Leçon 11 sur 42
Les problèmes alimentaires
Je sais distinguer sous-alimentation et malnutrition, expliquer les causes de l'insécurité alimentaire dans les pays sous-développés, en mesurer la dépendance par des calculs et proposer des solutions adaptées à la Guinée.
- 55 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir sous-alimentation, malnutrition, sécurité et souveraineté alimentaires
- Décrire les principales carences et leurs effets
- Expliquer les causes naturelles, économiques, démographiques et politiques des problèmes alimentaires
- Calculer un taux de dépendance alimentaire et une couverture des besoins énergétiques
- Proposer des solutions
Avant de commencer : Les leçons « La faiblesse de l'agriculture et de l'élevage », « La faiblesse du revenu national » (loi d'Engel) et « Les problèmes démographiques ».
1Je découvre
Dans la préfecture de Mali, au nord du Fouta-Djallon, Kadiatou travaille avec une agente de santé communautaire. Elles mesurent le tour de bras des jeunes enfants avec un petit ruban de couleur. Plusieurs sont dans la zone orange : ils ne mangent pas assez. « Ce n'est pas seulement la quantité, explique l'agente. Beaucoup mangent surtout de la bouillie de céréales, sans œufs, sans poisson, sans légumes verts. »
En juillet et août, avant la récolte, les greniers de certaines familles sont vides : c'est la période de soudure. On réduit les repas à un seul par jour. Pendant ce temps, à Conakry, le prix du sac de riz importé a encore augmenté, et les familles modestes consacrent l'essentiel de leurs revenus à la nourriture.
Kadiatou s'interroge : la Guinée a des terres fertiles et beaucoup d'eau. Pourquoi des enfants souffrent-ils encore de la faim et de carences ?
Quels sont les problèmes alimentaires des pays sous-développés, quelles en sont les causes et comment les résoudre ?
2Je comprends
1. Définitions essentielles
- La sous-alimentation est une insuffisance quantitative de nourriture : l'apport en énergie (mesuré en kilocalories, kcal) est inférieur aux besoins de l'organisme. Elle provoque la faim, l'amaigrissement, la fatigue.
- La malnutrition est un déséquilibre qualitatif de l'alimentation : il manque certains nutriments (protéines, vitamines, minéraux), même si la quantité peut paraître suffisante. La malnutrition désigne aussi l'excès (surpoids), mais dans les pays sous-développés, ce sont surtout les carences qui dominent.
- Il y a sécurité alimentaire, selon la définition adoptée au Sommet mondial de l'alimentation de 1996, lorsque toutes les personnes ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de mener une vie saine et active. Elle a quatre dimensions : disponibilité (la nourriture existe), accès (on peut l'acheter ou la produire), utilisation (bonne préparation, eau potable, santé) et stabilité (toute l'année, même en cas de crise).
- La souveraineté alimentaire est le droit d'un pays à définir sa propre politique agricole et alimentaire, en privilégiant sa production.
- Manque de quantité
- Apport en kcal insuffisant
- Faim, amaigrissement
- Touche surtout les plus pauvres
- Manque de qualité (déséquilibre)
- Carences en protéines, vitamines, minéraux
- Retard de croissance, anémie, maladies
- Peut toucher des personnes qui mangent à leur faim
2. Les principales carences et leurs effets
| Carence | Effets principaux |
|---|---|
| Énergie et protéines | Marasme (maigreur extrême) ; kwashiorkor (enfant gonflé par des œdèmes, cheveux décolorés), surtout après le sevrage |
| Fer | Anémie : fatigue, difficultés de concentration, risques lors de la grossesse |
| Iode | Goitre (gonflement du cou), troubles du développement intellectuel |
| Vitamine A | Troubles de la vision pouvant aller jusqu'à la cécité, baisse des défenses contre les infections |
Chez les enfants, la malnutrition chronique entraîne un retard de croissance (enfant trop petit pour son âge) qui a des effets durables sur la santé et sur les capacités d'apprentissage. La malnutrition aiguë se traduit par l'émaciation (enfant trop maigre pour sa taille).
3. Les manifestations dans les pays sous-développés
- La faim saisonnière : pendant la période de soudure, les réserves de la dernière récolte sont épuisées avant la nouvelle.
- Une alimentation monotone, fondée sur une céréale ou un tubercule (riz, manioc, maïs), pauvre en protéines animales, fruits et légumes.
- La dépendance aux importations de produits de base : en Guinée, le riz, l'huile, le sucre, la farine de blé, le lait en poudre.
- La vulnérabilité aux hausses de prix mondiaux : en 2008, la flambée des prix des céréales a provoqué des « émeutes de la faim » dans plusieurs pays.
4. Les causes des problèmes alimentaires
a) Une production insuffisante. Agriculture et élevage peu productifs (outils manuels, peu d'intrants, dépendance aux pluies), pertes après récolte importantes, pistes impraticables (voir les leçons précédentes).
b) La pauvreté. L'économiste indien Amartya Sen (prix Nobel d'économie en 1998) a montré que les famines ne viennent pas seulement d'un manque de nourriture, mais souvent du fait que les pauvres n'ont pas les moyens d'y accéder. Avec la loi d'Engel, on comprend que les ménages pauvres consacrent déjà la plus grande part de leur budget à se nourrir : toute hausse de prix les frappe durement.
c) La croissance démographique : les besoins augmentent chaque année plus vite que la production agricole.
d) Les causes naturelles : sécheresses, pluies irrégulières, inondations, criquets, maladies des plantes, appauvrissement des sols.
e) Les causes historiques et économiques : priorité donnée aux cultures d'exportation depuis la colonisation ; concurrence des produits importés à bas prix qui découragent les producteurs locaux ; faiblesse de la transformation et du stockage.
f) Les causes politiques : conflits et déplacements de populations, faiblesse des politiques agricoles, mauvaise gestion des stocks.
g) Les causes socioculturelles et sanitaires : méconnaissance des règles de nutrition, interdits alimentaires, sevrage trop brutal, eau non potable et diarrhées qui empêchent l'organisme d'absorber les nutriments.
5. Mesurer la dépendance et la couverture des besoins
Le taux de dépendance alimentaire pour un produit mesure la part de la consommation couverte par les importations :
taux de dépendance = importationsconsommation nationale × 100
On peut aussi mesurer la couverture des besoins énergétiques d'une population :
taux de couverture énergétique = kcal disponibles par personne et par jourkcal nécessaires par personne et par jour × 100
Les organismes humanitaires retiennent souvent un besoin de référence d'environ 2 100 kcal par personne et par jour.
Exemple
Énoncé (données fictives) : un pays consomme 2 500 000 t de riz par an ; il en produit 1 750 000 t et importe le reste.
a) Calcule les importations.
b) Calcule le taux de dépendance.
c) Si le prix mondial du riz augmente de 30 % et qu'une tonne coûtait 450 $, de combien augmente la facture d'importation ?
Solution :
a) 2 500 000 − 1 750 000 = 750 000 t.
b) 750 000 / 2 500 000 × 100 = 30 %.
c) Nouveau prix : 450 × 1,30 = 585 $ la tonne. Facture avant : 750 000 × 450 = 337 500 000 $ ; après : 750 000 × 585 = 438 750 000 $. Hausse : 438 750 000 − 337 500 000 = 101 250 000 $, soit environ 101 millions de dollars.
Exemple
Énoncé (données fictives) : en période de soudure, une famille de 8 personnes dispose chaque jour de 3 kg de riz. On suppose que 100 g de riz apportent 350 kcal et que ce riz est leur seule source d'énergie.
a) Calcule les kcal disponibles par personne et par jour.
b) Calcule le taux de couverture par rapport à 2 100 kcal.
Solution :
a) 3 kg = 3 000 g ; énergie totale : 3 000 / 100 × 350 = 10 500 kcal ; par personne : 10 500 / 8 = 1 312,5 kcal.
b) 1 312,5 / 2 100 × 100 = 62,5 %. La famille est en situation de sous-alimentation ; de plus, un régime uniquement fait de riz entraîne des carences (malnutrition).
Méthode
Pour traiter un sujet sur les problèmes alimentaires :
- Je définis précisément sous-alimentation, malnutrition et sécurité alimentaire.
- Je décris les manifestations (soudure, carences, dépendance, prix).
- Je classe les causes : production, pauvreté, démographie, nature, histoire, politique, culture.
- Je chiffre si possible (taux de dépendance, couverture énergétique).
- Je propose des solutions liées à chaque cause et je conclus.
6. Les solutions possibles
- Produire plus et mieux : maîtrise de l'eau (bas-fonds, plaines aménagées), semences améliorées, engrais, mécanisation adaptée, encadrement des paysans.
- Réduire les pertes : séchage, magasins de stockage, transformation locale (étuvage du riz, séchage des fruits, farines enrichies), pistes rurales.
- Diversifier l'alimentation : jardins maraîchers, petit élevage, pisciculture, légumineuses (niébé, arachide), fruits.
- Soutenir les revenus des ménages pauvres : filets sociaux, cantines scolaires, emplois ruraux.
- Éduquer à la nutrition : allaitement maternel, sevrage progressif, dépistage de la malnutrition, supplémentation en vitamine A et en fer, sel iodé.
- Améliorer l'eau et l'hygiène, pour réduire les diarrhées.
- Constituer des stocks de sécurité et coopérer au niveau régional.
3Je retiens
Je retiens
Sous-alimentation : manque de quantité (kcal) ; malnutrition : manque de qualité (protéines, fer, iode, vitamine A).
Carences : marasme, kwashiorkor, anémie, goitre, troubles de la vision ; retard de croissance chez l'enfant.
Sécurité alimentaire (1996) : disponibilité, accès, utilisation, stabilité ; souveraineté alimentaire : droit de définir sa politique alimentaire.
Manifestations : période de soudure, alimentation monotone, dépendance aux importations (riz), vulnérabilité aux prix mondiaux.
Causes : production insuffisante, pauvreté (Amartya Sen : problème d'accès), démographie, nature, histoire (cultures d'exportation), politique, habitudes et hygiène.
Taux de dépendance = importations / consommation × 100 ; couverture énergétique = kcal disponibles / kcal nécessaires × 100.
4Erreurs fréquentes
- Confondre sous-alimentation (quantité) et malnutrition (qualité) : un enfant peut manger à sa faim et souffrir de carences.
- Croire que la faim vient toujours d'un manque de nourriture dans le pays : souvent, la nourriture existe mais les pauvres n'ont pas les moyens de l'acheter.
- Confondre taux de dépendance (importations / consommation) et taux de couverture (production / consommation) : leur somme fait 100 % quand il n'y a ni stocks ni exportations.
- Proposer uniquement l'aide alimentaire : elle soulage l'urgence mais ne règle pas les causes et peut décourager la production locale.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis la sous-alimentation et la malnutrition.
b) Cite les quatre dimensions de la sécurité alimentaire.
c) Qu'est-ce que la période de soudure ?
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a) La sous-alimentation est une insuffisance quantitative de nourriture : l'apport en énergie est inférieur aux besoins. La malnutrition est un déséquilibre qualitatif : il manque certains nutriments (protéines, vitamines, minéraux).
b) La disponibilité, l'accès, l'utilisation et la stabilité.
c) C'est la période qui précède la nouvelle récolte, pendant laquelle les réserves de la récolte précédente sont épuisées ; les familles rurales réduisent leurs repas.
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque carence à sa conséquence : fer ; iode ; vitamine A ; protéines.
Conséquences : goitre ; kwashiorkor ; anémie ; troubles de la vision.
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Fer : anémie. Iode : goitre. Vitamine A : troubles de la vision. Protéines : kwashiorkor.
3Exercice 3
(Calcul, données fictives) Un pays consomme 1 600 000 t de riz et en importe 480 000 t.
a) Calcule le taux de dépendance.
b) Calcule la production nationale et le taux de couverture.
c) La population augmente de 3 % et la consommation par habitant reste la même. Quelle sera la consommation l'année suivante ? Si la production augmente de 2 %, quelle quantité faudra-t-il importer ?
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a) 480 000 / 1 600 000 × 100 = 30 %.
b) Production : 1 600 000 − 480 000 = 1 120 000 t. Couverture : 1 120 000 / 1 600 000 × 100 = 70 %.
c) Consommation : 1 600 000 × 1,03 = 1 648 000 t. Production : 1 120 000 × 1,02 = 1 142 400 t. Importations : 1 648 000 − 1 142 400 = 505 600 t. La dépendance augmente, car la production croît moins vite que la population.
4Exercice 4
(Calcul et analyse, données fictives) Une famille de 6 personnes dispose de 2,4 kg de riz et de 0,3 kg d'arachide par jour. On suppose que 100 g de riz apportent 350 kcal et 100 g d'arachide 560 kcal.
a) Calcule les kcal disponibles par personne et par jour.
b) Calcule le taux de couverture par rapport à 2 100 kcal.
c) Même si la quantité était suffisante, pourquoi cette famille risquerait-elle la malnutrition ?
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a) Riz : 2 400 / 100 × 350 = 8 400 kcal. Arachide : 300 / 100 × 560 = 1 680 kcal. Total : 10 080 kcal ; par personne : 10 080 / 6 = 1 680 kcal.
b) 1 680 / 2 100 × 100 = 80 %.
c) Parce que l'alimentation est monotone : il manque des protéines animales (poisson, œufs, lait), des légumes et des fruits, donc du fer, de la vitamine A et d'autres nutriments.
5Exercice 5
(Rédaction, type BAC) Sujet : « Pourquoi la faim persiste-t-elle dans des pays aux terres fertiles comme la Guinée ? Proposez des solutions. » Rédige une introduction, deux parties et une conclusion.
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Plan détaillé attendu :
Introduction : définir sous-alimentation, malnutrition et sécurité alimentaire ; paradoxe : la Guinée a des terres fertiles et beaucoup d'eau, mais connaît la période de soudure, la malnutrition des enfants et importe du riz.
I. Les raisons de la persistance de la faim : production insuffisante (techniques manuelles, dépendance aux pluies, pertes après récolte, pistes impraticables) ; pauvreté et problème d'accès (Amartya Sen, loi d'Engel) ; croissance démographique ; héritage colonial des cultures d'exportation ; concurrence du riz importé ; habitudes alimentaires et manque d'eau potable.
II. Les solutions : aménager les bas-fonds et les plaines, diffuser semences et engrais, construire magasins et pistes ; transformer localement ; diversifier (maraîchage, pisciculture, petit élevage) ; éducation nutritionnelle et dépistage ; cantines scolaires et filets sociaux ; stocks de sécurité.
Conclusion : la faim n'est pas une fatalité naturelle, c'est un problème de production, de revenus et d'organisation ; la Guinée a les atouts pour atteindre l'autosuffisance en riz si elle modernise son agriculture.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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