Leçon 29 sur 29
Résoudre les conflits et instaurer une culture de paix
Je sais analyser un conflit (acteurs, causes, enjeux), choisir un mode de règlement pacifique adapté (négociation, médiation, conciliation, arbitrage, justice) et expliquer ce qu'est une culture de paix et comment la construire.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir le conflit et distinguer ses types et ses causes
- Décrire les modes de règlement pacifique des conflits, modernes et traditionnels
- Définir la culture de paix et ses valeurs
- Proposer des actions concrètes pour la paix dans la famille, le quartier et le pays
Avant de commencer : Les leçons « Prévenir et bien gérer les conflits à l'école » et « Démocratie et tolérance ».
1Je découvre
Dans un village de la préfecture de Kouroussa, un matin de saison sèche, le troupeau de Mamadou traverse le champ d'arachides de Lansana et détruit une partie de la récolte. Lansana, furieux, attrape un bâton ; les jeunes des deux familles commencent à s'insulter. Certains parlent déjà de « nous » et « eux ».
Le chef de district fait appeler les anciens. Sous le grand fromager, chacun parle à son tour. On évalue les dégâts. Mamadou reconnaît que son berger a été négligent ; il accepte de dédommager Lansana. Les anciens proposent aussi de tracer ensemble un couloir de passage pour les animaux, loin des champs. Le soir, les deux hommes partagent le repas.
Sékou, le fils de Lansana, élève de 9e, a tout observé. Un conflit qui aurait pu mal finir s'est réglé par la parole.
Comment résoudre les conflits de façon pacifique, et comment construire une véritable culture de paix ?
2Je comprends
1. Qu'est-ce qu'un conflit ?
Un conflit est une opposition entre deux ou plusieurs personnes ou groupes qui ont des intérêts, des besoins, des opinions ou des valeurs différents ou incompatibles. Le conflit fait partie de la vie en société ; il n'est pas forcément mauvais : bien géré, il permet de clarifier les problèmes et de trouver de meilleures règles. Ce qui est dangereux, c'est la violence.
Les types de conflits :
- interpersonnels : entre deux personnes (voisins, camarades) ;
- familiaux : héritage, mariage, autorité ;
- communautaires : entre groupes ou villages, par exemple entre agriculteurs et éleveurs, ou pour des terres (conflits fonciers) ;
- sociaux : entre employeurs et travailleurs (grèves) ;
- politiques : autour du pouvoir et des élections ;
- armés : entre groupes armés ou entre États.
Les causes fréquentes : le partage des ressources (terre, eau, pâturages, héritage) ; les injustices et l'exclusion ; les malentendus et les rumeurs ; l'intolérance (religieuse, ethnique, politique) ; la pauvreté et le chômage ; la mauvaise gouvernance.
2. Comment un conflit évolue
- 1Désaccord : les intérêts s'opposent, mais on se parle encore
- 2Tension : méfiance, rumeurs, insultes, on ne s'écoute plus
- 3Crise : menaces, gestes violents, les groupes se forment
- 4Violence : affrontements, destructions, blessés
- 5Règlement : dialogue, accord, réparation
- 6Réconciliation : la confiance revient, on prévient les nouveaux conflits
3. Les modes de règlement pacifique
| Mode | Qui intervient ? | Comment ? |
|---|---|---|
| Négociation | Les parties seules | Elles discutent directement et cherchent un compromis |
| Médiation | Un tiers neutre, le médiateur | Il aide les parties à se parler et à trouver elles-mêmes une solution ; il ne décide pas |
| Conciliation | Un tiers, le conciliateur | Il propose une solution que les parties sont libres d'accepter ou non |
| Arbitrage | Un arbitre choisi par les parties | Il décide, et les parties s'engagent à respecter sa décision |
| Justice | Un juge | Il applique la loi et rend une décision obligatoire |
On commence de préférence par les modes les plus souples (négociation, médiation), qui préservent les relations. La justice intervient quand le dialogue échoue ou quand une infraction grave a été commise.
4. Les mécanismes traditionnels guinéens
La société guinéenne dispose de mécanismes anciens et efficaces :
- les conseils des sages et des anciens, respectés pour leur expérience ;
- la palabre (sous l'arbre à palabres ou dans la case) : chacun parle à son tour, on écoute, on cherche l'accord de tous ;
- le rôle des leaders religieux (imams, prêtres, pasteurs) ;
- le cousinage à plaisanterie, qui désamorce les tensions entre groupes et familles ;
- les griots, gardiens de la mémoire et souvent médiateurs entre les familles ;
- la charte de Kouroukan Fouga, que la tradition date de 1236, à la fondation de l'empire du Mali, et qui fixait déjà des règles de vie commune et de respect entre les groupes.
Ces mécanismes complètent la justice moderne. Ils doivent cependant respecter la loi et les droits de chacun, notamment ceux des femmes et des enfants.
5. La culture de paix
Le 13 septembre 1999, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une Déclaration et un Programme d'action sur une culture de la paix. La culture de paix est un ensemble de valeurs, d'attitudes et de comportements qui rejettent la violence et cherchent à prévenir les conflits en s'attaquant à leurs causes, par le dialogue et la négociation.
La paix n'est pas seulement l'absence de guerre : c'est aussi la justice, le respect des droits, la tolérance et le développement.
- Régler les problèmes par la force
- Rumeurs et discours de haine
- Vengeance
- Méfiance envers les autres groupes
- Injustice et exclusion
- Régler les problèmes par le dialogue
- Information vérifiée et paroles de respect
- Réparation et pardon
- Tolérance et solidarité
- Justice et participation de tous
Le 21 septembre est la Journée internationale de la paix. L'objectif de développement durable n° 16 de l'ONU (2015) vise des sociétés pacifiques, la justice pour tous et des institutions efficaces.
Construire la paix à chaque niveau :
- en famille : dialoguer, écouter, partager équitablement ;
- à l'école : respecter les camarades, refuser le harcèlement, faire appel à un médiateur ;
- dans le quartier : participer aux associations, respecter les voisins, régler les différends par les chefs de quartier et les sages ;
- dans le pays : refuser les discours de haine et les fausses nouvelles, voter dans le calme, respecter les institutions et les résultats, contester seulement par les voies légales.
Exemple
Situation : « Deux frères se disputent un champ laissé par leur père. Chacun affirme qu'il lui revient. » Quel mode de règlement proposes-tu et comment ?
Réponse : Il s'agit d'un conflit familial et foncier. On peut d'abord essayer la négociation entre les deux frères. Si elle échoue, une médiation par un oncle respecté ou un sage de la famille peut les aider à se parler et à trouver un partage équitable (par exemple diviser le champ, ou que l'un cultive et verse une partie de la récolte à l'autre). Si le désaccord persiste, ils peuvent saisir le tribunal, qui tranchera selon la loi sur les successions.
Exemple
Situation : « Avant une élection, un message circule sur les téléphones : "Les gens de tel quartier vont attaquer le nôtre ce soir, préparez-vous !" » Que faut-il faire ?
Réponse : C'est une rumeur qui peut transformer une tension politique en violence. Il ne faut pas la transférer. Il faut vérifier l'information auprès de sources sûres (autorités locales, médias sérieux), prévenir le chef de quartier et les forces de sécurité, et appeler au calme. Refuser de diffuser les rumeurs et les discours de haine fait partie de la culture de paix.
Méthode
Pour analyser un conflit et proposer une solution :
- J'identifie les acteurs (qui s'oppose à qui ?).
- Je cherche les causes profondes (ressources, injustice, malentendu, intolérance).
- J'évalue le stade du conflit (désaccord, tension, crise, violence).
- Je choisis un mode de règlement adapté, du plus souple au plus contraignant.
- Je propose une mesure de prévention pour que le conflit ne recommence pas.
3Je retiens
Je retiens
Un conflit est une opposition d'intérêts, de besoins ou d'opinions ; il devient dangereux quand il tourne à la violence.
Causes fréquentes : partage des ressources (terre, eau, héritage), injustice, malentendus, intolérance, pauvreté, mauvaise gouvernance.
Modes de règlement pacifique : négociation (les parties seules), médiation (un tiers aide), conciliation (un tiers propose), arbitrage (un arbitre décide), justice (le juge applique la loi).
Mécanismes traditionnels : sages, palabre, leaders religieux, cousinage à plaisanterie, griots.
Culture de paix : valeurs et comportements qui rejettent la violence et privilégient le dialogue (Déclaration de l'ONU, 13 septembre 1999).
21 septembre : Journée internationale de la paix.
4Erreurs fréquentes
- Croire qu'un conflit est toujours mauvais : c'est la violence qui est mauvaise ; bien géré, un conflit peut améliorer les règles.
- Confondre médiation et arbitrage : le médiateur aide les parties à trouver leur solution, l'arbitre décide à leur place.
- Penser que la paix, c'est seulement l'absence de guerre : sans justice, respect des droits et tolérance, la paix reste fragile.
- Croire que les mécanismes traditionnels peuvent tout justifier : ils doivent respecter la loi et les droits de chacun.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis le conflit.
b) Cite trois causes fréquentes de conflit en Guinée.
c) Qu'est-ce que la culture de paix ?
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a) Un conflit est une opposition entre deux ou plusieurs personnes ou groupes qui ont des intérêts, des besoins, des opinions ou des valeurs différents ou incompatibles.
b) Par exemple : le partage des terres et de l'héritage ; les dégâts des troupeaux dans les champs ; l'intolérance religieuse, ethnique ou politique ; les rumeurs et malentendus ; la pauvreté et le chômage.
c) C'est un ensemble de valeurs, d'attitudes et de comportements qui rejettent la violence et cherchent à prévenir les conflits en s'attaquant à leurs causes par le dialogue et la négociation.
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque situation au mode de règlement utilisé : négociation ; médiation ; arbitrage ; justice.
a) Deux commerçants choisissent le président de l'association du marché pour trancher leur désaccord et acceptent d'avance sa décision.
b) Deux voisins discutent seuls et se mettent d'accord pour partager le coût d'une clôture.
c) Un imam aide deux familles à se parler jusqu'à ce qu'elles trouvent elles-mêmes un accord.
d) Le tribunal de Labé condamne l'auteur d'une agression.
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a) Arbitrage. b) Négociation. c) Médiation. d) Justice.
3Exercice 3
(Vrai ou faux, avec justification)
a) Le médiateur impose sa décision aux parties.
b) La Journée internationale de la paix est le 21 septembre.
c) Diffuser une rumeur sans la vérifier peut provoquer un conflit.
d) La justice doit toujours être le premier moyen de régler un conflit.
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a) Faux : le médiateur aide les parties à trouver elles-mêmes une solution ; c'est l'arbitre ou le juge qui décide.
b) Vrai.
c) Vrai : une fausse information peut créer la peur, la colère et la violence.
d) Faux : on commence de préférence par les modes souples (négociation, médiation) ; la justice intervient si le dialogue échoue ou en cas d'infraction grave.
4Exercice 4
(Analyse de situation, type BEPC) « Dans une sous-préfecture de la Haute-Guinée, chaque saison sèche, les troupeaux des éleveurs entrent dans les champs des agriculteurs. Les dégâts provoquent des bagarres entre jeunes des deux communautés. »
a) Quel type de conflit est décrit ? Quelle en est la cause principale ?
b) À quel stade le conflit est-il arrivé ? Justifie.
c) Propose un mode de règlement pour les dégâts déjà commis, et deux mesures pour éviter que le conflit recommence.
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a) Un conflit communautaire entre agriculteurs et éleveurs ; sa cause principale est le partage des ressources (champs et pâturages) et la divagation des animaux.
b) Il est au stade de la violence, puisqu'il y a des bagarres entre jeunes.
c) Pour les dégâts : une médiation par les sages des deux communautés, le chef de district ou le sous-préfet, avec évaluation des dégâts et dédommagement des agriculteurs ; en cas d'échec ou de blessures graves, la justice. Mesures de prévention : tracer ensemble des couloirs de passage pour les troupeaux et fixer des périodes de pâturage ; créer un comité mixte agriculteurs-éleveurs qui se réunit avant chaque saison sèche ; sensibiliser les bergers.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, explique ce que tu peux faire, à ton niveau, pour construire une culture de paix dans ta famille, ton école et ton quartier.
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Exemple de rédaction :
La paix ne dépend pas seulement des dirigeants : elle se construit chaque jour, à mon niveau. Dans ma famille, je peux dialoguer au lieu de crier, écouter mes frères et sœurs et accepter de partager. Quand une dispute éclate, je peux demander à un parent ou à un aîné de nous aider à trouver une solution. À l'école, je respecte mes camarades quelle que soit leur origine ou leur religion, je refuse de me moquer des autres et de participer au harcèlement, et je fais appel aux délégués ou aux enseignants pour régler un désaccord. Dans mon quartier, je participe aux activités des jeunes, je respecte les voisins et je ne transmets jamais une rumeur ou un message de haine sans le vérifier. Pendant les élections, j'appelle au calme autour de moi. Enfin, je peux apprendre à pardonner et à réparer mes torts. Ainsi, je contribue à une culture de paix, pour que les conflits se règlent par la parole et non par la violence.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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