Leçon 9 sur 20
Les royaumes bambaras de Ségou et du Kaarta
Je sais présenter les deux royaumes bambaras de Ségou et du Kaarta, expliquer leur organisation militaire, politique et économique, et raconter leur chute face à El Hadj Oumar.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer les royaumes de Ségou et du Kaarta dans l'espace et dans le temps
- Expliquer le rôle de Biton Coulibaly et l'organisation militaire fondée sur les tondjon
- Décrire la dynastie des Diarra et l'apogée de Ségou
- Présenter la société, l'économie et la religion des royaumes bambaras
- Expliquer la rivalité entre Ségou et le Kaarta et leur chute au XIXe siècle
Avant de commencer : La leçon « L'Afrique et l'Asie au XVIe siècle » (fin de l'empire songhaï en 1591) et la leçon sur le Fouta-Djalon.
1Je découvre
Au marché de Kankan, Ibrahima discute avec un commerçant venu du Mali voisin. L'homme parle bambara ; Ibrahima, lui, parle malinké. À sa grande surprise, ils se comprennent presque parfaitement. Le commerçant rit : « Nos langues sont sœurs ! Nous sommes tous enfants du Manding. Chez moi, à Ségou, les griots chantent encore les exploits de Biton Coulibaly et de Da Monzon, des rois qui faisaient trembler toute la vallée du Niger. »
Ibrahima connaît bien l'histoire de l'empire du Mali et de Soundiata Keïta, mais il n'a jamais entendu parler de ces rois. Il apprend qu'après la chute de l'empire songhaï, à la fin du XVIe siècle, de nouveaux royaumes sont apparus le long du Niger, et que les Bambaras en ont fondé deux, parfois alliés, souvent rivaux.
Comment les royaumes bambaras de Ségou et du Kaarta sont-ils nés, comment étaient-ils organisés, et pourquoi ont-ils disparu ?
2Je comprends
1. Les Bambaras dans l'histoire de l'Afrique de l'Ouest
Les Bambaras (ou Bamanan) appartiennent au grand ensemble des peuples mandingues, comme les Malinkés de Haute-Guinée. Leur langue, le bambara, est très proche du malinké. Ils sont surtout agriculteurs, installés dans la vallée du Niger, dans l'actuel Mali.
Après la chute de l'empire songhaï (bataille de Tondibi, 1591), aucun grand empire ne domine plus la région. Dans ce vide, les Bambaras fondent au XVIIIe siècle deux royaumes :
- le royaume de Ségou, à l'est, sur le fleuve Niger ;
- le royaume du Kaarta, à l'ouest, dans la région sahélienne de Nioro.
Les deux royaumes sont fondés par des membres du clan Coulibaly. Ils ont donc une origine commune, mais ils deviennent rivaux.
2. Le royaume de Ségou : Biton Coulibaly, le fondateur
Le véritable fondateur du royaume de Ségou est Mamari Coulibaly, surnommé Biton, qui règne environ de 1712 à 1755.
Son génie est d'avoir transformé une institution traditionnelle, le ton, en instrument de pouvoir. Le ton était une association de jeunes gens du même âge qui s'entraidaient. Biton en devient le chef et en fait une armée : il y intègre des captifs, des prisonniers de guerre et des hommes qui lui sont dévoués. Ces soldats sont appelés les tondjon (« captifs du ton »). Ils ne dépendent que du roi, ce qui lui assure une force militaire fidèle et permanente.
Biton organise aussi une flotte de pirogues sur le Niger avec les Somono, des bateliers et pêcheurs. Grâce à cette armée et à cette flotte, il repousse ses ennemis et étend son autorité le long du fleuve. Ségou devient la capitale d'un royaume puissant.
3. Les Diarra : l'apogée de Ségou
Après la mort de Biton, le royaume connaît des troubles : les tondjon font et défont les rois. Vers 1766, un ancien captif devenu chef, Ngolo Diarra, prend le pouvoir et fonde la dynastie des Diarra, qui gouvernera Ségou jusqu'au milieu du XIXe siècle.
- Ngolo Diarra (vers 1766-1787) rétablit l'ordre et agrandit le royaume.
- Monzon Diarra (vers 1787-1808) mène des guerres victorieuses, notamment contre le Kaarta. C'est sous son règne que l'explorateur écossais Mungo Park arrive près de Ségou en 1796 ; il décrit une grande ville animée, au bord du Niger.
- Da Monzon (vers 1808-1827) porte le royaume à son apogée. Ses exploits sont célébrés par les griots dans l'épopée de Ségou, encore racontée aujourd'hui.
- 11591 : chute de l'empire songhaï, un vide politique s'ouvre sur le Niger
- 2Vers 1712-1755 : Biton Coulibaly fonde le royaume de Ségou et organise les tondjon
- 3Vers 1766 : Ngolo Diarra prend le pouvoir et fonde la dynastie des Diarra
- 41796 : Mungo Park arrive près de Ségou sous le règne de Monzon Diarra
- 5Vers 1808-1827 : Da Monzon, apogée du royaume de Ségou
- 61854-1855 : El Hadj Oumar prend Nioro, capitale du Kaarta
- 71861 : El Hadj Oumar prend Ségou
4. Le royaume du Kaarta
Le Kaarta est fondé par une autre branche du clan Coulibaly, les Massassi (les descendants de Massa), installés à l'ouest de Ségou, dans une région plus sèche. Ses capitales changent au cours de son histoire ; à la fin, c'est Nioro qui joue ce rôle.
Le Kaarta est organisé comme Ségou : un roi appuyé sur une armée de guerriers fidèles, des guerres pour obtenir du butin et des captifs, une société dominée par les hommes libres. Il contrôle des routes commerciales entre le Sahel, le haut Sénégal et le Niger.
La rivalité Ségou-Kaarta. Les deux royaumes se disputent le pouvoir dans la région et s'affrontent à plusieurs reprises, en particulier à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Monzon Diarra attaque le Kaarta. Ces guerres incessantes les affaiblissent tous les deux.
- Situé à l'est, sur le fleuve Niger
- Fondé par Biton Coulibaly (XVIIIe siècle)
- Dynastie des Diarra à partir de 1766 environ
- Armée de tondjon, flotte sur le Niger
- Pris par El Hadj Oumar en 1861
- Situé à l'ouest, région sahélienne de Nioro
- Fondé par les Massassi, descendants de Massa
- Dynastie des Massassi
- Armée de guerriers, contrôle des routes du Sahel
- Pris par El Hadj Oumar vers 1854-1855 (Nioro)
5. Société, économie et religion
La société est hiérarchisée :
- les hommes libres (les horon), agriculteurs et guerriers ;
- les gens de caste (les nyamakala) : forgerons, cordonniers, griots, qui ont des savoir-faire spécialisés ;
- les captifs (les djon), très nombreux, obtenus par la guerre ; ils travaillent la terre ou servent dans l'armée comme tondjon.
L'économie repose sur :
- l'agriculture (mil, sorgho, riz dans les plaines du fleuve) et l'élevage ;
- la pêche et le transport sur le Niger, assurés par les Somono et les Bozo ;
- le commerce, tenu en grande partie par des marchands musulmans (les Marka ou Sarakolé et les Dioula), qui échangent céréales, coton, tissus, sel, chevaux, or ;
- la guerre elle-même : les razzias rapportent du butin et des captifs, dont une partie est vendue vers le Sahel ou vers les comptoirs de la côte atlantique.
La religion. Les rois bambaras et la majorité de la population pratiquent les religions traditionnelles : culte des ancêtres, des esprits, rôle des sociétés d'initiation comme le Komo, et des objets sacrés (les boli). Mais les rois tolèrent l'islam : des marabouts vivent à la cour et les commerçants musulmans sont protégés, car ils enrichissent le royaume.
6. La chute : la guerre sainte d'El Hadj Oumar
Au milieu du XIXe siècle, le Toucouleur El Hadj Oumar Tall, venu du Fouta-Toro (Sénégal) et passé par le Fouta-Djalon, lance une guerre sainte pour imposer l'islam et construire un grand empire. Les royaumes bambaras, restés fidèles aux religions traditionnelles et affaiblis par leurs rivalités, sont ses cibles.
- Vers 1854-1855, il s'empare de Nioro : le Kaarta tombe.
- En 1861, il prend Ségou : le royaume bambara de Ségou disparaît. Son fils Ahmadou y installe son pouvoir.
Les Bambaras résistent longtemps à la domination toucouleur. Tu étudieras l'empire d'El Hadj Oumar dans un chapitre suivant.
Exemple
Question : « Explique pourquoi l'armée des tondjon a fait la force du royaume de Ségou. »
Réponse rédigée : Biton Coulibaly a transformé le ton, une association de jeunes du même âge, en une armée. Il y a fait entrer des captifs et des prisonniers qui ne dépendaient que de lui : ce sont les tondjon. Cette armée était permanente, disciplinée et fidèle au roi, car ses membres n'avaient pas d'autres attaches. Grâce à elle, et à la flotte des Somono sur le Niger, Ségou a pu vaincre ses ennemis, lancer des razzias et s'agrandir. Les tondjon sont donc à l'origine de la puissance du royaume.
Exemple
Question : « Pourquoi les royaumes de Ségou et du Kaarta sont-ils tombés au XIXe siècle ? »
Réponse rédigée : D'abord, Ségou et le Kaarta se sont affaiblis par des guerres continuelles entre eux, alors qu'ils avaient une origine commune. Ensuite, à l'intérieur de Ségou, les tondjon ont provoqué des troubles en faisant et défaisant les rois. Enfin, au milieu du XIXe siècle, El Hadj Oumar lance une guerre sainte contre ces royaumes restés fidèles aux religions traditionnelles : il prend Nioro, capitale du Kaarta, vers 1854-1855, puis Ségou en 1861. Divisés, les Bambaras n'ont pas pu lui résister.
Méthode
Pour comparer deux royaumes :
- Je trace un tableau à deux colonnes, une par royaume.
- Je compare point par point : localisation, fondateur, dynastie, armée, économie, fin.
- Je repère les ressemblances (ce qu'ils ont en commun).
- Je repère les différences.
- Je conclus en une phrase sur leurs relations (alliés, rivaux ?).
3Je retiens
Je retiens
Les Bambaras (Bamanan) sont un peuple mandingue d'agriculteurs de la vallée du Niger ; leur langue est proche du malinké.
Après la chute du Songhaï (1591), ils fondent au XVIIIe siècle deux royaumes : Ségou (à l'est, sur le Niger) et le Kaarta (à l'ouest, région de Nioro).
Ségou : fondé par Biton Coulibaly (vers 1712-1755), qui transforme le ton en armée de tondjon et crée une flotte avec les Somono.
Dynastie des Diarra : Ngolo Diarra (vers 1766), Monzon Diarra, puis Da Monzon, apogée du royaume.
Kaarta : fondé par les Massassi, descendants de Massa ; rival de Ségou.
Société : hommes libres (horon), gens de caste (nyamakala), captifs (djon). Économie : agriculture, pêche, commerce, razzias. Religion traditionnelle, islam toléré.
Chute : El Hadj Oumar prend Nioro (vers 1854-1855) puis Ségou (1861).
4Erreurs fréquentes
- Confondre les deux royaumes : Ségou est à l'est, sur le Niger ; le Kaarta est à l'ouest, dans la région de Nioro.
- Croire que Biton Coulibaly appartient à la dynastie des Diarra : il est un Coulibaly, fondateur ; les Diarra prennent le pouvoir après lui, vers 1766.
- Penser que les royaumes bambaras étaient musulmans : ils pratiquaient surtout les religions traditionnelles, tout en tolérant les marchands et marabouts musulmans.
- Dire que les Européens ont détruit ces royaumes : c'est El Hadj Oumar qui les a conquis, vers 1854-1855 et en 1861.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) À quel grand groupe de peuples appartiennent les Bambaras ?
b) Qu'est-ce que le ton, et qu'en a fait Biton Coulibaly ?
c) Qui fonde la dynastie des Diarra, et vers quelle année ?
d) Quelle est la capitale du Kaarta au moment de sa chute ?
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a) Au grand ensemble des peuples mandingues, comme les Malinkés de Haute-Guinée.
b) Le ton est une association de jeunes gens du même âge. Biton Coulibaly en est devenu le chef et l'a transformé en armée permanente, composée de captifs et de fidèles appelés tondjon.
c) Ngolo Diarra, vers 1766.
d) Nioro.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, justifie)
a) Le royaume de Ségou est situé sur le fleuve Sénégal.
b) Les Somono sont des bateliers et pêcheurs du Niger.
c) Da Monzon est le fondateur du royaume de Ségou.
d) Ségou est pris par El Hadj Oumar en 1861.
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a) Faux : Ségou est situé sur le fleuve Niger ; c'est le Kaarta qui est plus proche du haut Sénégal.
b) Vrai : ils assuraient la pêche et le transport sur le fleuve, et formaient la flotte du roi.
c) Faux : le fondateur est Biton Coulibaly ; Da Monzon, de la dynastie des Diarra, a régné plus tard (vers 1808-1827) et porté le royaume à son apogée.
d) Vrai : El Hadj Oumar s'empare de Ségou en 1861.
3Exercice 3
(Tableau) Recopie et complète le tableau :
| Ségou | Kaarta | |
|---|---|---|
| Situation | … | … |
| Fondateur(s) | … | … |
| Date de la chute | … | … |
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| Ségou | Kaarta | |
|---|---|---|
| Situation | À l'est, sur le fleuve Niger | À l'ouest, région sahélienne de Nioro |
| Fondateur(s) | Biton Coulibaly | Les Massassi, descendants de Massa |
| Date de la chute | 1861 | 1854-1855 |
4Exercice 4
(Analyse de document, type BEPC) Lis ce texte, écrit pour cette leçon d'après les chants des griots :
« Quand Da Monzon frappait le tambour de guerre, les tondjon se levaient comme un seul homme. Les pirogues des Somono couvraient le fleuve. Les marchands marka apportaient leurs tissus et leur sel, et le roi leur laissait prier leur Dieu en paix. »
a) Qui est Da Monzon ?
b) Relève les deux forces militaires du royaume citées dans le texte.
c) Quelle phrase montre que le roi tolérait l'islam ? Pourquoi avait-il intérêt à le faire ?
d) Quelle est la nature de ce document ? Quelle précaution faut-il prendre en l'utilisant ?
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a) Da Monzon est un roi de Ségou de la dynastie des Diarra (vers 1808-1827), sous lequel le royaume atteint son apogée.
b) Les tondjon (l'armée) et les pirogues des Somono (la flotte sur le Niger).
c) « Le roi leur laissait prier leur Dieu en paix. » Il avait intérêt à protéger les marchands musulmans parce qu'ils apportaient des marchandises (tissus, sel) et enrichissaient le royaume par le commerce.
d) C'est un texte inspiré de la tradition orale des griots, qui chante les exploits des rois. Il faut l'utiliser avec prudence, car il cherche à glorifier le roi et peut exagérer ; il faut le comparer avec d'autres sources.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une douzaine de lignes, présente les royaumes bambaras de Ségou et du Kaarta. Plan conseillé : introduction ; 1. la naissance des deux royaumes ; 2. leur organisation ; 3. leur rivalité et leur chute ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Après la chute de l'empire songhaï en 1591, les Bambaras, peuple mandingue de la vallée du Niger, fondent au XVIIIe siècle deux royaumes : Ségou et le Kaarta.
Ségou est fondé par Biton Coulibaly (vers 1712-1755), qui transforme le ton en une armée fidèle de tondjon et crée une flotte avec les Somono. Vers 1766, Ngolo Diarra fonde la dynastie des Diarra ; le royaume atteint son apogée sous Da Monzon. Le Kaarta, à l'ouest, dans la région de Nioro, est fondé par les Massassi.
Les deux royaumes ont une organisation proche : un roi appuyé sur une armée, une société composée d'hommes libres, de gens de caste et de captifs, une économie fondée sur l'agriculture, la pêche, le commerce et les razzias. Leurs habitants pratiquent surtout les religions traditionnelles, mais l'islam est toléré.
Rivaux, Ségou et le Kaarta s'affaiblissent par leurs guerres. Au XIXe siècle, El Hadj Oumar les conquiert : il prend Nioro vers 1854-1855 et Ségou en 1861.
Les royaumes bambaras restent vivants dans la mémoire, grâce aux épopées chantées par les griots.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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