Leçon 34 sur 42
Les préalables d'un vrai développement : la démocratie et la bonne gouvernance
Je sais définir la démocratie et la bonne gouvernance, expliquer leurs principes et montrer, avec des arguments et des nuances, pourquoi elles sont des préalables à un développement durable.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Définir la démocratie et la bonne gouvernance et citer leurs principes
- Expliquer par quels mécanismes elles favorisent le développement
- Nuancer le lien entre démocratie et croissance
- Connaître les instruments africains et guinéens de promotion de la bonne gouvernance
Avant de commencer : Les leçons sur la mauvaise gouvernance, l'instabilité politique et la difficile alternance au pouvoir (causes du sous-développement), et la leçon sur les conditions essentielles du développement.
1Je découvre
Dans une commune de Guinée forestière, les habitants attendent depuis longtemps un nouveau pont sur la rivière. Un jour, les travaux commencent, puis s'arrêtent. Personne ne sait combien d'argent a été prévu, ni pourquoi le chantier est abandonné.
Fatoumata, présidente d'une association de femmes commerçantes de N'Zérékoré, propose une idée simple : organiser une réunion publique où le maire présentera le budget de la commune, affiché ensuite à la mairie. Quelques mois plus tard, grâce à cette transparence, les habitants savent où en est le financement ; ils peuvent poser des questions, et le chantier reprend.
Son fils Sékou, en Terminale SM, fait le lien avec son cours : « Ce que maman a obtenu, c'est de la bonne gouvernance à petite échelle : informer, rendre des comptes, faire participer. » Il se demande si ce qui marche pour un pont peut marcher pour tout un pays.
Pourquoi la démocratie et la bonne gouvernance sont-elles considérées comme les préalables d'un vrai développement ?
2Je comprends
1. La démocratie : définition et principes
La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, qui l'exerce directement ou par l'intermédiaire de représentants élus. On la résume souvent par la formule du président américain Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Ses principes essentiels sont :
- des élections libres, régulières et transparentes, permettant l'alternance au pouvoir ;
- la séparation des pouvoirs : le pouvoir législatif (voter les lois), le pouvoir exécutif (les appliquer) et le pouvoir judiciaire (juger) sont confiés à des organes distincts qui se contrôlent mutuellement ;
- le respect des libertés fondamentales : liberté d'expression, de presse, d'association, de réunion, de religion ;
- l'État de droit : tout le monde, y compris les dirigeants, est soumis à la loi ;
- le pluralisme politique et le respect des minorités.
2. La bonne gouvernance : définition et principes
La gouvernance désigne la manière dont le pouvoir est exercé pour gérer les ressources économiques et sociales d'un pays. La bonne gouvernance est une gestion des affaires publiques transparente, efficace, responsable et au service de l'intérêt général.
La notion s'est diffusée à la fin des années 1980, notamment après un rapport de la Banque mondiale de 1989 sur l'Afrique subsaharienne, qui expliquait une partie des échecs économiques par la mauvaise gestion publique.
Ses principes :
- la transparence : les décisions, les budgets et les contrats publics sont connus de tous ;
- la redevabilité (obligation de rendre des comptes) : les dirigeants expliquent l'usage de l'argent public devant le parlement, la justice, les citoyens ;
- l'efficacité : l'administration fournit de bons services au moindre coût ;
- la participation des citoyens et de la société civile ;
- la lutte contre la corruption et l'impunité ;
- l'État de droit et une justice indépendante.
La Banque mondiale mesure la gouvernance de chaque pays à l'aide de six indicateurs : voix citoyenne et responsabilité, stabilité politique et absence de violence, efficacité des pouvoirs publics, qualité de la réglementation, État de droit, maîtrise de la corruption.
- Qui détient le pouvoir : le peuple
- Élections libres et alternance
- Séparation des pouvoirs
- Libertés fondamentales
- Comment le pouvoir gère les ressources publiques
- Transparence et obligation de rendre des comptes
- Efficacité de l'administration
- Lutte contre la corruption
3. Pourquoi sont-elles des préalables au développement ?
a) Elles créent un climat de confiance pour investir. Un investisseur, guinéen ou étranger, n'engage son argent que s'il est sûr que les règles ne changeront pas brusquement, que les contrats seront respectés et qu'un juge indépendant tranchera les litiges. L'État de droit sécurise l'investissement, condition de la croissance (voir le modèle de Harrod-Domar dans la leçon précédente).
b) Elles protègent les ressources publiques. La corruption et les détournements réduisent l'argent disponible pour les écoles, les hôpitaux, les routes. La transparence et le contrôle limitent ces pertes.
c) Elles orientent les dépenses vers les besoins de la population. Des dirigeants qui doivent être réélus et rendre des comptes ont intérêt à répondre aux besoins du plus grand nombre (eau, électricité, éducation), et non d'un petit groupe.
d) Elles préviennent les conflits. L'alternance pacifique et le dialogue permettent de régler les désaccords sans violence. Or les coups d'État et les guerres civiles sont parmi les principales causes du sous-développement.
e) Elles permettent de corriger les erreurs. Une presse libre et une opposition peuvent alerter sur les échecs. L'économiste indien Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1998, a montré que les grandes famines se produisent rarement dans les pays où la presse est libre et où les dirigeants doivent affronter des élections : l'alerte est donnée et le gouvernement est obligé d'agir.
Exemple
Situation (chiffres imaginaires) : une commune dispose de 12 milliards de GNF pour construire des salles de classe. Chaque salle coûte normalement 300 millions de GNF. En raison de surfacturations, le prix payé est majoré de 25 %. Combien de salles construit-on avec et sans surfacturation ?
Sans surfacturation : 12 000 000 000 / 300 000 000 = 40 salles.
Avec surfacturation : prix payé = 300 000 000 × 1,25 = 375 000 000 GNF ; 12 000 000 000 / 375 000 000 = 32 salles.
Conclusion : la mauvaise gouvernance prive la commune de 8 salles de classe, soit 20 % des salles prévues. Des appels d'offres publics et un contrôle des prix auraient protégé l'argent des élèves.
4. Un lien à nuancer
Le lien entre démocratie et développement est débattu :
- certains pays ont connu une croissance très rapide sous des régimes autoritaires (plusieurs dragons asiatiques pendant leur décollage, la Chine) ;
- une démocratie de façade, avec des élections sans vraie liberté, ne garantit pas une bonne gestion ;
- une démocratie jeune peut connaître des tensions, surtout si les institutions sont fragiles.
Mais les études montrent que la bonne gouvernance (État de droit, efficacité, contrôle de la corruption) est presque toujours présente dans les pays qui se développent durablement. Et à long terme, les pays démocratiques connaissent en général une croissance plus stable, moins de crises violentes et une meilleure protection des droits. On peut donc dire que la démocratie et la bonne gouvernance sont des préalables d'un développement durable et partagé, même si elles ne produisent pas la croissance à elles seules.
5. Les instruments de promotion en Afrique et en Guinée
Au niveau africain et régional :
- la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de l'Union africaine, adoptée en 2007 et entrée en vigueur en 2012 ;
- le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), créé en 2003 dans le cadre du NEPAD : les États volontaires se font évaluer par d'autres États africains ;
- le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001), qui prévoit des sanctions en cas de changement anticonstitutionnel de gouvernement.
Depuis le discours de La Baule (juin 1990), plusieurs partenaires lient aussi leur aide aux progrès démocratiques : c'est la conditionnalité politique.
En Guinée :
- la Cour des comptes contrôle l'utilisation de l'argent public ;
- le pays adhère à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui publie les sommes versées par les sociétés minières et reçues par l'État ;
- le Code minier de 2011 (modifié en 2013) prévoit la publication des contrats miniers ;
- la société civile, la presse et les associations locales (comme celle de Fatoumata) jouent un rôle de vigilance citoyenne.
Exemple
Question de BAC : « Expliquez comment la bonne gouvernance peut favoriser le développement d'un pays minier comme la Guinée. »
Réponse rédigée : La bonne gouvernance est une gestion transparente, efficace et responsable des affaires publiques. Dans un pays minier comme la Guinée, elle permet d'abord de connaître et de contrôler les recettes tirées de la bauxite, de l'or et du fer : grâce à l'ITIE et à la publication des contrats, les citoyens savent ce que les sociétés paient et ce que l'État reçoit. Elle permet ensuite d'orienter ces recettes vers les besoins prioritaires (écoles, santé, énergie) plutôt que vers des dépenses inutiles ou des détournements. Enfin, un État de droit stable rassure les investisseurs, qui acceptent de financer des usines de transformation créatrices d'emplois. Ainsi, la bonne gouvernance transforme la richesse du sous-sol en développement pour la population.
Méthode
Pour argumenter sur « démocratie, gouvernance et développement » :
- Je définis précisément les deux notions et je les distingue.
- J'expose les mécanismes (confiance et investissement, protection des ressources, dépenses utiles, prévention des conflits, correction des erreurs).
- J'illustre chaque mécanisme par un exemple, si possible guinéen ou africain.
- Je nuance (croissance sous régime autoritaire, démocratie de façade).
- Je conclus : elles sont des préalables d'un développement durable et partagé.
3Je retiens
Je retiens
Démocratie : pouvoir du peuple ; élections libres et alternance, séparation des pouvoirs, libertés fondamentales, État de droit, pluralisme.
Bonne gouvernance : gestion transparente, efficace, responsable des affaires publiques ; principes : transparence, redevabilité, efficacité, participation, lutte contre la corruption, État de droit.
Elles favorisent le développement : confiance et investissement, protection des ressources publiques, dépenses orientées vers les besoins, prévention des conflits, correction des erreurs (A. Sen).
Lien à nuancer : des pays ont crû sous des régimes autoritaires, mais la bonne gouvernance accompagne presque toujours un développement durable.
Instruments : Charte africaine de la démocratie (2007), MAEP (2003), Protocole CEDEAO (2001) ; en Guinée : Cour des comptes, ITIE, publication des contrats miniers.
4Erreurs fréquentes
- Confondre démocratie et bonne gouvernance : la première concerne la façon d'accéder au pouvoir et de le contrôler, la seconde la façon de gérer les ressources publiques.
- Réduire la démocratie aux élections : sans libertés, séparation des pouvoirs et État de droit, les élections ne suffisent pas.
- Affirmer sans nuance que la démocratie produit automatiquement la croissance : il faut nuancer et parler de développement durable et partagé.
- Donner des jugements personnels sur des dirigeants : à l'examen, on raisonne sur des principes et des mécanismes, avec des exemples neutres.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Définis la démocratie et cite trois de ses principes.
b) Définis la bonne gouvernance et cite quatre de ses principes.
c) Qu'est-ce que la redevabilité ?
d) Cite deux instruments africains de promotion de la bonne gouvernance.
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a) La démocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir appartient au peuple, qui l'exerce directement ou par des représentants élus. Principes : élections libres et alternance, séparation des pouvoirs, respect des libertés fondamentales (aussi : État de droit, pluralisme).
b) La bonne gouvernance est une gestion transparente, efficace et responsable des affaires publiques, au service de l'intérêt général. Principes : transparence, redevabilité, efficacité, participation, lutte contre la corruption, État de droit.
c) C'est l'obligation, pour ceux qui gèrent l'argent et les biens publics, d'expliquer et de justifier leurs décisions devant le parlement, la justice et les citoyens.
d) La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (2007) ; le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (2003) ; le Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance (2001).
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque situation au principe de bonne gouvernance qu'elle illustre : a) le budget de la commune est affiché à la mairie ; b) le ministre présente l'exécution du budget devant les députés ; c) les marchés publics sont attribués par appel d'offres ouvert ; d) les habitants sont consultés avant la construction d'un marché.
Principes : participation ; transparence ; redevabilité ; lutte contre la corruption.
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a) transparence ; b) redevabilité ; c) lutte contre la corruption ; d) participation.
3Exercice 3
(Calcul) Un pays prévoit 90 milliards de GNF pour acheter des médicaments destinés aux centres de santé. On estime que 15 % de cette somme est perdue en détournements et surfacturations.
a) Quelle somme arrive réellement aux centres de santé ?
b) Si une boîte de médicaments coûte 30 000 GNF, combien de boîtes sont perdues ?
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a) Somme perdue : 90 × 0,15 = 13,5 milliards de GNF. Somme réellement utilisée : 90 − 13,5 = 76,5 milliards de GNF.
b) 13 500 000 000 / 30 000 = 450 000 boîtes de médicaments perdues.
4Exercice 4
(Analyse de document) « Les grandes famines ne se produisent pas dans les démocraties qui fonctionnent, car les gouvernements doivent affronter les critiques de la presse et gagner les élections. » (idée d'Amartya Sen, reformulée)
a) Présente l'auteur de cette idée.
b) Explique le mécanisme décrit.
c) Montre que ce mécanisme dépasse la question des famines.
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a) Amartya Sen est un économiste indien, prix Nobel d'économie en 1998, qui a travaillé sur la pauvreté, les famines et le développement humain.
b) Dans une démocratie, la presse libre informe rapidement sur une crise alimentaire ; l'opposition et les citoyens critiquent le gouvernement ; celui-ci, qui veut être réélu, est obligé d'agir vite (distribution de vivres, travaux rémunérés). L'information et la sanction électorale protègent la population.
c) Le même mécanisme vaut pour les épidémies, les coupures d'électricité, la corruption ou les écoles sans enseignants : quand les citoyens peuvent s'informer, s'exprimer et sanctionner, les dirigeants sont incités à corriger leurs erreurs et à servir l'intérêt général.
5Exercice 5
(Sujet type BAC) « La démocratie et la bonne gouvernance sont-elles des préalables au développement ? » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.
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Introduction. Depuis la fin des années 1980, les institutions internationales et les pays africains eux-mêmes insistent sur le rôle de la démocratie et de la bonne gouvernance dans le développement. La démocratie concerne l'accès au pouvoir et son contrôle ; la bonne gouvernance concerne la gestion des ressources publiques. Sont-elles des préalables au développement ?
I. Des préalables essentiels. a) La confiance et la sécurité juridique favorisent l'investissement. b) La transparence protège les ressources publiques (exemple des recettes minières et de l'ITIE en Guinée). c) La redevabilité oriente les dépenses vers les besoins de la population. d) L'alternance pacifique prévient les conflits, cause majeure du sous-développement.
II. Un lien qui doit être nuancé. a) Des pays ont connu une forte croissance sous des régimes autoritaires. b) Une démocratie de façade ne garantit pas une bonne gestion. c) Les institutions démocratiques ont besoin de temps, d'éducation et d'une économie qui fonctionne pour se consolider.
Conclusion. Démocratie et bonne gouvernance ne suffisent pas à produire la croissance, mais elles sont des préalables d'un développement durable, pacifique et partagé. Croissance et démocratie se renforcent mutuellement : la première finance l'école et les institutions, la seconde garantit que les richesses profitent à tous.
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6Je vérifie
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