Leçon 15 sur 23
Peuples et royaumes de la boucle du Niger : les Mossi
Je sais situer les royaumes mossi, raconter la tradition de leur origine et expliquer leurs relations avec les empires du Mali et du Songhaï.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer le pays mossi par rapport à la boucle du Niger
- Raconter la tradition de Yennenga et de Ouédraogo
- Citer les principaux royaumes mossi et leurs capitales
- Expliquer les guerres entre les Mossi et les empires du Mali et du Songhaï
Avant de commencer : Les leçons sur l'empire du Mali et l'empire songhaï.
1Je découvre
Au marché de Madina, à Conakry, Hawa vend des pagnes tissés. Un jour, un commerçant venu de Ouagadougou lui montre une petite statuette de bronze : une cavalière sur un cheval cabré. « C'est Yennenga, la princesse guerrière, la mère de notre peuple mossi. Chez nous, au Burkina Faso, on la voit partout, même sur le trophée du grand festival de cinéma. »
Hawa est intriguée. Elle a appris à l'école que les empires du Mali et du Songhaï ont dominé la boucle du Niger pendant des siècles. Pourtant, le commerçant affirme que ses ancêtres mossi ne se sont jamais soumis à ces empires, et qu'ils ont même attaqué Tombouctou.
Qui sont les Mossi, comment leurs royaumes sont-ils nés, et comment ont-ils résisté aux grands empires de la boucle du Niger ?
2Je comprends
1. Le pays mossi
Les Mossi vivent au sud de la boucle du Niger, dans le bassin des Volta (les fleuves Nakambé, Nazinon et Mouhoun), sur le territoire de l'actuel Burkina Faso. C'est une région de savane, au climat soudanien, avec une saison des pluies et une longue saison sèche, un peu comme en Haute-Guinée.
Leur langue est le mooré. Ce sont surtout des agriculteurs (mil, sorgho, arachide plus tard) et des éleveurs. Contrairement au Ghana, au Mali et au Songhaï, qui s'étaient enrichis grâce au commerce transsaharien et à l'islam, les royaumes mossi se sont construits sur une forte organisation guerrière et politique et sur la religion traditionnelle.
2. La tradition de l'origine : Yennenga et Ouédraogo
Les Mossi racontent leur origine par une tradition orale transmise par les griots et les chefs.
Au royaume de Gambaga (royaume dagomba, dans le nord de l'actuel Ghana), le roi Nédéga avait une fille, la princesse Yennenga. Excellente cavalière et guerrière, elle combattait aux côtés de son père. Mais le roi refusait de la marier, car il ne voulait pas perdre une si bonne combattante. Un jour, Yennenga s'enfuit à cheval vers le nord. Dans la forêt, elle rencontre un chasseur solitaire, Riallé. De leur union naît un fils, qu'elle nomme Ouédraogo, ce qui signifie « étalon » (cheval mâle), en souvenir du cheval qui l'avait conduite.
Devenu adulte, Ouédraogo va rendre visite à son grand-père Nédéga, qui l'accueille bien et lui donne des cavaliers. Avec eux, Ouédraogo et ses descendants soumettent les peuples installés dans le bassin des Volta et fondent les royaumes mossi.
Cette tradition est une légende : on ne peut pas vérifier tous les détails. Mais elle contient des éléments historiques importants :
- les fondateurs des royaumes mossi sont des cavaliers conquérants venus du sud (région du Dagomba) ;
- ils se sont mêlés aux peuples déjà installés sur place ;
- le cheval est au cœur de leur puissance.
- 1Nédéga, roi de Gambaga, refuse de marier sa fille Yennenga
- 2Yennenga s'enfuit à cheval vers le nord
- 3Elle rencontre le chasseur Riallé
- 4Naissance de leur fils Ouédraogo, « l'étalon »
- 5Ouédraogo reçoit des cavaliers de son grand-père
- 6Ses descendants fondent les royaumes mossi
3. Les principaux royaumes mossi
Les descendants de Ouédraogo fondent plusieurs royaumes, indépendants les uns des autres mais qui reconnaissent une origine commune :
| Royaume | Capitale | Remarque |
|---|---|---|
| Tenkodogo | Tenkodogo | Considéré comme le plus ancien, lié à Ouédraogo lui-même |
| Ouagadougou | Ouagadougou | Le plus puissant ; son roi porte le titre de Mogho Naaba (« chef du monde ») |
| Yatenga | Ouahigouya (plus tard) | Royaume du nord, guerrier, proche de la boucle du Niger |
| Gourma | Fada N'Gourma | Royaume des Gourmantché, à l'est, apparenté aux Mossi |
Le mot naaba signifie « chef » ou « roi » en mooré. Chaque royaume a son naaba, entouré de cavaliers et de dignitaires.
4. Les Mossi face aux empires de la boucle du Niger
Les royaumes mossi sont voisins des grands empires du nord. Leurs relations sont surtout guerrières.
Face à l'empire du Mali : au XIVe siècle, d'après les chroniques de Tombouctou, les cavaliers mossi lancent un raid jusqu'à Tombouctou, alors ville de l'empire du Mali, et la pillent. C'est la preuve que les Mossi sont assez forts pour attaquer loin au nord.
Face à l'empire songhaï
- à la fin du XVe siècle, les Mossi attaquent la ville de Oualata (dans l'actuelle Mauritanie), qu'ils assiègent et pillent ;
- Sonni Ali Ber les combat et les repousse de la boucle du Niger ;
- l'askia Mohammed, de retour de La Mecque, lance contre eux une guerre sainte (vers 1497-1498) pour les obliger à se convertir à l'islam. Il ravage une partie de leur pays, mais ne parvient pas à les soumettre ni à les convertir.
Les royaumes mossi restent donc indépendants et fidèles à leur religion traditionnelle pendant toute la période des grands empires. Ils ne seront conquis qu'à la fin du XIXe siècle par les Français.
- Richesse fondée sur l'or et le commerce transsaharien
- Souverains musulmans
- Grandes villes marchandes (Tombouctou, Gao, Djenné)
- Disparaissent (Mali affaibli, Songhaï vaincu en 1591)
- Richesse fondée sur l'agriculture, l'élevage et la guerre
- Souverains attachés à la religion traditionnelle
- Capitales royales (Ouagadougou, Tenkodogo)
- Restent indépendants jusqu'à la fin du XIXe siècle
5. Pourquoi les Mossi ont-ils si bien résisté ?
Plusieurs raisons expliquent la solidité des royaumes mossi :
- Une cavalerie redoutable, rapide, capable de raids lointains.
- Une organisation politique solide, avec un roi respecté et des chefs obéissants à tous les niveaux (étudiée dans la leçon suivante).
- Un fort attachement à la religion traditionnelle, qui unit le peuple autour de ses chefs et de ses ancêtres.
- Un territoire éloigné des grandes routes du commerce transsaharien, moins convoité et plus difficile à atteindre pour les armées du nord.
Exemple
Question : « Quels enseignements historiques peut-on tirer de la légende de Yennenga ? »
Réponse rédigée : La légende de Yennenga n'est pas un récit que l'on peut vérifier dans le détail, mais elle nous apprend plusieurs choses. D'abord, elle indique que les fondateurs des royaumes mossi venaient du sud, de la région de Gambaga, au pays dagomba. Ensuite, l'union de Yennenga, princesse cavalière, et de Riallé, chasseur de la région, montre que les conquérants se sont mêlés aux populations locales. Enfin, le nom de Ouédraogo, « l'étalon », souligne le rôle essentiel du cheval dans la puissance mossi.
Exemple
Question : « Montre que les Mossi ont été de redoutables adversaires pour les empires du Mali et du Songhaï. »
Réponse : Les Mossi n'ont jamais été soumis par ces empires. Au XIVe siècle, ils lancent un raid jusqu'à Tombouctou, ville de l'empire du Mali. À la fin du XVe siècle, ils attaquent Oualata. Sonni Ali Ber doit les combattre pour protéger la boucle du Niger, et l'askia Mohammed mène contre eux une guerre sainte vers 1497-1498 sans réussir à les convertir. Ils restent indépendants jusqu'à la conquête française de la fin du XIXe siècle.
Méthode
Pour exploiter une tradition orale (légende) en histoire :
- Je résume le récit en quelques phrases (qui, où, quoi).
- Je distingue ce qui est merveilleux ou invérifiable de ce qui peut être historique.
- Je relève les informations utiles : lieu d'origine, peuples en contact, mode de vie, valeurs.
- Je compare avec d'autres sources (chroniques, archéologie) quand c'est possible.
3Je retiens
Je retiens
Les Mossi vivent au sud de la boucle du Niger, dans le bassin des Volta (actuel Burkina Faso) ; leur langue est le mooré.
Tradition d'origine : la princesse Yennenga, fille du roi Nédéga de Gambaga, et le chasseur Riallé ont un fils, Ouédraogo (« l'étalon »), ancêtre des rois mossi.
Principaux royaumes : Tenkodogo, Ouagadougou (roi : le Mogho Naaba), Yatenga ; le Gourma leur est apparenté. Naaba = chef, roi.
Les Mossi attaquent Tombouctou (XIVe siècle) et Oualata (fin du XVe siècle) ; ils résistent à Sonni Ali Ber et à la guerre sainte de l'askia Mohammed (vers 1497-1498).
Leurs forces : cavalerie, organisation politique solide, religion traditionnelle, territoire éloigné. Ils restent indépendants jusqu'à la fin du XIXe siècle.
4Erreurs fréquentes
- Présenter la légende de Yennenga comme un fait historique prouvé : c'est une tradition orale, dont on tire des informations avec prudence.
- Croire que les Mossi formaient un seul royaume : il y avait plusieurs royaumes indépendants, d'origine commune.
- Penser que les Mossi étaient musulmans comme le Mali et le Songhaï : ils sont restés attachés à la religion traditionnelle et ont résisté à la guerre sainte de l'askia Mohammed.
- Confondre Ouédraogo, le fils de Yennenga, et Ouagadougou, la capitale du principal royaume.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Dans quel pays actuel se trouve le pays mossi ?
b) Que signifie le nom Ouédraogo ?
c) Quel est le titre du roi de Ouagadougou et que signifie-t-il ?
d) Quel souverain songhaï a mené une guerre sainte contre les Mossi ?
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a) Le Burkina Faso.
b) « L'étalon », c'est-à-dire le cheval mâle.
c) Le Mogho Naaba, qui signifie « chef du monde ».
d) L'askia Mohammed, vers 1497-1498.
2Exercice 2
(Compléter) Complète : La princesse … était la fille du roi … de Gambaga. Elle s'enfuit à cheval et rencontre le chasseur …. Leur fils … est considéré comme l'ancêtre des rois mossi. En mooré, le mot … signifie chef.
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La princesse Yennenga était la fille du roi Nédéga de Gambaga. Elle s'enfuit à cheval et rencontre le chasseur Riallé. Leur fils Ouédraogo est considéré comme l'ancêtre des rois mossi. En mooré, le mot naaba signifie chef.
3Exercice 3
(Associer) Associe chaque royaume à sa capitale : Ouagadougou, Yatenga, Tenkodogo, Gourma.
Capitales : Fada N'Gourma ; Ouagadougou ; Tenkodogo ; Ouahigouya.
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Ouagadougou : Ouagadougou. Yatenga : Ouahigouya. Tenkodogo : Tenkodogo. Gourma : Fada N'Gourma.
4Exercice 4
(Analyse de document) Relis la tradition de Yennenga (partie 2 de « Je comprends »).
a) De quelle région viennent les ancêtres des Mossi selon ce récit ?
b) Relève deux éléments qui montrent l'importance du cheval.
c) Pourquoi l'historien doit-il être prudent avec ce type de récit ?
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a) Du sud, du royaume de Gambaga, au pays dagomba (nord de l'actuel Ghana).
b) Yennenga est une excellente cavalière et s'enfuit à cheval ; son fils s'appelle Ouédraogo, « l'étalon » ; son grand-père lui donne des cavaliers pour conquérir le pays.
c) Parce que c'est une tradition orale transmise pendant des siècles : elle contient des éléments merveilleux et il en existe plusieurs versions. On ne peut pas vérifier tous les détails ; il faut la comparer avec d'autres sources.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une dizaine de lignes, explique pourquoi les royaumes mossi ont pu rester indépendants face aux empires du Mali et du Songhaï. Plan conseillé : introduction ; les attaques mossi ; la résistance aux Songhaï ; les raisons de cette force ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Au sud de la boucle du Niger, les royaumes mossi sont voisins de puissants empires musulmans, le Mali puis le Songhaï. Pourtant, ils restent indépendants pendant des siècles.
Les Mossi sont loin d'être faibles : au XIVe siècle, leurs cavaliers pillent Tombouctou, et à la fin du XVe siècle ils attaquent Oualata.
Face au Songhaï, ils résistent. Sonni Ali Ber les repousse de la boucle du Niger, mais ne les soumet pas. L'askia Mohammed lance contre eux une guerre sainte vers 1497-1498 ; il ravage une partie de leur pays sans parvenir à les convertir ni à les conquérir.
Cette résistance s'explique par leur cavalerie redoutable, leur organisation politique solide, leur attachement à la religion traditionnelle et l'éloignement de leur territoire.
Ainsi, les royaumes mossi ont traversé l'époque des grands empires et sont restés indépendants jusqu'à la conquête française de la fin du XIXe siècle.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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