Leçon 10 sur 42
Les problèmes démographiques
Je sais décrire les problèmes démographiques des pays sous-développés, les expliquer par la transition démographique et calculer les principaux indicateurs (taux d'accroissement naturel, temps de doublement, rapport de dépendance).
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir et calculer les taux de natalité, de mortalité et d'accroissement naturel
- Expliquer la croissance rapide de la population par la transition démographique
- Décrire la jeunesse de la population, l'exode rural et l'urbanisation rapide
- Calculer un rapport de dépendance et un temps de doublement
- Présenter le débat entre Malthus et Boserup
Avant de commencer : La leçon « Les caractéristiques du sous-développement » ; savoir calculer un pourcentage et un taux pour mille.
1Je découvre
Dans une concession de Guéckédou, la grand-mère de Sékou aime raconter : « J'ai eu neuf enfants ; trois sont morts avant l'âge de cinq ans, de fièvre ou de rougeole. » Aujourd'hui, la mère de Sékou a cinq enfants, tous vivants et vaccinés au centre de santé. Sa sœur aînée, qui vit à Conakry et travaille comme couturière, n'en veut que deux ou trois : « En ville, tout coûte cher : le loyer, l'école, le transport. »
À l'école, la classe de Sékou compte plus de soixante-dix élèves. Chaque année, de nouveaux jeunes du village partent pour Conakry, Kankan ou Nzérékoré chercher du travail. Le directeur répète que le pays doit construire des écoles plus vite que la population ne grandit.
Sékou se demande : pourquoi la population augmente-t-elle si vite ? Pourquoi y a-t-il tant de jeunes ? Est-ce une chance ou un problème pour le développement ?
Quels sont les problèmes démographiques des pays sous-développés, comment les expliquer, et quelles conséquences ont-ils sur le développement ?
2Je comprends
1. Les indicateurs démographiques
Pour étudier une population, on utilise des taux calculés pour mille (‰) habitants :
taux de natalité = naissances vivantes de l'annéepopulation moyenne × 1000
taux de mortalité = décès de l'annéepopulation moyenne × 1000
Le taux d'accroissement naturel (TAN) est la différence entre les deux :
TAN = taux de natalité - taux de mortalité
On l'exprime souvent en pourcentage : un TAN de 25 ‰ correspond à 2,5 % par an.
L'indice synthétique de fécondité (ISF) est le nombre moyen d'enfants par femme. Il faut environ 2,1 enfants par femme pour que la population se renouvelle à l'identique (c'est le seuil de remplacement des générations).
Le temps de doublement d'une population peut s'estimer par la règle pratique :
temps de doublement (années) ≈ 70taux de croissance en \%
Exemple
Énoncé (données fictives) : une région de 2 000 000 d'habitants a enregistré dans l'année 76 000 naissances vivantes et 20 000 décès.
a) Calcule le taux de natalité, le taux de mortalité et le TAN.
b) En combien d'années environ sa population doublera-t-elle si ce rythme se maintient (sans migrations) ?
Solution :
a) Natalité : 76 000 / 2 000 000 × 1 000 = 38 ‰. Mortalité : 20 000 / 2 000 000 × 1 000 = 10 ‰. TAN = 38 − 10 = 28 ‰, soit 2,8 % par an.
b) 70 / 2,8 = 25 ans.
2. Une croissance démographique rapide : la transition démographique
La transition démographique est le passage d'un régime où natalité et mortalité sont toutes deux élevées à un régime où elles sont toutes deux faibles. Entre les deux, la mortalité baisse avant la natalité : la population augmente très vite.
- 1Phase 1 (régime ancien) : natalité et mortalité élevées, croissance faible
- 2Phase 2 : la mortalité baisse fortement (vaccins, hygiène), la natalité reste élevée, croissance très rapide
- 3Phase 3 : la natalité baisse à son tour (école, ville, emploi des femmes), la croissance ralentit
- 4Phase 4 (régime moderne) : natalité et mortalité faibles, croissance faible
Les pays d'Europe ont connu cette transition entre le XVIIIe et le XXe siècle, lentement. Dans les pays sous-développés, la mortalité a baissé très vite après 1945 grâce aux vaccins, aux antibiotiques et aux campagnes de santé, alors que la natalité est restée forte : la croissance démographique y a été beaucoup plus rapide qu'en Europe. Beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne, dont la Guinée, sont aujourd'hui entre la phase 2 et la phase 3 : la fécondité commence à baisser, surtout en ville, mais reste élevée.
Pourquoi la natalité reste-t-elle élevée ?
- La mortalité infantile encore forte pousse à avoir beaucoup d'enfants pour être sûr que certains survivent.
- Les enfants sont une aide (travaux des champs, commerce) et une sécurité pour la vieillesse, en l'absence de retraite.
- Le mariage précoce allonge la période de fécondité.
- Le faible accès à l'école, surtout pour les filles, et à la contraception.
- Des valeurs sociales et religieuses qui valorisent les familles nombreuses.
3. Une population très jeune
Conséquence de la forte natalité, la pyramide des âges a une base très large et un sommet étroit : les moins de 15 ans représentent une part considérable de la population, les plus de 65 ans une part faible.
Le rapport de dépendance mesure le poids des inactifs (jeunes et personnes âgées) sur les personnes en âge de travailler :
rapport de dépendance = population de 0 à 14 ans + population de 65 ans et pluspopulation de 15 à 64 ans × 100
Exemple
Énoncé (données fictives) : un pays de 12 000 000 d'habitants compte 5 040 000 personnes de 0 à 14 ans et 360 000 de 65 ans et plus.
a) Calcule la population de 15 à 64 ans.
b) Calcule le rapport de dépendance et interprète.
c) Calcule la part des moins de 15 ans.
Solution :
a) 12 000 000 − 5 040 000 − 360 000 = 6 600 000.
b) (5 040 000 + 360 000) / 6 600 000 × 100 = 5 400 000 / 6 600 000 × 100 ≈ 81,8. Pour 100 personnes en âge de travailler, il y a environ 82 personnes à charge, surtout des enfants.
c) 5 040 000 / 12 000 000 × 100 = 42 %.
- Natalité forte, fécondité élevée
- Pyramide à base large
- Population très jeune
- Rapport de dépendance élevé (jeunes)
- Natalité faible, fécondité proche ou sous 2,1
- Pyramide à base étroite, sommet élargi
- Population vieillissante
- Rapport de dépendance croissant (personnes âgées)
4. Exode rural et urbanisation rapide
L'exode rural est le départ massif des habitants des campagnes vers les villes. Il s'explique par des facteurs de répulsion (pauvreté rurale, manque de terres, d'écoles, de centres de santé, travaux pénibles) et d'attraction (espoir d'emploi, services, mode de vie urbain).
En Guinée comme ailleurs, il produit une urbanisation rapide et mal maîtrisée : la capitale concentre une part très importante de la population urbaine et des activités (on parle de macrocéphalie urbaine). Les villes grandissent plus vite que les logements, l'eau, l'électricité, l'assainissement et les emplois : quartiers précaires, embouteillages, chômage des jeunes, gonflement de l'informel.
5. Les conséquences de ces problèmes démographiques
| Domaine | Conséquences |
|---|---|
| Économie | Le revenu national se partage entre de plus en plus de personnes ; l'épargne est absorbée par les dépenses de base |
| Éducation | Il faut construire sans cesse des écoles et former des enseignants ; classes surchargées |
| Santé | Besoins croissants en centres de santé, vaccins, personnel |
| Emploi | Des centaines de milliers de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail : chômage, sous-emploi, émigration |
| Environnement | Pression sur les terres et les forêts (défrichements, bois-énergie) |
| Villes | Quartiers précaires, manque d'eau et d'assainissement |
Exemple
Énoncé (données fictives) : le PIB d'un pays augmente de 4 % par an et sa population de 2,8 % par an. Estime la croissance annuelle du PIB par habitant.
Solution : (1,04 / 1,028 − 1) × 100 ≈ 1,17 %. En première approximation, on retrouve à peu près la différence 4 − 2,8 = 1,2 %. La croissance démographique « mange » plus des deux tiers de la croissance économique.
6. Un débat : la population, frein ou moteur du développement ?
- Pour l'Anglais Thomas Malthus (Essai sur le principe de population, 1798), la population tend à augmenter plus vite que les subsistances : sans limitation des naissances, la misère et la famine sont inévitables. Cette vision pessimiste inspire les politiques de limitation des naissances.
- Pour l'économiste danoise Ester Boserup (1965), la pression démographique peut au contraire pousser les sociétés à innover : quand les terres manquent, on intensifie l'agriculture (irrigation, fumure, nouvelles techniques). Vision plus optimiste.
- Aujourd'hui, on parle de dividende démographique : quand la fécondité baisse, la part des personnes en âge de travailler augmente ; si ces jeunes sont formés, en bonne santé et employés, la croissance peut s'accélérer, comme ce fut le cas en Asie de l'Est.
Méthode
Pour analyser une situation démographique dans un exercice :
- Je calcule les indicateurs : natalité, mortalité, TAN, rapport de dépendance, temps de doublement.
- Je situe le pays dans la transition démographique.
- Je décris la structure par âge (population jeune ou vieillissante).
- J'explique les causes (mortalité infantile, rôle économique des enfants, scolarisation des filles…).
- Je montre les conséquences (éducation, santé, emploi, villes) et je discute (Malthus, Boserup, dividende démographique).
3Je retiens
Je retiens
Taux de natalité et de mortalité (‰) = événements / population moyenne × 1 000 ; TAN = natalité − mortalité.
Temps de doublement ≈ 70 / taux de croissance (%) ; seuil de remplacement ≈ 2,1 enfants par femme.
Transition démographique : la mortalité baisse avant la natalité, d'où une croissance rapide ; la Guinée est entre les phases 2 et 3.
Population très jeune : pyramide à base large ; rapport de dépendance = (0-14 ans + 65 ans et plus) / (15-64 ans) × 100.
Exode rural et urbanisation rapide et mal maîtrisée (macrocéphalie de la capitale).
Conséquences : besoins massifs en écoles, santé, emplois ; pression sur les terres ; croissance du revenu par habitant réduite.
Débat : Malthus (1798, pessimiste), Boserup (1965, optimiste), dividende démographique.
4Erreurs fréquentes
- Oublier que les taux de natalité et de mortalité s'expriment pour mille (‰) et non en pourcentage.
- Croire que la population augmente parce que la natalité a augmenté : elle augmente surtout parce que la mortalité a baissé alors que la natalité est restée forte.
- Confondre taux de natalité (naissances pour 1 000 habitants) et indice synthétique de fécondité (enfants par femme).
- Présenter la population comme un problème en soi : le résultat dépend de l'éducation, de la santé et de l'emploi des jeunes.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis la transition démographique et ses quatre phases.
b) Donne trois raisons pour lesquelles la natalité reste élevée dans les pays sous-développés.
c) Qu'est-ce que l'exode rural ? Cite deux facteurs de répulsion et deux facteurs d'attraction.
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a) La transition démographique est le passage d'un régime où natalité et mortalité sont élevées à un régime où elles sont faibles. Phase 1 : natalité et mortalité élevées, croissance faible. Phase 2 : baisse de la mortalité, natalité élevée, croissance très rapide. Phase 3 : baisse de la natalité, la croissance ralentit. Phase 4 : natalité et mortalité faibles, croissance faible.
b) Mortalité infantile encore élevée ; rôle économique des enfants (aide aux travaux, sécurité pour la vieillesse) ; mariages précoces ; faible scolarisation des filles et accès limité à la contraception ; valeurs sociales favorables aux familles nombreuses (au choix, trois).
c) L'exode rural est le départ massif des habitants des campagnes vers les villes. Répulsion : pauvreté rurale, manque d'écoles et de centres de santé, travaux agricoles pénibles. Attraction : espoir d'un emploi, accès aux services, mode de vie urbain.
2Exercice 2
(Calcul, données fictives) Une préfecture de 400 000 habitants enregistre 15 200 naissances vivantes et 4 400 décès en un an.
a) Calcule les taux de natalité, de mortalité et d'accroissement naturel.
b) Exprime le TAN en pourcentage et calcule le temps de doublement.
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a) Natalité : 15 200 / 400 000 × 1 000 = 38 ‰. Mortalité : 4 400 / 400 000 × 1 000 = 11 ‰. TAN = 38 − 11 = 27 ‰.
b) 27 ‰ = 2,7 %. Temps de doublement ≈ 70 / 2,7 ≈ 25,9, soit environ 26 ans.
3Exercice 3
(Calcul, données fictives) Un pays compte 3 780 000 enfants de 0 à 14 ans, 4 950 000 personnes de 15 à 64 ans et 270 000 personnes de 65 ans et plus.
a) Calcule la population totale et la part des moins de 15 ans.
b) Calcule le rapport de dépendance.
c) Interprète le résultat.
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a) Total : 3 780 000 + 4 950 000 + 270 000 = 9 000 000 d'habitants. Moins de 15 ans : 3 780 000 / 9 000 000 × 100 = 42 %.
b) (3 780 000 + 270 000) / 4 950 000 × 100 = 4 050 000 / 4 950 000 × 100 ≈ 81,8.
c) Pour 100 personnes en âge de travailler, il y a environ 82 personnes à charge, en grande majorité des enfants. La population active doit nourrir, soigner et scolariser beaucoup de jeunes : l'épargne et l'investissement en sont réduits.
4Exercice 4
(Analyse de document, type BAC) Texte écrit pour l'exercice :
« Chaque année, l'école primaire du quartier accueille davantage d'enfants. Les salles sont surchargées, les enseignants manquent. À la sortie de l'université, les diplômés peinent à trouver un emploi. Autour de la ville, de nouveaux quartiers poussent sans eau courante ni caniveaux. »
a) Relève trois conséquences de la croissance démographique évoquées dans le texte.
b) Explique le lien entre croissance démographique et chômage des jeunes.
c) Montre que cette jeunesse peut aussi devenir un atout, et à quelles conditions.
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a) Classes surchargées et manque d'enseignants ; chômage des diplômés ; quartiers périphériques sans eau ni assainissement.
b) Chaque année, de nombreux jeunes arrivent sur le marché du travail ; l'économie, peu industrialisée, ne crée pas assez d'emplois pour les absorber : le chômage et le sous-emploi augmentent, surtout en ville.
c) Une population jeune est une force de travail et de créativité importante. Elle devient un atout (dividende démographique) si la fécondité baisse progressivement, si les jeunes sont bien formés et en bonne santé, et si l'économie crée des emplois (agriculture modernisée, industrie, services qualifiés).
5Exercice 5
(Rédaction, type BAC) Sujet : « La croissance démographique est-elle un obstacle au développement des pays du Sud ? » Rédige une introduction, deux parties et une conclusion en t'appuyant sur les thèses de Malthus et de Boserup et sur l'exemple guinéen.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Plan détaillé attendu :
Introduction : la Guinée, comme la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, connaît une croissance démographique rapide et une population très jeune (17 521 167 habitants au recensement de 2025 selon les résultats préliminaires, contre environ 10,5 millions en 2014 ; environ 43 % de moins de 15 ans). Cette croissance est-elle un frein ou une chance ?
I. Un obstacle : thèse de Malthus (1798) ; le revenu se partage entre plus de personnes ; les besoins en écoles, santé, emplois augmentent plus vite que les moyens ; rapport de dépendance élevé ; épargne faible ; pression sur les terres et les forêts ; urbanisation mal maîtrisée.
II. Une chance possible : thèse de Boserup (1965), la pression démographique pousse à innover et à intensifier l'agriculture ; un grand marché intérieur ; une main-d'œuvre abondante ; le dividende démographique quand la fécondité baisse, à condition d'éduquer (surtout les filles), de soigner et de créer des emplois.
Conclusion : la croissance démographique n'est pas un obstacle en soi ; elle le devient quand elle n'est pas accompagnée d'investissements dans l'éducation, la santé et l'emploi. Ouverture : politiques de population et scolarisation des filles.
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