Leçon 42 sur 42
La Banque africaine de développement (BAD)
Je sais présenter la Banque africaine de développement (création, membres, organisation, ressources, priorités), la comparer à la Banque mondiale et au FMI, et expliquer son rôle pour la Guinée et l'Afrique.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter la création, le siège et les membres de la BAD
- Décrire le Groupe de la BAD (BAD, FAD, FSN) et ses ressources
- Expliquer ses priorités (les « High 5 ») et ses moyens d'action
- Comparer la BAD aux institutions de Bretton Woods et évaluer son action
Avant de commencer : Les leçons sur la coopération économique internationale, l'intégration économique, la Banque mondiale et le FMI.
1Je découvre
À la frontière entre la Guinée et un pays voisin, Sékou, technicien, travaille sur une ligne à haute tension qui doit relier les réseaux électriques de plusieurs pays de la région. Sur le panneau du chantier, il lit, parmi les financeurs : « Banque africaine de développement ».
Le soir, il en parle à sa fille Aïssatou, élève de Terminale SM : « On connaît tous la Banque mondiale et le FMI, dont on parle à la radio. Mais la BAD est une banque créée par les Africains eux-mêmes, et son siège est à Abidjan, tout près de chez nous. »
Aïssatou est curieuse : pourquoi les pays africains ont-ils voulu leur propre banque de développement ? Qui la dirige, avec quel argent, et qu'apporte-t-elle de différent ?
Qu'est-ce que la Banque africaine de développement, comment fonctionne-t-elle, et quel est son rôle dans le développement de l'Afrique et de la Guinée ?
2Je comprends
1. La création : une banque voulue par les Africains
Au début des années 1960, les pays africains viennent d'accéder à l'indépendance. Ils ont d'immenses besoins (routes, énergie, écoles) et veulent une institution africaine, qui connaisse leurs réalités et favorise la solidarité et l'intégration du continent, plutôt que de dépendre uniquement des institutions dominées par les pays riches.
- Le 4 août 1963, à Khartoum (Soudan), 23 gouvernements africains, dont la Guinée, signent l'accord portant création de la Banque africaine de développement (BAD).
- L'accord entre en vigueur le 10 septembre 1964.
- La Banque installe son siège à Abidjan (Côte d'Ivoire) et lance ses premiers projets en 1966-1967.
La Guinée est donc un membre fondateur de la BAD.
Entre 2003 et le milieu des années 2010, en raison de la crise en Côte d'Ivoire, le siège a été provisoirement déplacé à Tunis (Tunisie), avant de revenir à Abidjan.
2. Le Groupe de la Banque africaine de développement
| Institution | Création | Rôle |
|---|---|---|
| Banque africaine de développement (BAD) | 1964 | Prête aux pays à revenu intermédiaire et au secteur privé, à des taux proches du marché |
| Fonds africain de développement (FAD) | 1972 | Accorde des dons et des prêts à des conditions très favorables aux pays africains les plus pauvres |
| Fonds spécial du Nigeria (FSN) | 1976 | Fonds créé par le Nigeria pour financer des projets dans les pays membres à faible revenu |
On reconnaît le même principe qu'à la Banque mondiale : la BAD ressemble à la BIRD, le FAD à l'IDA.
3. Les membres et l'organisation
Les membres. Au départ, seuls des pays africains pouvaient être membres. Pour augmenter ses ressources, la BAD s'est ouverte en 1982 à des pays non africains (Europe, Amérique, Asie). Elle compte aujourd'hui 81 pays membres : 54 pays africains (dits « régionaux ») et 27 pays non africains (dits « non régionaux »).
Le contrôle africain. Contrairement à la Banque mondiale et au FMI, les pays africains détiennent la majorité du capital, environ 60 %, et donc la majorité des voix. Le président est toujours un Africain.
Les organes.
- le Conseil des gouverneurs (en général les ministres des Finances ou de l'Économie), organe suprême, qui se réunit lors des Assemblées annuelles et élit le président ;
- le Conseil d'administration, qui approuve les prêts et les politiques ;
- le président, élu pour cinq ans, renouvelable une fois. Le 29 mai 2025, le Mauritanien Sidi Ould Tah a été élu neuvième président du Groupe ; il a pris ses fonctions le 1er septembre 2025, succédant au Nigérian Akinwumi Adesina (2015-2025).
Exemple
Situation (chiffres imaginaires) : le capital d'une banque régionale est de 200 milliards de dollars. Les membres africains doivent en détenir 60 %. Quelle part revient aux membres africains et aux membres non africains ? Si un pays africain détient 1,5 % du capital total, combien a-t-il souscrit ?
Membres africains : 200 × 0,60 = 120 milliards de dollars.
Membres non africains : 200 − 120 = 80 milliards de dollars (40 %).
Pays africain à 1,5 % : 200 × 0,015 = 3 milliards de dollars.
Conclusion : même si les pays non africains apportent 40 % du capital, les pays africains gardent la majorité des voix et le contrôle des décisions.
4. Les ressources
- le capital souscrit par les pays membres (dont une partie seulement est versée ; le reste est « appelable » en cas de besoin) ;
- les emprunts sur les marchés financiers internationaux, où la BAD obtient de bonnes conditions grâce à sa solidité financière ;
- pour le FAD : les contributions des pays donateurs, renouvelées tous les trois ans ;
- les remboursements et les revenus de ses prêts.
5. Les priorités et les moyens d'action
Depuis 2015, la BAD organise son action autour de cinq grandes priorités, appelées les « High 5 » :
- 1Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie
- 2Nourrir l'Afrique
- 3Industrialiser l'Afrique
- 4Intégrer l'Afrique
- 5Améliorer la qualité de vie des populations africaines
Ses moyens d'action :
- des prêts aux États (prêts souverains) pour des routes, des barrages, des réseaux électriques, l'eau potable, l'agriculture ;
- des prêts et des prises de participation dans des entreprises privées et des banques africaines ;
- des dons du FAD aux pays les plus pauvres ou en situation de fragilité ;
- des garanties qui rassurent les investisseurs ;
- l'assistance technique et des études sur les économies africaines (dont un rapport annuel sur les perspectives économiques en Afrique) ;
- le financement de projets régionaux qui relient plusieurs pays : corridors routiers, interconnexions électriques, ponts transfrontaliers. C'est un rôle central pour l'intégration du continent.
6. La BAD et la Guinée
Membre fondateur, la Guinée bénéficie des financements du Groupe de la BAD, notamment du FAD, en tant que pays à faible revenu. Les interventions portent sur :
- l'énergie (production et interconnexions électriques régionales, qui peuvent permettre à la Guinée d'exporter son hydroélectricité) ;
- les routes et les corridors qui relient la Guinée à ses voisins ;
- l'agriculture et la sécurité alimentaire ;
- l'eau et l'assainissement ;
- l'appui à la gouvernance économique et au secteur privé.
La BAD a aussi participé, aux côtés de la Banque mondiale et du FMI, à l'allégement de la dette de la Guinée dans le cadre de l'initiative PPTE.
7. Comparaison avec les institutions de Bretton Woods
- Créée par des Africains (Khartoum, 1963)
- Siège en Afrique, à Abidjan
- Président toujours africain
- Majorité du capital et des voix aux Africains
- Priorité à l'intégration régionale africaine
- Créés à Bretton Woods (1944) par 44 pays
- Siège à Washington
- Président américain (BM), directeur européen (FMI)
- Majorité des voix aux pays riches
- Action mondiale, pays par pays
8. Bilan : forces et limites
Forces : une institution africaine qui connaît les réalités du continent ; le contrôle majoritaire des pays africains ; une forte solidité financière qui lui permet d'emprunter à bon compte ; un rôle moteur dans les grands projets régionaux et l'intégration.
Limites
- des ressources encore modestes par rapport aux immenses besoins de l'Afrique ;
- la dépendance du FAD aux contributions des pays non africains ;
- des projets parfois lents à exécuter à cause de la faible capacité administrative ou de l'instabilité de certains pays ;
- l'endettement des pays emprunteurs, même à des conditions avantageuses ;
- des critiques sur l'efficacité de certains projets, qui dépend aussi de la bonne gouvernance des États.
Exemple
Question de BAC : « En quoi la BAD est-elle un instrument de l'intégration africaine ? »
Réponse rédigée : Créée en 1963 à Khartoum par 23 gouvernements africains, dont la Guinée, la BAD est une institution financière contrôlée majoritairement par les Africains, dont le siège est à Abidjan. Elle favorise l'intégration du continent de plusieurs façons. D'abord, elle finance des projets qui relient plusieurs pays : corridors routiers, ponts transfrontaliers, interconnexions électriques qui permettent, par exemple, à la Guinée de partager son hydroélectricité avec ses voisins. Ensuite, « Intégrer l'Afrique » fait partie de ses cinq grandes priorités depuis 2015. Enfin, elle soutient les organisations régionales comme la CEDEAO et la Zone de libre-échange continentale africaine par ses études et ses financements. La BAD est donc à la fois une banque de développement et un outil de solidarité africaine.
Méthode
Pour comparer deux institutions financières internationales :
- Je compare leur création (date, lieu, fondateurs).
- Je compare leur siège et la nationalité de leurs dirigeants.
- Je compare la répartition du capital et des voix.
- Je compare leurs missions et leurs moyens (prêts, dons, conditions).
- Je conclus sur leur complémentarité.
3Je retiens
Je retiens
BAD : accord signé le 4 août 1963 à Khartoum par 23 gouvernements africains, dont la Guinée (membre fondateur) ; en vigueur le 10 septembre 1964 ; siège à Abidjan (provisoirement à Tunis à partir de 2003).
Groupe : BAD (1964, prêts proches du marché), FAD (1972, dons et prêts très avantageux aux pays pauvres), FSN (1976, Nigeria).
81 membres : 54 africains et 27 non africains (ouverture en 1982) ; les Africains détiennent environ 60 % du capital ; président toujours africain.
Président depuis le 1er septembre 2025 : Sidi Ould Tah (Mauritanie), neuvième président.
Priorités « High 5 » (2015) : éclairer, nourrir, industrialiser, intégrer l'Afrique, améliorer la qualité de vie.
Rôle clé dans les projets régionaux et l'intégration ; limites : ressources modestes, dépendance du FAD aux donateurs, lenteurs, endettement.
4Erreurs fréquentes
- Croire que la BAD est une filiale de la Banque mondiale : c'est une institution africaine indépendante, créée en 1963.
- Placer le siège de la BAD à Addis-Abeba : c'est le siège de l'Union africaine ; la BAD est à Abidjan.
- Oublier que des pays non africains sont membres depuis 1982 : ils apportent des capitaux, mais les Africains gardent la majorité.
- Confondre BAD et FAD : le FAD est le guichet des dons et prêts très avantageux pour les pays les plus pauvres.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quand et où l'accord créant la BAD a-t-il été signé ? Par combien de gouvernements ?
b) Où se trouve son siège ?
c) Quelles sont les trois institutions du Groupe de la BAD ?
d) Cite les cinq priorités (« High 5 ») de la BAD.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Le 4 août 1963, à Khartoum (Soudan), par 23 gouvernements africains.
b) À Abidjan, en Côte d'Ivoire.
c) La Banque africaine de développement (BAD), le Fonds africain de développement (FAD) et le Fonds spécial du Nigeria (FSN).
d) Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie ; nourrir l'Afrique ; industrialiser l'Afrique ; intégrer l'Afrique ; améliorer la qualité de vie des populations africaines.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, justifie)
a) La Guinée est un membre fondateur de la BAD.
b) Les pays non africains détiennent la majorité des voix à la BAD.
c) Le FAD prête aux pays les plus pauvres à des conditions très favorables.
d) Le président de la BAD est traditionnellement européen.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) Vrai : la Guinée fait partie des gouvernements qui ont signé l'accord de Khartoum le 4 août 1963.
b) Faux : les pays africains détiennent environ 60 % du capital, donc la majorité des voix.
c) Vrai : créé en 1972, le FAD accorde des dons et des prêts très avantageux aux pays africains les plus pauvres.
d) Faux : le président de la BAD est toujours un Africain ; c'est le directeur général du FMI qui est traditionnellement européen.
3Exercice 3
(Calcul) La BAD compte 81 pays membres, dont 54 africains.
a) Calcule le nombre de membres non africains.
b) Calcule le pourcentage de membres africains (arrondi au dixième).
c) Les pays africains représentent environ 67 % des membres et environ 60 % du capital. Explique la différence entre ces deux pourcentages.
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) 81 − 54 = 27 membres non africains.
b) 54 / 81 × 100 ≈ 66,7 %.
c) Le premier pourcentage compte les pays (un pays = une unité), le second mesure l'argent apporté. Les pays non africains, moins nombreux mais souvent riches, apportent une part du capital (environ 40 %) supérieure à leur part dans le nombre de membres (environ 33 %). Comme les voix dépendent du capital, la règle des 60 % garantit que les Africains gardent la majorité.
4Exercice 4
(Analyse) Un projet d'interconnexion électrique relie les réseaux de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, dont la Guinée. Il est financé en partie par le Groupe de la BAD.
a) À quelles priorités des « High 5 » ce projet correspond-il ?
b) Quel intérêt présente-t-il pour la Guinée ?
c) Quels risques faut-il surveiller ?
Voir le corrigéCacher le corrigé
a) « Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie » et « Intégrer l'Afrique » (et indirectement « Industrialiser l'Afrique », car l'industrie a besoin d'électricité).
b) La Guinée, qui a un grand potentiel hydroélectrique, peut vendre son électricité à ses voisins (recettes en devises) et, en saison sèche, en recevoir d'eux ; cela améliore la fourniture d'électricité et attire des industries.
c) L'endettement lié au financement ; la bonne gestion et l'entretien des installations ; la stabilité des accords entre pays sur les prix et les quantités d'électricité échangées.
5Exercice 5
(Sujet type BAC) « Comparez le rôle de la Banque africaine de développement et celui des institutions de Bretton Woods dans le développement de l'Afrique. » Rédige une introduction, un plan détaillé et une conclusion.
Voir le corrigéCacher le corrigé
Introduction. Trois grandes institutions financières interviennent en Afrique : la Banque mondiale et le FMI, créés à Bretton Woods en 1944, et la Banque africaine de développement, créée par des Africains à Khartoum en 1963. Toutes financent le développement, mais leur rôle n'est pas le même. En quoi se distinguent-elles, et en quoi sont-elles complémentaires ?
I. Des points communs. a) Des institutions multilatérales qui prêtent aux États et au secteur privé. b) Des guichets à conditions très avantageuses pour les pays pauvres (IDA pour la Banque mondiale, FAD pour la BAD, prêts à taux zéro du FMI). c) Une participation commune à l'allégement de la dette (PPTE).
II. Des différences importantes. a) Origine et contrôle : la BAD est africaine (siège à Abidjan, président africain, majorité africaine du capital), tandis que les institutions de Bretton Woods sont dominées par les pays riches. b) Missions : le FMI veille à la stabilité monétaire, la Banque mondiale finance le développement à l'échelle mondiale, la BAD met l'accent sur l'intégration africaine (« High 5 »). c) Moyens : les ressources de la BAD restent plus modestes.
Conclusion. Ces institutions sont complémentaires : le FMI aide à surmonter les crises, la Banque mondiale et la BAD financent le développement, la BAD portant en plus la voix et les priorités africaines. Leur efficacité dépend toujours de la bonne gouvernance des États qui reçoivent leurs financements.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
Crée ton compte élève gratuit pour cocher les leçons terminées, suivre ta progression et gagner des points au QCM.