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Français · Terminale SE Prépare le BAC

Leçon 20 sur 26

Les problèmes du XXe siècle : l'existentialisme

Je sais expliquer les idées de l'existentialisme (liberté, responsabilité, angoisse, mauvaise foi, engagement), le distinguer de la pensée de l'absurde et l'utiliser dans un devoir.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir l'existentialisme et expliquer la formule « l'existence précède l'essence »
  • Présenter Sartre, Simone de Beauvoir et leurs œuvres principales
  • Distinguer existentialisme et absurde (Camus)
  • Appliquer ces notions à des situations et à des sujets de dissertation

Avant de commencer : La littérature française du XXe siècle, le surréalisme, le devoir de l'écrivain.

1Je découvre

Après la proclamation des résultats du BEPC, Mamadou discute avec son oncle à Nzérékoré. « Mon père voulait que je sois commerçant comme lui, ma mère veut que je devienne médecin, et mes amis disent que de toute façon tout est écrit d'avance. Alors, à quoi bon choisir ? »

L'oncle, professeur de philosophie, sourit : « Un philosophe français, Jean-Paul Sartre, t'aurait répondu que rien n'est écrit d'avance pour toi. Tu n'es pas né commerçant ni médecin : tu deviendras ce que tu feras. Et même ne pas choisir, c'est encore choisir. »

Mamadou reste songeur : cette liberté le rend fier, mais elle lui fait un peu peur aussi. S'il se trompe, il ne pourra accuser personne.

Qu'est-ce que l'existentialisme, et pourquoi cette pensée de la liberté et de la responsabilité a-t-elle tant marqué le XXe siècle ?

2Je comprends

1. Le contexte

L'existentialisme s'impose en France après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). La guerre, l'Occupation, les choix déchirants entre résistance et collaboration ont montré que chaque homme est placé devant des décisions dont il porte la responsabilité. Dans un monde où les anciennes certitudes (religion, morale traditionnelle, confiance dans le progrès) sont ébranlées, l'existentialisme répond : c'est à l'homme de donner un sens à sa vie.

Il a des précurseurs : le philosophe danois Søren Kierkegaard (XIXe siècle) et le philosophe allemand Martin Heidegger (XXe siècle).

2. Définition et formule clé

L'existentialisme est une philosophie qui place au centre la liberté de l'homme et sa responsabilité dans ce qu'il devient.

Sa formule clé, défendue par Jean-Paul Sartre dans la conférence L'existentialisme est un humanisme (prononcée en 1945, publiée en 1946), est : « L'existence précède l'essence ».

Pour un objet
  • L'essence vient d'abord : l'artisan a l'idée du coupe-papier
  • Puis l'objet existe, fabriqué selon ce plan
  • Le coupe-papier ne peut pas changer ce qu'il est
Pour l'homme selon Sartre
  • L'homme existe d'abord, sans nature fixée
  • Puis il se définit par ses choix et ses actes
  • L'homme peut toujours changer ce qu'il fait de lui
« L'existence précède l'essence » : l'homme n'est pas fabriqué selon un modèle.
  • L'essence, c'est la nature d'une chose, sa définition. L'existence, c'est le fait d'être là, dans le monde.
  • Pour un objet fabriqué, l'essence précède l'existence : l'artisan a d'abord l'idée, puis il fabrique.
  • Pour l'homme, c'est l'inverse : il existe d'abord, puis il se définit par ses actes. Personne n'est lâche ou héros par nature : on le devient par ce qu'on fait.

3. Les notions essentielles

NotionSens chez SartreIllustration
Libertél'homme est toujours libre de choisir, même dans les pires situations ; Sartre dit qu'il est « condamné à être libre »même en prison, on choisit son attitude
Responsabilitél'homme est responsable de ce qu'il est et, en choisissant, il propose un modèle aux autressi je triche, j'accepte un monde de tricheurs
Angoissele sentiment que fait naître la conscience de cette liberté totaleMamadou a peur de se tromper
Mauvaise foise mentir à soi-même pour fuir sa liberté (« je n'avais pas le choix », « c'est le destin »)accuser le hasard pour éviter de reconnaître sa faute
Situationla liberté s'exerce toujours dans des conditions concrètes (époque, pays, famille)naître en Guinée en 1940 ou en 2008 ne donne pas les mêmes choix
Engagementchoisir, c'est s'engager ; l'écrivain aussi doit s'engager par ses œuvresSartre soutient les luttes anticoloniales

4. Les auteurs et les œuvres

Jean-Paul Sartre (1905-1980), philosophe, romancier et dramaturge :

  • La Nausée (1938), roman : Roquentin découvre avec malaise que l'existence n'a pas de justification.
  • L'Être et le Néant (1943), essai philosophique.
  • Les Mouches (1943) et Huis clos (1944), pièces de théâtre. Dans Huis clos, trois personnages morts sont enfermés ensemble pour l'éternité ; l'un d'eux conclut : « L'enfer, c'est les autres ». Sartre explique que cette formule ne condamne pas les autres : elle montre que, quand on vit sous le regard et le jugement des autres sans pouvoir agir, ce regard devient un enfer.
  • Les Mains sales (1948) : le problème de l'engagement politique.
  • Qu'est-ce que la littérature ? (1948) : la théorie de l'écrivain engagé.
  • Il préface en 1948 l'anthologie de Senghor (« Orphée noir ») et soutient les luttes de décolonisation. En 1964, il refuse le prix Nobel de littérature.

Simone de Beauvoir (1908-1986), compagne intellectuelle de Sartre, applique l'existentialisme à la condition des femmes dans Le Deuxième Sexe (1949) : la femme n'est pas inférieure par nature ; c'est la société qui lui impose un rôle.

5. Existentialisme et absurde

On associe souvent Albert Camus (1913-1960) à l'existentialisme, mais il a lui-même refusé cette étiquette. Sa pensée est celle de l'absurde.

  1. 1L'homme cherche un sens à sa vie et au monde.
  2. 2Le monde reste silencieux : il ne donne aucune réponse.
  3. 3Ce divorce entre l'appel de l'homme et le silence du monde, c'est l'absurde.
  4. 4Camus refuse le suicide et l'espoir illusoire : il choisit la révolte lucide.
  5. 5La révolte devient solidarité : « Je me révolte, donc nous sommes » (L'Homme révolté).
Le raisonnement de Camus, de l'absurde à la révolte.
  • L'Étranger (1942) : Meursault, un homme indifférent, commet un meurtre et est condamné, plus pour son indifférence que pour son crime.
  • Le Mythe de Sisyphe (1942) : Sisyphe, condamné à pousser éternellement un rocher, devient le symbole de l'homme absurde ; Camus conclut qu'« il faut imaginer Sisyphe heureux ».
  • La Peste (1947) : face à une épidémie, des hommes luttent ensemble ; la révolte devient solidarité.

Point commun avec Sartre : pas de sens donné d'avance, l'homme est seul responsable. Différence : Sartre insiste sur la liberté qui crée le sens et sur l'engagement politique ; Camus insiste sur l'absurde et la révolte, et se méfie des idéologies qui justifient la violence. Leur désaccord mène à une rupture en 1952.

6. Pourquoi l'existentialisme intéresse un lycéen guinéen

  • Il invite à ne pas se cacher derrière le destin ou les autres, et à assumer ses choix (études, métier, conduite).
  • Il rejoint le combat des écrivains africains contre le fatalisme : les peuples ne sont pas condamnés à la domination, ils peuvent se libérer.
  • Mais il faut le discuter : dans nos sociétés, la communauté (famille, lignage, religion) compte beaucoup ; l'individu n'est pas seul. De plus, la liberté réelle dépend des moyens (argent, école, santé) : la notion de « situation » chez Sartre permet de le reconnaître.

Méthode

Pour utiliser l'existentialisme dans une dissertation :

  1. Je définis la notion utile (liberté, responsabilité, mauvaise foi, engagement).
  2. Je cite l'auteur et l'œuvre : Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946), Huis clos (1944)…
  3. J'explique la notion avec mes mots, puis j'applique à un exemple concret.
  4. Je discute : je montre aussi les limites (poids de la situation, de la communauté).

Exemple

Situation : Ibrahima a échoué à son examen. Il dit : « Ce n'est pas ma faute, j'ai eu de la malchance, les sujets étaient trop durs. »

Analyse existentialiste : Ibrahima fait preuve de mauvaise foi au sens de Sartre : il se ment à lui-même pour fuir sa responsabilité. Il accuse le hasard et l'examen, alors qu'il a peut-être choisi de moins travailler. Pour Sartre, il reste libre : il peut reconnaître ses choix et décider de se préparer autrement. Nuance : la difficulté réelle des sujets fait partie de sa « situation », mais c'est à lui de décider comment y répondre.

Exemple

Question : Expliquez la formule « L'existence précède l'essence ».

Réponse : Cette formule de Sartre signifie que l'homme n'a pas de nature fixée avant sa naissance. Contrairement à un objet fabriqué selon un plan, l'homme existe d'abord, puis il se définit par ses choix et ses actes. On ne naît ni courageux ni lâche : on le devient par ce qu'on fait. Il en résulte que l'homme est entièrement libre et entièrement responsable de ce qu'il devient.

3Je retiens

Je retiens

Existentialisme : philosophie de la liberté et de la responsabilité, dominante en France après 1945.

Formule de Sartre : « L'existence précède l'essence » : l'homme se définit par ses actes, il n'a pas de nature fixée.

Notions : liberté (« condamné à être libre »), responsabilité, angoisse, mauvaise foi, situation, engagement.

Sartre : La Nausée (1938), L'Être et le Néant (1943), Huis clos (1944), L'existentialisme est un humanisme (1946), Qu'est-ce que la littérature ? (1948).

Simone de Beauvoir : Le Deuxième Sexe (1949).

Camus n'est pas existentialiste mais philosophe de l'absurde : L'Étranger, Le Mythe de Sisyphe (1942), La Peste (1947) ; réponse : la révolte et la solidarité.

4Erreurs fréquentes

  • Dire que l'existentialisme est une philosophie du désespoir : c'est au contraire une philosophie de l'action et de la liberté.
  • Classer Camus parmi les existentialistes sans nuance : il a refusé l'étiquette ; parle de philosophie de l'absurde.
  • Mal comprendre « L'enfer, c'est les autres » : la formule ne veut pas dire que les autres sont méchants, mais que leur regard peut nous enfermer.
  • Oublier la notion de situation : la liberté sartrienne s'exerce toujours dans des conditions concrètes.

5Je m’exerce

1Exercice 1

Définis en une phrase chacune de ces notions : liberté, angoisse, mauvaise foi, engagement.

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  • Liberté : pour Sartre, pouvoir toujours choisir ses actes et donc ce que l'on devient.
  • Angoisse : sentiment troublant que fait naître la conscience de cette liberté totale et de la responsabilité qui l'accompagne.
  • Mauvaise foi : attitude qui consiste à se mentir à soi-même pour fuir sa liberté, en accusant le destin, la nature ou les autres.
  • Engagement : fait de prendre position et d'agir dans le monde ; pour Sartre, tout choix engage, et l'écrivain doit engager son œuvre.

2Exercice 2

Relie chaque œuvre à son auteur : Huis clos ; Le Deuxième Sexe ; La Peste ; La Nausée ; Le Mythe de Sisyphe.

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Huis clos : Sartre ; Le Deuxième Sexe : Simone de Beauvoir ; La Peste : Camus ; La Nausée : Sartre ; Le Mythe de Sisyphe : Camus.

3Exercice 3

Lis la situation et analyse-la avec les notions de l'existentialisme : « Fatoumata voit un camarade se faire injustement accuser de vol. Elle sait qu'il est innocent, mais elle se tait, en se disant : « Ce n'est pas mon affaire, je n'y peux rien. » »

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Fatoumata fait preuve de mauvaise foi : elle se persuade qu'elle « n'y peut rien » pour éviter d'affronter sa liberté. Or, selon Sartre, elle est libre de parler ou de se taire. Son silence est donc un choix, et elle en porte la responsabilité : en se taisant, elle accepte l'injustice. Pour Sartre, ne pas choisir, c'est encore choisir. L'angoisse qu'elle ressent peut-être vient justement de cette conscience confuse de sa liberté.

4Exercice 4

Rédige un paragraphe comparant la pensée de Sartre et celle de Camus (points communs et différences).

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Réponse possible : Sartre et Camus partagent l'idée que le monde n'a pas de sens donné d'avance et que l'homme est seul responsable de sa vie. Tous deux refusent le fatalisme et invitent à agir. Mais leurs réponses diffèrent. Sartre, philosophe existentialiste, affirme que l'homme crée le sens par sa liberté et doit s'engager, y compris politiquement. Camus, philosophe de l'absurde, part du divorce entre l'homme qui cherche un sens et le monde qui se tait ; il répond par la révolte lucide et la solidarité, comme les personnages de La Peste, et se méfie des idéologies qui justifient la violence. Ce désaccord mène à leur rupture en 1952.

5Exercice 5

(Type BAC) Sujet de dissertation : « L'homme est-il vraiment libre de devenir ce qu'il veut ? » Vous appuierez votre réflexion sur l'existentialisme et sur des exemples tirés de la vie africaine. Proposez une problématique et un plan détaillé, puis rédigez la conclusion.

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Problématique : L'homme peut-il se construire librement, ou sa liberté est-elle limitée par des conditions qu'il n'a pas choisies ?

Plan détaillé :

I. Oui, l'homme est libre de se construire : « l'existence précède l'essence » (Sartre) ; nul n'est condamné par sa naissance (l'élève de village qui devient médecin) ; refuser la mauvaise foi et le fatalisme.

II. Mais cette liberté est limitée : la « situation » (pauvreté, manque d'écoles, maladie) ; le poids de la famille et de la tradition dans la société africaine ; l'histoire (colonisation) qui a longtemps privé des peuples de leurs choix.

III. La liberté comme conquête : se libérer ensemble (luttes pour l'indépendance, solidarité selon Camus) ; l'éducation qui élargit les choix ; l'engagement.

Conclusion : L'homme n'est pas entièrement libre de devenir tout ce qu'il veut, car il vit dans une situation qu'il n'a pas choisie. Mais il reste libre de décider ce qu'il fait de cette situation, et c'est là que commence sa responsabilité. La liberté n'est donc pas un don : c'est une conquête, personnelle et collective. On peut se demander si l'école n'est pas, pour la jeunesse guinéenne, le premier instrument de cette conquête.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quelle formule résume l'existentialisme de Sartre ?
Voir la réponse

Réponse B : « L'existence précède l'essence ». Pour Sartre, l'homme existe d'abord et se définit ensuite par ses actes.

2Qu'appelle-t-on « mauvaise foi » chez Sartre ?
Voir la réponse

Réponse B : le fait de se mentir à soi-même pour fuir sa liberté. La mauvaise foi consiste à se cacher derrière le destin ou les autres pour ne pas assumer ses choix.

3Qui a écrit Le Deuxième Sexe ?
Voir la réponse

Réponse C : Simone de Beauvoir. Simone de Beauvoir publie Le Deuxième Sexe en 1949.

4Quelle réponse Camus propose-t-il face à l'absurde ?
Voir la réponse

Réponse A : la révolte lucide et la solidarité. Camus refuse le suicide et l'espoir illusoire : il choisit la révolte.

5Dans quelle pièce trouve-t-on la réplique « L'enfer, c'est les autres » ?
Voir la réponse

Réponse B : Huis clos. Huis clos (1944) enferme trois personnages sous le regard les uns des autres.

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