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Économie · Terminale SM Prépare le BAC

Leçon 35 sur 42

La planification de l'économie nationale

Je sais définir la planification, distinguer ses différents types, décrire les étapes d'élaboration d'un plan et juger de son utilité et de ses limites pour le développement de la Guinée.

  • 45 min
  • 5 exercices corrigés
  • 2 schémas
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Définir le plan et la planification et classer les plans selon leur durée
  • Distinguer planification impérative, indicative et incitative avec des exemples
  • Décrire les étapes d'élaboration et d'exécution d'un plan
  • Évaluer les avantages et les limites de la planification dans un pays en développement

Avant de commencer : La leçon sur les conditions essentielles du développement (épargne, investissement, rôle de l'État) et la leçon sur la démocratie et la bonne gouvernance.

1Je découvre

Mariama tient une petite boutique de tissus au marché de Labé. Chaque année, avant la rentrée scolaire et la fête de fin du ramadan, elle s'assoit avec son cahier : combien a-t-elle vendu l'an dernier ? Combien veut-elle vendre cette année ? Combien doit-elle commander, et quand ? Faut-il emprunter à la tontine ? Grâce à ces calculs, elle ne manque jamais de marchandise au bon moment et ne s'endette pas inutilement.

Son fils Alpha, élève de Terminale SS, lui dit en souriant : « Maman, tu fais de la planification ! » Il pense alors à l'État : lui aussi doit prévoir combien d'écoles construire, combien de kilomètres de routes, combien d'électricité produire, et comment financer tout cela sur plusieurs années. Mais un pays n'est pas une boutique : des millions de personnes et des milliers d'entreprises y prennent leurs propres décisions.

Qu'est-ce que la planification de l'économie nationale, comment élabore-t-on un plan, et la planification est-elle un bon outil de développement ?

2Je comprends

1. Définitions

Un plan est un document officiel dans lequel l'État fixe, pour une période donnée, des objectifs chiffrés de développement, les moyens (humains, financiers, matériels) pour les atteindre et le calendrier de réalisation.

La planification est la démarche qui consiste à préparer, exécuter, suivre et évaluer ce plan. Elle s'oppose à une économie où tout serait laissé aux seules décisions spontanées du marché.

Selon leur durée, on distingue :

Type de planDuréeRôle
Plan à court terme (ou annuel)1 à 2 ansTraduire le plan en budget et en actions concrètes
Plan à moyen terme3 à 7 ans (souvent 5 ans : plan quinquennal)Fixer les grands programmes d'investissement
Plan à long terme (ou vision)10 à 25 ans ou plusDéfinir le cap : quel pays veut-on devenir ?

2. Les trois types de planification

a) La planification impérative (ou centralisée). L'État fixe tout : quoi produire, en quelle quantité, à quel prix, avec quels moyens. Les entreprises, qui appartiennent à l'État, doivent appliquer le plan. C'est le système de l'Union soviétique : un organisme central, le Gosplan, est créé en 1921, et le premier plan quinquennal est lancé en 1928. Ce système a permis une industrialisation rapide, mais il a souffert de gaspillages, de pénuries et d'un manque de liberté.

b) La planification indicative. L'État fixe des objectifs et des priorités, mais il ne commande pas les entreprises privées : il les informe et les oriente. Le plan sert de « guide » à tous. C'est le modèle de la France après 1945 : le Commissariat général du Plan est créé en 1946, et le premier plan, lancé en 1947, porte sur la reconstruction de l'énergie, des transports et de l'industrie de base.

c) La planification incitative. L'État oriente les acteurs privés vers les objectifs du plan grâce à des avantages : baisses d'impôts, crédits à taux réduit, subventions, pour ceux qui investissent dans les secteurs ou les régions prioritaires. Beaucoup de pays en développement, comme les NPI d'Asie, ont combiné planification indicative et incitative.

Planification impérative
  • L'État décide de tout et commande
  • Entreprises publiques obligées d'obéir
  • Prix fixés par l'État
  • Exemple : URSS (premier plan en 1928)
Planification indicative ou incitative
  • L'État fixe des objectifs et oriente
  • Entreprises privées libres, encouragées
  • Prix fixés surtout par le marché
  • Exemples : France après 1945, Corée du Sud après 1962
Deux grandes façons de planifier.

3. Pourquoi planifier dans un pays en développement ?

  • Ressources rares : l'argent public est limité ; il faut choisir les priorités (école, santé, énergie) plutôt que de disperser les efforts.
  • Coordination : une usine d'alumine a besoin d'électricité, d'une voie ferrée et d'un port ; ces investissements doivent être prêts au même moment.
  • Long terme : les grands projets (barrages, universités) durent plus longtemps qu'un budget annuel.
  • Mobilisation des partenaires : un plan clair rassure les bailleurs de fonds et les investisseurs, qui savent où l'État veut aller.
  • Réduction des déséquilibres : entre villes et campagnes, entre régions naturelles (Basse-Guinée, Moyenne-Guinée, Haute-Guinée, Guinée forestière).

4. Les étapes d'un plan

  1. 1Diagnostic : état des lieux de l'économie (atouts, faiblesses, besoins de la population)
  2. 2Objectifs : buts chiffrés et datés (taux de croissance, écoles, énergie, production agricole)
  3. 3Moyens et financement : ressources internes, emprunts, aide, projets retenus et leur coût
  4. 4Adoption : discussion avec les acteurs (régions, secteur privé, société civile) puis vote ou décret
  5. 5Exécution : programmes annuels, budget de l'État, projets sur le terrain
  6. 6Suivi et évaluation : comparer les résultats aux objectifs, corriger, préparer le plan suivant
Les six étapes de la planification.

Un bon objectif est précis, chiffré, daté et réaliste. « Développer l'éducation » n'est pas un objectif de plan ; « construire 1 000 salles de classe dans les zones rurales en cinq ans » en est un.

Exemple

Situation : un plan quinquennal vise une croissance du PIB de 6 % par an. Le PIB de départ vaut 100 (indice). Quelle valeur le PIB doit-il atteindre à la fin du plan ?

Étape 1 : chaque année, le PIB est multiplié par 1,06.

Étape 2 : sur 5 ans : 100 × 1,065.

Étape 3 : 1,065 ≈ 1,338, donc le PIB doit atteindre environ 133,8.

Conclusion : l'objectif correspond à une hausse totale d'environ 33,8 % en cinq ans, et non de 30 % (6 × 5), car chaque année la croissance s'applique à une base plus grande.

Exemple

Situation : l'État veut doubler la production d'électricité en 10 ans. Quel taux de croissance annuel moyen faut-il ?

On cherche t tel que (1 + t)10 = 2, donc 1 + t = 21/10 ≈ 1,072.

Vérification : 1,07210 ≈ 2,004.

Conclusion : il faut une croissance d'environ 7,2 % par an. On retrouve la « règle de 70 » : 70 / 10 = 7 %.

5. La planification en Guinée

Dès l'indépendance (2 octobre 1958), la Guinée choisit une économie planifiée, fortement contrôlée par l'État, inspirée en partie du modèle socialiste : un plan triennal (1960-1963) puis un plan septennal (1964-1971) et un plan quinquennal (1973-1978) organisent les investissements publics (industries d'État, fermes agricoles, infrastructures). Des réalisations voient le jour, mais les résultats restent souvent inférieurs aux objectifs : manque de cadres et de financement, gestion lourde des entreprises publiques.

À partir de 1985, avec la libéralisation de l'économie, la Guinée abandonne la planification impérative. L'État conserve cependant des plans indicatifs et des stratégies de développement à moyen terme, comme le Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020, et des visions à long terme, comme le programme « Simandou 2040 », qui veut utiliser les revenus du grand gisement de fer pour transformer l'économie.

6. Avantages et limites

Avantages : cohérence des actions, choix des priorités, vision de long terme, mobilisation des financements, meilleure répartition régionale des investissements.

Limites

  • des objectifs trop ambitieux par rapport aux moyens ;
  • une dépendance aux financements extérieurs qui n'arrivent pas toujours ;
  • des chocs imprévus (chute du prix des minerais, épidémie, sécheresse) ;
  • un manque de statistiques fiables pour faire un bon diagnostic ;
  • une mauvaise exécution : lenteurs administratives, corruption, faible suivi ;
  • pour la planification impérative : rigidité, gaspillages, pénuries.

Méthode

Pour analyser un plan de développement :

  1. J'identifie son type (impératif, indicatif, incitatif) et sa durée.
  2. Je relève ses objectifs chiffrés et je vérifie qu'ils sont réalistes (calcul des taux sur plusieurs années).
  3. Je repère ses moyens de financement (internes, externes).
  4. Je compare les résultats aux objectifs (taux de réalisation = résultat / objectif × 100).
  5. J'explique les écarts (chocs, financement, gouvernance) et je propose des améliorations.

3Je retiens

Je retiens

Plan : document officiel fixant, pour une période donnée, des objectifs chiffrés, les moyens et le calendrier. Planification : préparation, exécution, suivi et évaluation du plan.

Durée : court terme (1-2 ans), moyen terme (3-7 ans, souvent quinquennal), long terme (10 ans et plus, « vision »).

Planification impérative : l'État commande tout (URSS, premier plan quinquennal en 1928). Indicative : l'État oriente (France, premier plan en 1947). Incitative : l'État encourage par des avantages.

Étapes : diagnostic, objectifs, moyens et financement, adoption, exécution, suivi-évaluation.

Guinée : plans triennal (1960-1963), septennal (1964-1971), quinquennal (1973-1978) ; après 1985, plans indicatifs (PNDES 2016-2020).

Limites : objectifs irréalistes, financements incertains, chocs, statistiques insuffisantes, mauvaise exécution.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que planifier signifie forcément tout contrôler : la planification indicative et incitative laisse les entreprises libres.
  • Additionner les taux de croissance annuels : 6 % pendant 5 ans ne donnent pas 30 % mais environ 33,8 %.
  • Confondre plan et budget : le budget est annuel et traduit une tranche du plan en recettes et dépenses.
  • Oublier l'étape du suivi-évaluation, sans laquelle on ne sait pas si le plan a réussi.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Définis le plan et la planification.

b) Quelle est la différence entre planification impérative et planification indicative ?

c) Cite les six étapes de l'élaboration d'un plan.

d) Qu'est-ce qu'un plan quinquennal ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Le plan est un document officiel par lequel l'État fixe, pour une période donnée, des objectifs chiffrés, les moyens pour les atteindre et un calendrier. La planification est la démarche de préparation, d'exécution, de suivi et d'évaluation de ce plan.

b) Dans la planification impérative, l'État décide de tout et les entreprises publiques doivent obéir ; dans la planification indicative, l'État fixe des objectifs et informe, mais les entreprises privées restent libres de leurs décisions.

c) Diagnostic ; définition des objectifs ; choix des moyens et du financement ; adoption ; exécution ; suivi et évaluation.

d) C'est un plan à moyen terme d'une durée de cinq ans.

2Exercice 2

(Identifier) Pour chaque mesure, dis s'il s'agit de planification impérative, indicative ou incitative : a) l'État ordonne à l'usine publique de produire 50 000 tonnes de ciment ; b) l'État publie un objectif de production de riz pour informer les agriculteurs ; c) l'État exonère d'impôts pendant cinq ans les entreprises qui s'installent en Haute-Guinée.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) impérative ; b) indicative ; c) incitative.

3Exercice 3

(Calcul) Un plan triennal vise une hausse de 4 % par an de la production agricole, dont l'indice de départ est 100.

a) Quel indice doit-on atteindre au bout de trois ans ?

b) À la fin du plan, l'indice réel est 109. Calcule le taux de réalisation de la hausse prévue (hausse réelle / hausse prévue × 100).

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a) 100 × 1,043 = 100 × 1,124864 ≈ 112,5.

b) Hausse prévue : 112,5 − 100 = 12,5 points. Hausse réelle : 109 − 100 = 9 points. Taux de réalisation : 9 / 12,5 × 100 = 72 %. Le plan agricole n'a été réalisé qu'aux trois quarts environ.

4Exercice 4

(Analyse de document) « Un pays a adopté un plan quinquennal prévoyant 60 % de financement extérieur. La chute des cours de ses exportations et le retard des décaissements ont conduit à abandonner la moitié des projets. » (texte rédigé pour l'exercice)

a) Relève deux causes de l'échec partiel du plan.

b) Propose deux mesures pour éviter cet échec au prochain plan.

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a) La trop forte dépendance au financement extérieur (60 %) et le retard des décaissements ; la chute des cours des exportations, qui a réduit les recettes de l'État.

b) Augmenter la part du financement intérieur (meilleure collecte des impôts, épargne nationale) ; prévoir un fonds de réserve pour faire face aux chocs de prix ; hiérarchiser les projets pour protéger les plus importants.

5Exercice 5

(Sujet type BAC) « La planification est-elle encore utile au développement de la Guinée ? » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction. Après l'indépendance, la Guinée a organisé son économie par des plans impératifs. Depuis 1985, elle a libéralisé son économie, mais elle continue d'adopter des plans de développement. La planification est-elle encore utile au développement de la Guinée ?

I. Un outil toujours utile. a) Choisir les priorités avec des ressources limitées. b) Coordonner les grands projets (mines, énergie, chemin de fer, ports). c) Donner une vision de long terme et rassurer les partenaires. d) Réduire les écarts entre régions naturelles.

II. Un outil à améliorer. a) Les leçons des plans impératifs : rigidité, gestion lourde, objectifs non atteints. b) Les faiblesses actuelles : financement extérieur incertain, chocs sur les prix des minerais, statistiques insuffisantes, exécution lente. c) Les conditions du succès : objectifs réalistes, financement intérieur, participation des acteurs, suivi-évaluation transparent.

Conclusion. La planification reste utile si elle est indicative et incitative, réaliste et bien suivie. Elle doit s'appuyer sur la bonne gouvernance et sur la mobilisation des ressources internes, thème de la leçon suivante.

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Dans quel pays la planification impérative a-t-elle été appliquée avec le premier plan quinquennal de 1928 ?
Voir la réponse

Réponse B : l'Union soviétique. Le premier plan quinquennal soviétique a été lancé en 1928, sous la direction du Gosplan.

2Dans la planification indicative, l'État :
Voir la réponse

Réponse B : fixe des objectifs et oriente les acteurs sans les obliger. Le plan sert de guide aux acteurs privés, qui restent libres.

3Accorder des crédits à taux réduit aux entreprises qui investissent dans un secteur prioritaire relève de la planification :
Voir la réponse

Réponse C : incitative. L'État encourage par des avantages financiers.

4Une croissance de 6 % par an pendant 5 ans correspond à une hausse totale d'environ :
Voir la réponse

Réponse B : 33,8 %. 1,065 ≈ 1,338 : les hausses se cumulent sur une base croissante.

5Quelle étape permet de comparer les résultats du plan à ses objectifs ?
Voir la réponse

Réponse C : le suivi et l'évaluation. Elle mesure les écarts et prépare les corrections et le plan suivant.

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