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Histoire · 9e

Leçon 8 sur 20

Le royaume théocratique du Fouta-Djalon

Je sais raconter la naissance du royaume théocratique du Fouta-Djalon, décrire son organisation politique, religieuse et sociale, et expliquer les causes de son déclin.

  • 50 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir un État théocratique et situer le Fouta-Djalon
  • Raconter la guerre sainte du XVIIIe siècle et le rôle de Karamoko Alfa et d'Ibrahima Sory
  • Décrire les institutions : almamy, conseil des anciens, provinces (diwé), alternance Alfaya-Soriya
  • Présenter la société, l'économie et le rayonnement religieux du Fouta
  • Expliquer les causes du déclin et la conquête française

Avant de commencer : La leçon « La Guinée et les comptoirs de traite » (caravanes du Fouta vers la côte).

1Je découvre

Mariama passe les vacances chez son grand-père à Labé. Le soir, à la lueur d'une lampe, le vieil homme lui raconte l'histoire de leur famille. « Autrefois, dit-il, le Fouta avait son souverain, l'almamy, qui résidait à Timbo. Mais il ne pouvait pas régner seul : il était couronné à Fougoumba par les sages, et chaque grande province, comme la nôtre, le diwal de Labé, avait son propre chef. Les enfants apprenaient le Coran dès le plus jeune âge, et des savants venaient de loin pour étudier chez nous. »

Mariama est fascinée : elle croyait que les rois décidaient de tout. Elle voit aussi, dans le village, une vieille mosquée et entend encore les enfants réciter leurs leçons à l'école coranique.

Elle se demande comment ce royaume est né, comment il était gouverné et pourquoi il a disparu.

Comment le royaume théocratique du Fouta-Djalon est-il né, comment était-il organisé et pourquoi a-t-il décliné ?

2Je comprends

1. Le cadre : un « château d'eau » peuplé de pasteurs et de paysans

Le Fouta-Djalon est un ensemble de plateaux et de montagnes de la Moyenne-Guinée. On l'appelle le « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest », car de grands fleuves y prennent leur source : le Sénégal (par le Bafing) et la Gambie ; le Niger naît non loin, sur ses bordures sud. Son climat plus frais et ses pâturages conviennent à l'élevage.

À l'origine, la région est habitée surtout par des Djalonké (qui ont donné leur nom au pays) et par d'autres peuples mandingues et soussou. À partir du XVe siècle, et surtout aux XVIe et XVIIe siècles, des Peuls (Fulbe) arrivent progressivement avec leurs troupeaux. Certains sont musulmans, d'autres pratiquent les religions traditionnelles.

2. La naissance du royaume : la guerre sainte du XVIIIe siècle

Au début du XVIIIe siècle, les Peuls musulmans veulent s'affranchir de l'autorité des chefs djalonké et imposer l'islam. Vers 1725-1727, des marabouts (savants musulmans) se réunissent et décident de lancer une guerre sainte (le djihad). Ils choisissent comme chef le savant Karamoko Alfa (Ibrahima Sambégou), de la famille des Seydiyanké, établie à Timbo. Il prend le titre d'almamy (de l'arabe al-imam, « celui qui guide la prière »).

Karamoko Alfa est avant tout un homme de religion. À sa mort, au milieu du XVIIIe siècle, c'est son cousin Ibrahima Sory, surnommé Sory Mawdo (« le Grand »), un chef de guerre, qui dirige la lutte. Il remporte des victoires décisives contre les ennemis du Fouta, notamment les armées du Wassoulou, et consolide le royaume dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Le Fouta-Djalon devient ainsi un État théocratique : un État où le pouvoir politique est fondé sur la religion, et dont les lois s'inspirent du droit musulman (la charia).

  1. 1XVe-XVIIe siècles : installation progressive des Peuls au Fouta-Djalon
  2. 2Vers 1725-1727 : les marabouts lancent la guerre sainte, Karamoko Alfa devient almamy
  3. 3Milieu du XVIIIe siècle : Ibrahima Sory Mawdo prend la direction de la guerre
  4. 4Fin du XVIIIe siècle : le royaume est consolidé, capitale Timbo
  5. 5XIXe siècle : alternance Alfaya-Soriya, rivalités et révolte des Hubbu
  6. 61896 : défaite de Porédaka, le Fouta passe sous domination française
Les grandes étapes de l'histoire du Fouta-Djalon.

3. L'organisation politique : un pouvoir partagé

L'almamy est le chef suprême : chef religieux (il dirige la grande prière), chef militaire (il conduit la guerre) et chef de la justice. Il réside à Timbo, la capitale politique.

Mais son pouvoir est limité :

  • il est choisi parmi les descendants des fondateurs, puis couronné (on lui noue le turban) à Fougoumba, la capitale religieuse ;
  • le conseil des anciens de Fougoumba, composé de sages et de notables, le conseille, contrôle ses décisions et peut même le démettre s'il gouverne mal ;
  • les grandes décisions (guerre, lois) sont discutées dans des assemblées.

L'alternance. Après la mort des fondateurs, deux familles se disputent le pouvoir : les Alfaya (descendants de Karamoko Alfa) et les Soriya (descendants d'Ibrahima Sory). Pour éviter la guerre civile, on adopte au XIXe siècle une règle : un almamy de chaque famille règne à tour de rôle, en principe deux ans chacun. Dans les faits, cette règle provoque souvent des querelles.

Les provinces. Le royaume est divisé en provinces appelées diwé (au singulier diwal), au nombre de neuf selon la tradition, comme Labé, Timbi, Fougoumba, Kébali ou Koïn. Chaque diwal est dirigé par un chef, souvent appelé alfa, qui jouit d'une grande autonomie. Le diwal de Labé, le plus vaste et le plus peuplé, est particulièrement puissant. Les diwé sont eux-mêmes divisés en missidé (villages ayant une mosquée) qui regroupent plusieurs hameaux.

  1. 1L'almamy, à Timbo : chef religieux, militaire et judiciaire
  2. 2Le conseil des anciens, à Fougoumba : couronne, conseille et contrôle l'almamy
  3. 3Les chefs de diwal (neuf provinces, dont Labé) : gouvernent leur province
  4. 4Les chefs de missidé : dirigent les villages autour de leur mosquée
La pyramide du pouvoir au Fouta-Djalon, de l'almamy aux villages.

4. Une société hiérarchisée

La société du Fouta est organisée en groupes :

  • les hommes libres (les rimbé), en particulier les grandes familles peules musulmanes, qui détiennent le pouvoir, les terres et les troupeaux ;
  • les artisans (forgerons, tisserands, cordonniers) et les griots ;
  • les captifs (les maccubé), très nombreux, souvent issus des guerres ; ils cultivent les champs et vivent dans des villages séparés appelés roundé. Une partie des prisonniers de guerre est aussi vendue vers les comptoirs de la côte, comme tu l'as vu dans la leçon précédente.

5. Économie et rayonnement religieux

L'économie repose sur l'élevage (bovins, symbole de richesse chez les Peuls), l'agriculture (fonio, riz, mil, faite surtout par les captifs) et le commerce : des caravanes relient le Fouta aux comptoirs de la côte (Rio Nunez, Rio Pongo) et aux marchés du Soudan. Le Fouta vend des captifs, du bétail, des peaux, de la cire, et reçoit du sel, des tissus et des armes.

Le rayonnement religieux et intellectuel est considérable. Presque chaque village a son école coranique. Le Fouta forme de nombreux lettrés qui écrivent en arabe et en pular (en utilisant l'alphabet arabe : c'est ce qu'on appelle l'ajami). Le poète et savant Tierno Samba Mombéya est l'un des plus célèbres auteurs en langue pular. Des élèves viennent de toute la région pour étudier au Fouta, qui devient un foyer de l'islam en Afrique de l'Ouest.

6. Le déclin et la conquête

Au XIXe siècle, le royaume s'affaiblit :

  • les rivalités entre Alfaya et Soriya provoquent des conflits et parfois des combats pour le pouvoir ;
  • les grands chefs de province, surtout celui de Labé, deviennent presque indépendants ;
  • la révolte des Hubbu, un mouvement religieux dissident né au milieu du siècle, défie l'autorité des almamy pendant des dizaines d'années ;
  • les Français, installés sur la côte, cherchent à contrôler le Fouta et ses routes commerciales ; ils signent des traités avec les almamy et profitent de leurs divisions.

En 1896, l'almamy Bokar Biro est vaincu par les troupes françaises à la bataille de Porédaka ; il est tué peu après. Le Fouta-Djalon passe sous domination française et est intégré à la colonie de Guinée française. Certains chefs, comme Alfa Yaya Diallo, chef du diwal de Labé, tentent ensuite de préserver leur pouvoir face aux colonisateurs.

Exemple

Question : « Montre que le Fouta-Djalon était un État théocratique. »

Réponse rédigée : Le Fouta-Djalon était un État théocratique, c'est-à-dire fondé sur la religion. D'abord, il est né d'une guerre sainte, lancée vers 1725-1727 par des marabouts musulmans. Ensuite, son chef porte le titre religieux d'almamy : il dirige la prière, la guerre et la justice, et il est couronné à Fougoumba, la capitale religieuse. Enfin, les lois s'inspirent du droit musulman et chaque village s'organise autour de sa mosquée et de son école coranique. La religion est donc au cœur du pouvoir.

Exemple

Question : « Pourquoi dit-on que le pouvoir de l'almamy était limité ? »

Réponse rédigée : L'almamy est le chef suprême du Fouta-Djalon, mais il ne gouverne pas seul. Il est choisi dans l'une des deux familles fondatrices, Alfaya ou Soriya, et doit en principe céder la place à l'autre au bout de deux ans. Il est couronné et contrôlé par le conseil des anciens de Fougoumba, qui peut le démettre. De plus, les chefs des neuf provinces, comme celui de Labé, ont une grande autonomie. Le pouvoir est donc partagé.

Méthode

Pour décrire l'organisation d'un État ancien :

  1. Je nomme le chef et je précise son titre, ses pouvoirs et sa résidence.
  2. Je cherche ce qui limite son pouvoir (conseil, assemblée, règles de succession).
  3. Je décris le découpage du territoire (provinces, villages) et leurs chefs.
  4. Je présente la société (groupes sociaux) et l'économie.
  5. Je peux résumer le tout par un schéma en pyramide.

3Je retiens

Je retiens

Fouta-Djalon : plateaux de Moyenne-Guinée, « château d'eau de l'Afrique de l'Ouest ».

Vers 1725-1727 : guerre sainte des marabouts peuls ; Karamoko Alfa devient le premier almamy ; Ibrahima Sory Mawdo consolide le royaume.

État théocratique : pouvoir fondé sur l'islam, lois inspirées de la charia.

Almamy à Timbo (capitale politique), couronné à Fougoumba (capitale religieuse) ; conseil des anciens qui le contrôle.

Alternance entre Alfaya et Soriya, en principe tous les deux ans.

Neuf provinces (diwé), dont Labé, la plus puissante ; villages organisés autour des missidé.

Société : hommes libres (rimbé), artisans, captifs (maccubé) ; économie d'élevage, d'agriculture et de commerce.

1896 : défaite de Bokar Biro à Porédaka, le Fouta passe sous domination française.

4Erreurs fréquentes

  • Confondre Timbo et Fougoumba : Timbo est la capitale politique, où réside l'almamy ; Fougoumba est la capitale religieuse, où il est couronné.
  • Croire que l'almamy était un roi absolu : son pouvoir était limité par le conseil des anciens, l'alternance et l'autonomie des provinces.
  • Penser que le Fouta a toujours été peul et musulman : les Djalonké y vivaient avant, et l'islam s'y est imposé par la guerre sainte du XVIIIe siècle.
  • Oublier les captifs : ils formaient une grande partie de la population et faisaient vivre l'agriculture du Fouta.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis un État théocratique.

b) D'où vient le mot « almamy » et que signifie-t-il ?

c) Quel est le rôle du conseil des anciens de Fougoumba ?

d) Que sont les diwé ?

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a) Un État théocratique est un État dont le pouvoir politique est fondé sur la religion et dont les lois s'inspirent des règles religieuses.

b) Le mot vient de l'arabe al-imam, qui désigne celui qui guide la prière. Au Fouta, l'almamy est le chef religieux, militaire et judiciaire.

c) Il couronne l'almamy, le conseille, contrôle ses décisions et peut le démettre s'il gouverne mal.

d) Ce sont les provinces du Fouta-Djalon (au singulier, diwal), au nombre de neuf selon la tradition, dirigées chacune par un chef.

2Exercice 2

(Associer) Associe chaque nom à sa définition : Karamoko Alfa, Ibrahima Sory Mawdo, Timbo, Fougoumba, Labé, Porédaka.

Définitions : capitale religieuse, lieu du couronnement ; premier almamy, savant religieux ; province la plus puissante ; chef de guerre qui consolide le royaume ; capitale politique ; bataille de 1896.

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Karamoko Alfa : premier almamy, savant religieux. Ibrahima Sory Mawdo : chef de guerre qui consolide le royaume. Timbo : capitale politique. Fougoumba : capitale religieuse, lieu du couronnement. Labé : province la plus puissante. Porédaka : bataille de 1896.

3Exercice 3

(Expliquer) Explique ce qu'est l'alternance entre Alfaya et Soriya, pourquoi elle a été adoptée et quelles difficultés elle a entraînées.

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L'alternance est la règle selon laquelle le pouvoir passe, en principe tous les deux ans, d'un almamy de la famille Alfaya (descendants de Karamoko Alfa) à un almamy de la famille Soriya (descendants d'Ibrahima Sory), et inversement. Elle a été adoptée pour éviter la guerre civile entre ces deux familles, qui revendiquaient toutes deux le pouvoir. Mais elle a entraîné des querelles : certains almamy refusaient de céder leur place à la date prévue, ce qui provoquait des conflits et affaiblissait le royaume.

4Exercice 4

(Analyse de document, type BEPC) Lis ce texte, écrit pour cette leçon :

« Dans notre missidé, la mosquée est au centre. Chaque matin, les enfants récitent le Coran chez le maître. Les troupeaux paissent sur le plateau ; plus bas, dans le roundé, les captifs travaillent les champs de fonio. Le chef du diwal a fait savoir que l'almamy de Timbo lève une armée. »

a) Relève deux éléments qui montrent l'importance de la religion.

b) Quelles sont les deux principales activités économiques décrites ?

c) Qui travaille les champs ? Qu'est-ce qu'un roundé ?

d) Relève les trois niveaux du pouvoir cités dans le texte.

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a) « La mosquée est au centre » ; « chaque matin, les enfants récitent le Coran chez le maître ».

b) L'élevage (« les troupeaux paissent sur le plateau ») et l'agriculture (« les champs de fonio »).

c) Ce sont les captifs. Un roundé est un village où vivent les captifs, séparé du village des hommes libres.

d) L'almamy de Timbo, le chef du diwal et la missidé (le village autour de sa mosquée).

5Exercice 5

(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente le royaume théocratique du Fouta-Djalon. Plan conseillé : introduction ; 1. la naissance du royaume ; 2. son organisation ; 3. son déclin ; conclusion.

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Exemple de rédaction :

Le Fouta-Djalon, en Moyenne-Guinée, a été l'un des grands États de l'Afrique de l'Ouest du XVIIIe au XIXe siècle.

Vers 1725-1727, des marabouts peuls lancent une guerre sainte contre les chefs djalonké et imposent l'islam. Karamoko Alfa devient le premier almamy, puis Ibrahima Sory Mawdo consolide le royaume par ses victoires.

Le royaume est un État théocratique. L'almamy réside à Timbo, mais il est couronné à Fougoumba et contrôlé par le conseil des anciens. Le pouvoir alterne entre les familles Alfaya et Soriya. Le pays est divisé en neuf provinces, dont Labé. La société comprend des hommes libres, des artisans et de nombreux captifs ; l'économie repose sur l'élevage, l'agriculture et le commerce avec la côte. Le Fouta rayonne aussi par ses écoles coraniques et ses lettrés.

Au XIXe siècle, les rivalités entre Alfaya et Soriya, l'autonomie des provinces et la révolte des Hubbu l'affaiblissent. En 1896, l'almamy Bokar Biro est vaincu à Porédaka et le Fouta passe sous domination française.

Le Fouta-Djalon reste un symbole de l'organisation politique et du rayonnement religieux de la Guinée précoloniale.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle était la capitale politique du Fouta-Djalon ?
Voir la réponse

Réponse B : Timbo. L'almamy résidait à Timbo ; Fougoumba était la capitale religieuse.

2Qui fut le premier almamy du Fouta-Djalon ?
Voir la réponse

Réponse A : Karamoko Alfa. Savant religieux, il fut choisi pour diriger la guerre sainte au XVIIIe siècle.

3Qu'est-ce qu'un diwal ?
Voir la réponse

Réponse C : une province du Fouta-Djalon. Le royaume comptait neuf diwé selon la tradition, dont Labé.

4Quelle règle devait éviter la guerre civile entre les deux familles fondatrices ?
Voir la réponse

Réponse B : l'alternance entre Alfaya et Soriya. Le pouvoir passait en principe tous les deux ans d'une famille à l'autre.

5Quel événement marque la fin de l'indépendance du Fouta-Djalon en 1896 ?
Voir la réponse

Réponse B : la défaite de Bokar Biro à Porédaka. Vaincu par les troupes françaises, l'almamy Bokar Biro est tué peu après et le Fouta passe sous domination française.

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