus de ses désirs personnels.
2. Les dignitaires de la cour
Le Mogho Naaba gouverne avec l'aide de grands dignitaires (ministres), qui portent eux aussi le titre de naaba. Chacun a une fonction précise et commande aussi une partie du territoire.
| Dignitaire | Fonction principale |
|---|---|
| Widi Naaba | Chef de la cavalerie, premier des dignitaires ; il joue un rôle important dans le choix du nouveau roi |
| Larlé Naaba | Gardien des tombeaux royaux et des traditions |
| Gounga Naaba | Chef de l'infanterie (les guerriers à pied) |
| Baloum Naaba | Intendant du palais, chargé de la vie de la cour et des biens du roi |
| Kamsaogo Naaba | Chef des serviteurs du palais, chargé des épouses du roi |
Ces dignitaires forment un conseil. Le roi prend ses grandes décisions avec eux. Ce système évite qu'un seul homme gouverne sans conseil et assure la continuité : quand un roi meurt, les dignitaires organisent la succession.
3. Un territoire bien encadré
Le royaume est divisé en plusieurs niveaux de commandement, comme une pyramide :
- 1Le Mogho Naaba, roi sacré, à Ouagadougou
- 2Les dignitaires de la cour, qui conseillent le roi et commandent chacun un secteur
- 3Les chefs de province, souvent des princes ou des parents du roi
- 4Les chefs de canton, qui regroupent plusieurs villages
- 5Les chefs de village, au contact direct des paysans
Chaque chef obéit à celui du niveau supérieur, lui transmet les tributs (mil, bétail, chevaux, captifs de guerre) et lui fournit des guerriers. Les chefs sont nommés ou confirmés par le niveau supérieur : un chef désobéissant peut être remplacé. C'est ce qui rend l'ensemble solide.
4. Une société à deux grands groupes
La société mossi est née de la rencontre entre les conquérants cavaliers (descendants de Ouédraogo) et les peuples déjà installés dans le pays. Cette origine se retrouve dans son organisation :
- Descendants des conquérants
- Détiennent le pouvoir politique (le naam)
- Fournissent les rois et les chefs
- Commandent la guerre et les tributs
- Descendants des premiers habitants
- Détiennent le pouvoir religieux sur la terre
- Fournissent le tengsoba, maître de la terre
- Célèbrent les sacrifices aux ancêtres et à la terre
Le naam désigne le pouvoir de commander, que détiennent les Nakomsé. Le tengsoba (« maître de la terre ») est un chef religieux, issu des premiers occupants : il fait les sacrifices à la Terre, autorise les défrichements et les enterrements. Le roi ne peut pas se passer de lui. Ainsi, les conquérants ont le pouvoir politique, mais ils reconnaissent le lien sacré des anciens habitants avec la terre. Cet équilibre a aidé à unir le peuple.
À côté de ces deux groupes, il y a aussi des artisans (forgerons, tisserands, potiers), des commerçants, souvent musulmans (les Yarsé, venus de l'ouest), et des captifs, souvent pris à la guerre.
5. La religion traditionnelle
Les Mossi pratiquent une religion traditionnelle :
- ils croient en un dieu suprême, Wendé (Dieu du ciel) ;
- ils rendent un culte à la Terre (Tenga), liée à la fertilité ;
- ils honorent les ancêtres, qui protègent les vivants ;
- ils portent des masques lors des funérailles et des grandes fêtes.
L'islam est connu, surtout chez les commerçants yarsé, mais les rois mossi restent longtemps fidèles à la religion traditionnelle. Plusieurs Mogho Naaba ne se convertiront qu'à partir de la fin du XVIIIe siècle, sans abandonner les rites du royaume.
6. L'économie
- L'agriculture est la base : mil, sorgho, haricot, coton ; les paysans cultivent de petits champs autour des villages.
- L'élevage : bovins, moutons, chèvres, et surtout chevaux, indispensables à la cavalerie.
- L'artisanat : forge (outils, armes), tissage de bandes de coton, poterie.
- Le commerce : les Mossi échangent le coton, les ânes et le bétail contre le sel du nord et la kola du sud. Les commerçants yarsé font circuler ces produits entre la forêt et le Sahel.
7. Une longue histoire
Grâce à cette organisation, les royaumes mossi durent pendant des siècles. En 1896, les troupes françaises occupent Ouagadougou et le royaume passe sous domination coloniale. La chefferie traditionnelle n'a pas disparu : aujourd'hui encore, le Mogho Naaba existe au Burkina Faso, avec un rôle coutumier et moral.
Exemple
Question : « Montre que le pouvoir du Mogho Naaba est à la fois fort et encadré. »
Réponse rédigée : Le pouvoir du Mogho Naaba est fort : roi sacré, il décide de la guerre et de la paix, rend la justice, nomme les chefs et reçoit les tributs de tout le royaume. Mais ce pouvoir est aussi encadré : il est choisi par un collège de dignitaires, il gouverne avec un conseil (Widi Naaba, Larlé Naaba, Gounga Naaba…), et il doit respecter les rites et le rôle religieux des tengsoba. La cérémonie du faux départ rappelle d'ailleurs que le roi doit faire passer l'intérêt du royaume avant ses désirs.
Exemple
Question : « Qu'est-ce qui distingue les Nakomsé des Tengbiisi ? »
Réponse : Les Nakomsé sont les descendants des conquérants cavaliers venus avec les successeurs de Ouédraogo ; ils détiennent le pouvoir politique (le naam) et fournissent les rois et les chefs. Les Tengbiisi, « enfants de la terre », descendent des premiers habitants ; ils détiennent le pouvoir religieux sur la terre, exercé par le tengsoba. Les deux groupes se complètent.
Méthode
Pour décrire l'organisation d'un royaume :
- Le chef suprême : titre, désignation, pouvoirs.
- Ses collaborateurs : conseil, ministres, fonctions.
- L'encadrement du territoire : niveaux de chefs, tributs.
- La société : groupes sociaux et leurs rôles.
- La religion et l'économie.
- Conclusion : ce qui fait la force (ou la faiblesse) de cette organisation.
3Je retiens
Je retiens
Le Mogho Naaba, « chef du monde », est le roi sacré de Ouagadougou, choisi parmi les descendants de Ouédraogo par un collège de dignitaires.
Il gouverne avec des dignitaires : Widi Naaba (cavalerie), Larlé Naaba (tombeaux royaux), Gounga Naaba (infanterie), Baloum Naaba (intendance), Kamsaogo Naaba (serviteurs du palais).
Le territoire est encadré par des chefs de province, de canton et de village, qui versent des tributs et fournissent des guerriers.
Société : les Nakomsé (descendants des conquérants, pouvoir politique ou naam) et les Tengbiisi (premiers habitants, pouvoir religieux du tengsoba, maître de la terre).
Religion traditionnelle (Wendé, la Terre, les ancêtres) ; économie fondée sur l'agriculture, l'élevage des chevaux et le commerce du sel et de la kola.
Les Français occupent Ouagadougou en 1896.
4Erreurs fréquentes
- Croire que le Mogho Naaba gouverne seul : il est entouré d'un conseil de dignitaires qui ont chacun une fonction.
- Confondre le naaba (chef politique) et le tengsoba (maître de la terre, chef religieux issu des premiers habitants).
- Penser que le fils aîné succède automatiquement au roi : le successeur est choisi parmi les descendants de Ouédraogo par les dignitaires.
- Croire que les Mossi ignoraient totalement l'islam : il était connu, surtout chez les commerçants yarsé, mais les rois sont restés longtemps fidèles à la religion traditionnelle.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Comment le Mogho Naaba est-il désigné ?
b) Quel dignitaire commande la cavalerie ?
c) Qu'est-ce que le tengsoba ?
d) En quelle année les troupes françaises occupent-elles Ouagadougou ?
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a) Il est choisi parmi les descendants de Ouédraogo par un collège de grands dignitaires.
b) Le Widi Naaba.
c) Le tengsoba est le « maître de la terre », un chef religieux issu des premiers habitants, qui fait les sacrifices à la Terre et autorise les défrichements.
d) En 1896.
2Exercice 2
(Définitions) Définis : naaba ; naam ; Nakomsé ; Tengbiisi ; Yarsé.
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- Naaba : chef ou roi, en mooré.
- Naam : le pouvoir de commander, détenu par les descendants des conquérants.
- Nakomsé : descendants des conquérants cavaliers ; ils fournissent les rois et les chefs.
- Tengbiisi : « enfants de la terre », descendants des premiers habitants ; ils détiennent le pouvoir religieux sur la terre.
- Yarsé : commerçants, souvent musulmans, installés en pays mossi.
3Exercice 3
(Classer) Classe les éléments suivants en trois colonnes, « Politique », « Religion », « Économie » : le culte des ancêtres ; le Widi Naaba ; le commerce de la kola ; le tengsoba ; les chefs de canton ; l'élevage des chevaux ; Wendé ; les tributs.
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- Politique : le Widi Naaba ; les chefs de canton ; les tributs.
- Religion : le culte des ancêtres ; le tengsoba ; Wendé.
- Économie : le commerce de la kola ; l'élevage des chevaux.
(Les tributs peuvent aussi être classés en économie, car ils sont payés en mil, en bétail et en chevaux.)
4Exercice 4
(Analyse de document) Observe le schéma de la hiérarchie des chefs.
a) Combien de niveaux de commandement compte-t-on ?
b) Que doit chaque chef à celui du niveau supérieur ?
c) Explique pourquoi cette organisation rend le royaume solide.
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a) Cinq niveaux : le Mogho Naaba, les dignitaires de la cour, les chefs de province, les chefs de canton, les chefs de village.
b) Il lui verse des tributs (mil, bétail, chevaux, captifs) et lui fournit des guerriers ; il lui obéit.
c) Chaque chef est nommé ou confirmé par le niveau supérieur et peut être remplacé s'il désobéit. Les ordres du roi descendent ainsi jusqu'au village, et les tributs et les guerriers remontent jusqu'au roi. Tout le territoire est contrôlé, ce qui permet de résister aux ennemis et de durer.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une dizaine de lignes, présente l'organisation politique et sociale du royaume mossi de Ouagadougou. Plan conseillé : le roi ; la cour ; le territoire ; la société ; conclusion sur la durée du royaume.
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Exemple de rédaction :
Le royaume mossi de Ouagadougou est dirigé par le Mogho Naaba, « chef du monde ». Roi sacré, choisi parmi les descendants de Ouédraogo, il décide de la guerre, de la paix et de la justice.
Il gouverne avec une cour de dignitaires : le Widi Naaba commande la cavalerie, le Gounga Naaba l'infanterie, le Larlé Naaba garde les tombeaux royaux, le Baloum Naaba s'occupe du palais.
Le territoire est encadré par des chefs de province, de canton et de village, qui versent des tributs et fournissent des guerriers.
La société associe les Nakomsé, descendants des conquérants, qui détiennent le pouvoir politique, et les Tengbiisi, descendants des premiers habitants, dont le tengsoba garde le pouvoir religieux sur la terre.
Cette organisation solide et équilibrée explique que le royaume ait duré jusqu'à la conquête française de 1896, et que le Mogho Naaba existe encore aujourd'hui comme autorité coutumière.
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6Je vérifie
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