Leçon 36 sur 51
L'exode rural
Je sais lire et expliquer un texte sur l'exode rural, en dégager l'idée générale, les causes et les conséquences, et donner un avis argumenté sur ce phénomène.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Comprendre le vocabulaire de l'exode rural (migration, citadin, bidonville, désertion des campagnes)
- Dégager l'idée générale, la structure et les procédés d'un texte narratif
- Identifier les causes et les conséquences de l'exode rural
- Rédiger une courte réponse argumentée
Avant de commencer : Le champ lexical ; l'antithèse et l'hyperbole ; la méthode de la lecture expliquée
1Je découvre
Chaque année, après les récoltes, des jeunes quittent les villages de Guinée pour les grandes villes. Dans la famille de Fanta, à un village près de Kouroussa, c'est son grand frère Lansana qui est parti. Il a pris le taxi-brousse avec un petit sac et beaucoup d'espoir : « En ville, je trouverai du travail, je gagnerai de l'argent et j'aiderai la famille. »
Quelques mois plus tard, il téléphone. Sa voix est fatiguée. Il loge à cinq dans une petite chambre, il fait des petits travaux, le transport et la nourriture coûtent cher. Au village, pendant ce temps, le père doit cultiver le champ presque seul, et l'école a perdu plusieurs élèves partis rejoindre leurs frères.
Fanta se demande : « Pourquoi tant de jeunes partent-ils ? Qu'est-ce qu'ils trouvent vraiment en ville ? Et que devient le village sans eux ? »
Qu'est-ce que l'exode rural, quelles en sont les causes et les conséquences, et comment un écrivain peut-il faire ressentir ce phénomène ? Nous allons le découvrir en expliquant un texte.
2Je comprends
1. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> Le départ de Sory
>
> [1] Le taxi-brousse attendait au bord de la route, déjà chargé jusqu'au toit de sacs, de bidons et de poulets attachés par les pattes. Sory serrait contre lui son petit sac de toile. Derrière lui, sa mère ne pleurait pas ; elle avait pleuré toute la nuit. Son père, droit comme un tronc de karité, ne disait rien.
>
> [2] « Là-bas, avait dit Sory, il y a du travail, des lumières, de l'argent. Ici, il n'y a que la houe, la poussière et l'attente de la pluie. » Les anciens avaient hoché la tête. Depuis trois saisons, la pluie arrivait tard et partait tôt, les greniers se vidaient avant la fin de l'année, et les jeunes, un à un, prenaient la route de la ville.
>
> [3] Le chauffeur klaxonna. Sory monta. Par la vitre, il vit s'éloigner les cases rondes, le grand manguier, le champ de son père où il avait appris à marcher. Il sentit quelque chose se déchirer en lui, mais il garda les yeux secs : un homme part pour revenir riche.
>
> [4] Six mois plus tard, dans la grande ville, Sory portait des sacs de ciment sur un chantier. Il dormait avec quatre autres jeunes du village dans une chambre sans fenêtre. Les lumières de la ville brillaient, mais elles n'étaient pas pour lui. Le soir, il pensait au silence du village, à la voix de sa mère, au goût du riz nouveau. Et il se demandait si la ville l'avait accueilli, ou si elle l'avait avalé.
2. Le vocabulaire
| Mot ou expression | Sens |
|---|---|
| l'exode rural | le départ massif des habitants des campagnes vers les villes |
| rural | qui concerne la campagne (contraire : urbain, qui concerne la ville) |
| karité | arbre de la savane, dont les fruits donnent le beurre de karité |
| hocher la tête | la remuer de haut en bas, en signe d'accord ou de résignation |
| les greniers se vidaient | les réserves de récolte s'épuisaient |
| un chantier | lieu où l'on construit un bâtiment |
| avaler (sens figuré) | engloutir, faire disparaître |
Mots utiles du thème : migrer, un migrant, l'émigration (départ vers un autre pays), un citadin (habitant de la ville), un bidonville (quartier pauvre fait d'abris précaires), le chômage, le sous-emploi, la désertion des campagnes, le retour à la terre.
3. L'idée générale et la structure
Idée générale : le texte raconte le départ du jeune Sory, qui quitte son village frappé par le manque de pluie pour chercher fortune en ville ; mais six mois plus tard, la ville ne lui a donné qu'un travail pénible, un logement misérable et la nostalgie du village.
- 1§1 Le moment du départ : la douleur silencieuse des parents
- 2§2 Les raisons du départ : le rêve de la ville et la misère du village
- 3§3 La séparation : Sory quitte le village et cache son émotion
- 4§4 La désillusion : la dure vie en ville et la nostalgie
4. L'étude du texte
a) Les causes de l'exode, dans le texte.
- La pauvreté des campagnes et le climat : « la pluie arrivait tard et partait tôt, les greniers se vidaient ».
- Le rêve de la ville : « du travail, des lumières, de l'argent ».
- L'exemple des autres : « les jeunes, un à un, prenaient la route de la ville ».
- La pression sociale : « un homme part pour revenir riche ».
b) Les conséquences, dans le texte.
- Pour le jeune : travail pénible et mal payé (« portait des sacs de ciment »), logement surpeuplé (« quatre autres jeunes », « une chambre sans fenêtre »), solitude et nostalgie.
- Pour le village (suggéré) : les familles perdent leurs bras (« les jeunes, un à un ») et le chagrin s'installe (la mère « avait pleuré toute la nuit »).
c) Les procédés d'écriture.
- Antithèse entre la ville et le village au §2 : « Là-bas… du travail, des lumières, de l'argent » / « Ici… la houe, la poussière et l'attente ». Plus loin : « Les lumières de la ville brillaient, mais elles n'étaient pas pour lui » : l'opposition montre que le rêve ne s'est pas réalisé.
- Hyperbole : « chargé jusqu'au toit », « elle avait pleuré toute la nuit ».
- Comparaison : « droit comme un tronc de karité » : le père est solide, digne, enraciné dans sa terre, comme un arbre.
- Personnification et métaphore finale : « la ville l'avait… avalé » : la ville est présentée comme un monstre qui engloutit les jeunes.
- Champ lexical du village : « cases rondes », « manguier », « champ », « houe », « riz nouveau » ; champ lexical de la ville : « lumières », « chantier », « ciment », « chambre sans fenêtre ». Ces deux champs lexicaux s'opposent.
- Phrases courtes au §3 : « Le chauffeur klaxonna. Sory monta. » Elles rendent le départ brusque et sans retour.
d) Le point de vue de l'auteur. L'auteur ne juge pas Sory ; il comprend ses raisons. Mais la fin, sous forme de question, invite le lecteur à réfléchir : la ville est-elle vraiment une chance pour tous ceux qui partent ?
5. Réflexion : l'exode rural en Guinée
L'exode rural existe dans toute l'Afrique de l'Ouest. En Guinée, les grandes villes attirent de nombreux jeunes venus des campagnes. Ce phénomène a des aspects positifs et négatifs :
| Aspects positifs | Aspects négatifs |
|---|---|
| certains trouvent un emploi et envoient de l'argent à leur famille | les campagnes perdent leurs bras : moins de cultures, moins de nourriture |
| accès plus facile à l'école, aux soins, aux formations | en ville : chômage, logements précaires, quartiers surpeuplés |
| échanges et nouvelles idées entre la ville et le village | séparation des familles, perte de repères, solitude |
Quelques solutions souvent proposées : moderniser l'agriculture (petites machines, irrigation, meilleures semences), développer l'électricité, l'eau potable, les écoles et les centres de santé dans les campagnes, créer des activités de transformation des produits agricoles (jus, huile, beurre de karité) et soutenir les jeunes qui veulent s'installer comme agriculteurs ou artisans.
Méthode
Pour étudier un phénomène (cause, conséquence) dans un texte :
- Je repère les phrases qui expliquent POURQUOI le personnage agit : ce sont les causes.
- Je repère ce qui se passe APRÈS : ce sont les conséquences, pour le personnage et pour les autres.
- Je classe causes et conséquences dans un tableau.
- Pour chaque idée, je cite une courte expression du texte entre guillemets.
- Je repère les procédés (antithèse, comparaison, champ lexical) qui rendent le phénomène sensible au lecteur.
- Je conclus par le message de l'auteur et par mon avis personnel.
Exemple
Question : Relevez l'antithèse du paragraphe 2 et dites ce qu'elle montre.
Réponse rédigée : Le paragraphe 2 oppose « Là-bas » et « Ici ». La ville est associée à « du travail, des lumières, de l'argent », le village à « la houe, la poussière et l'attente de la pluie ». Cette antithèse montre comment Sory imagine la ville : un lieu de richesse et de réussite, face à un village qu'il voit comme un lieu de misère et d'attente.
Exemple
Question : Expliquez la dernière phrase du texte.
Réponse rédigée : Dans la dernière phrase, Sory se demande « si la ville l'avait accueilli, ou si elle l'avait avalé ». Le verbe « avaler » fait de la ville un monstre qui engloutit les jeunes : au lieu de lui donner une place, elle l'a fait disparaître dans la foule et la misère. Cette question exprime la désillusion de Sory et invite le lecteur à réfléchir au prix de l'exode rural.
3Je retiens
Je retiens
L'exode rural est le départ massif des habitants des campagnes (rural) vers les villes (urbain).
Causes : pauvreté, manque de pluie et de récoltes, manque d'emplois, d'écoles et de soins au village, rêve de la ville.
Conséquences : campagnes privées de leurs bras, chômage et logements précaires en ville, familles séparées, nostalgie.
Idée du texte : Sory quitte son village plein d'espoir, mais la ville ne lui offre qu'une vie dure et la nostalgie.
Procédés : antithèse ville / village, comparaison, métaphore de la ville qui « avale », phrases courtes, champs lexicaux opposés.
Solutions : moderniser l'agriculture, équiper les campagnes, créer des activités pour les jeunes au village.
4Erreurs fréquentes
- Confondre exode rural (départ de la campagne vers la ville, dans le même pays) et émigration (départ vers un autre pays).
- Mélanger les causes et les conséquences : le manque de pluie est une cause ; la chambre surpeuplée est une conséquence.
- Donner son avis sans l'appuyer sur le texte ni sur un exemple : un avis doit toujours être justifié.
- Croire que le texte condamne Sory : l'auteur comprend ses raisons ; il montre seulement la difficulté de la vie en ville.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Vocabulaire) Donne le contraire de chaque mot : rural, citadin, départ, émigrer, espoir. Puis explique la différence entre exode rural et émigration.
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rural / urbain ; citadin / villageois (ou campagnard, rural) ; départ / retour (ou arrivée) ; émigrer / immigrer ; espoir / désespoir.
L'exode rural est le départ des habitants de la campagne vers la ville, à l'intérieur d'un pays ; l'émigration est le départ d'une personne vers un autre pays.
2Exercice 2
(Compréhension) Réponds par des phrases complètes en citant le texte.
a) Comment la mère et le père de Sory réagissent-ils à son départ ?
b) Pourquoi Sory décide-t-il de partir ? Donne deux raisons.
c) Quelle vie mène-t-il six mois plus tard ?
d) À quoi pense-t-il le soir ?
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a) La mère est très triste mais retient ses larmes devant son fils : « elle ne pleurait pas ; elle avait pleuré toute la nuit ». Le père reste digne et silencieux : « droit comme un tronc de karité, ne disait rien ».
b) Sory part à cause de la pauvreté du village (« la pluie arrivait tard et partait tôt, les greniers se vidaient ») et parce qu'il rêve de la ville : « il y a du travail, des lumières, de l'argent ».
c) Il mène une vie dure : il « portait des sacs de ciment sur un chantier » et dormait « avec quatre autres jeunes du village dans une chambre sans fenêtre ».
d) Il pense à son village avec nostalgie : « au silence du village, à la voix de sa mère, au goût du riz nouveau ».
3Exercice 3
(Étude de la langue)
a) « Son père, droit comme un tronc de karité, ne disait rien. » Nomme la figure de style et explique-la.
b) « Le chauffeur klaxonna. Sory monta. » Quel est l'effet de ces deux phrases très courtes ?
c) Relève dans le §4 une proposition subordonnée introduite par si et dis si elle exprime une condition ou une interrogation.
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a) C'est une comparaison (outil comme). Le père est comparé à un tronc de karité : il est droit, solide, digne et attaché à sa terre comme un arbre enraciné. Il ne montre pas son émotion.
b) Ces phrases courtes rendent le départ rapide et définitif : tout se passe en un instant, sans retour possible ; elles traduisent aussi la tension du moment.
c) « si la ville l'avait accueilli, ou si elle l'avait avalé » : c'est une interrogation indirecte (il se demande si…), non une condition.
4Exercice 4
(Analyse) Recopie et complète ce tableau avec des expressions du texte.
| Le village | La ville |
|---|---|
| … | … |
Quelle impression ces deux champs lexicaux donnent-ils ?
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| Le village | La ville |
|---|---|
| « cases rondes », « grand manguier », « champ », « houe », « poussière », « silence du village », « riz nouveau » | « lumières », « chantier », « sacs de ciment », « chambre sans fenêtre », « grande ville » |
Le village donne une impression de calme, de nature et de tendresse (même s'il est pauvre) ; la ville donne une impression de travail dur, d'enfermement et de solitude, malgré ses lumières.
5Exercice 5
(Type BEPC)
a) Donne l'idée générale du texte.
b) Découpe le texte en quatre parties et donne un titre à chacune.
c) Relève deux causes et deux conséquences de l'exode rural présentes dans le texte.
d) Explique la phrase : « Les lumières de la ville brillaient, mais elles n'étaient pas pour lui. »
e) Selon toi, Sory a-t-il eu raison de partir ? Réponds en cinq à six lignes.
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a) Le texte raconte le départ de Sory, jeune villageois qui quitte sa famille à cause de la misère pour chercher fortune en ville, et sa désillusion six mois plus tard, face à une vie difficile et à la nostalgie du village.
b) §1 : Les adieux silencieux. §2 : Les raisons du départ. §3 : La séparation. §4 : La désillusion en ville.
c) Causes : le manque de pluie et les greniers vides ; le rêve d'une ville pleine de « travail, lumières, argent ». Conséquences : un travail pénible sur un chantier ; un logement surpeuplé et la nostalgie (on accepte aussi : le chagrin de la famille).
d) Cette phrase oppose les promesses de la ville et la réalité de Sory. Les lumières symbolisent la richesse et la réussite qu'il espérait ; il les voit, mais elles ne sont « pas pour lui » : il reste pauvre et exclu. C'est la désillusion.
e) Exemple : « À mon avis, Sory a eu raison de vouloir améliorer sa vie, car au village les récoltes ne suffisaient plus. Mais il est parti sans métier et sans préparation, et la ville ne lui a offert qu'un travail pénible. S'il avait appris un métier ou s'il avait été soutenu pour moderniser le champ de son père, il aurait peut-être pu réussir sans quitter les siens. Partir n'est pas une faute ; partir sans projet est un risque. »
6Exercice 6
(Expression écrite) Imagine la lettre que Sory écrit à sa mère un an après son départ (dix à douze lignes). Il lui raconte sa vie en ville et lui annonce une décision : rester ou revenir. Respecte la présentation d'une lettre.
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Exemple de réponse :
« [Grande ville], le 10 janvier.
Chère maman,
Voilà un an que je suis parti. Je travaille toujours sur les chantiers ; le travail est dur et le patron paie peu. Je partage une petite chambre avec des jeunes du village. Le soir, je pense à toi, au grand manguier et au riz nouveau. J'ai compris que la ville ne donne pas tout à ceux qui n'ont pas de métier. Un maçon m'apprend son travail depuis trois mois. Encore une saison, et je reviendrai au village pour construire des maisons et aider papa au champ. Salue tout le monde pour moi.
Ton fils qui t'aime,
Sory. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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