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Histoire · Terminale SS Prépare le BAC

Leçon 4 sur 24

La participation africaine et malgache à la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Je sais montrer comment l'Afrique, dont la Guinée, et Madagascar ont participé à la Seconde Guerre mondiale par leurs soldats, leurs travailleurs et leurs ressources, et ce que cette participation a changé.

  • 1 h
  • 5 exercices corrigés
  • 1 schéma
  • QCM de 5 questions

À la fin de la leçon, tu sauras :

  • Décrire la participation militaire des Africains et des Malgaches (tirailleurs, Forces françaises libres, troupes britanniques)
  • Expliquer l'effort de guerre économique imposé aux colonies
  • Situer l'Afrique dans le conflit (Vichy, France libre, champs de bataille africains)
  • Montrer les injustices subies et leurs effets sur l'éveil des consciences

Avant de commencer : Les leçons « La Seconde Guerre mondiale » et « Les grandes étapes de la Seconde Guerre mondiale ».

1Je découvre

Chaque année, à Conakry comme à Kindia, on rend hommage aux anciens combattants. Fatoumata a interrogé un vieil homme de son quartier dont le père était tirailleur. Il lui a raconté que son père avait été recruté dans un village de Guinée forestière, envoyé au camp de Thiaroye près de Dakar, puis en France. Fait prisonnier en 1940, il n'est rentré qu'après la guerre. Pendant ce temps, au village, les femmes et les enfants devaient récolter le caoutchouc et livrer du riz pour « l'effort de guerre ».

Fatoumata se demande : les Africains et les Malgaches ont-ils vraiment compté dans la victoire des Alliés ? Et qu'ont-ils reçu en retour ?

Quelle a été la participation de l'Afrique et de Madagascar à la Seconde Guerre mondiale, et quelles en ont été les conséquences pour les peuples colonisés ?

2Je comprends

1. L'Afrique entre Vichy et la France libre

En 1939, presque toute l'Afrique est colonisée. La Guinée fait partie de l'Afrique occidentale française (AOF), dont la capitale est Dakar ; l'Afrique équatoriale française (AEF) a pour capitale Brazzaville ; Madagascar est une colonie française. Le Royaume-Uni possède notamment la Gold Coast, le Nigeria, la Sierra Leone et la Gambie en Afrique de l'Ouest.

Après la défaite de juin 1940, l'empire colonial français se divise :

  • L'AOF, dirigée par le gouverneur général Pierre Boisson, reste fidèle au régime de Vichy du maréchal Pétain. En septembre 1940, elle repousse devant Dakar une expédition de la France libre et des Britanniques. La Guinée vit donc sous Vichy : lois raciales, censure, renforcement du travail forcé.
  • L'AEF et le Cameroun se rallient à la France libre en août 1940. Le rôle du gouverneur du Tchad, Félix Éboué, né en Guyane, est décisif : il est le premier à rallier de Gaulle, le 26 août 1940. Brazzaville devient la capitale de la France libre en Afrique.
  • Madagascar reste sous Vichy jusqu'au débarquement britannique de mai 1942 ; l'île passe ensuite sous l'autorité de la France libre.

Après le débarquement allié en Afrique du Nord (8 novembre 1942), l'AOF rejoint le camp allié à la fin de novembre 1942. Désormais, toute l'Afrique française participe à la guerre aux côtés des Alliés.

2. La participation militaire

a) Les tirailleurs « sénégalais ». On appelle ainsi tous les soldats recrutés en AOF et en AEF, quelle que soit leur origine (Guinéens, Maliens, Ivoiriens, Voltaïques, Dahoméens…). Le corps a été créé au XIXe siècle. En 1939-1940, des dizaines de milliers de tirailleurs sont envoyés en France. Ils se battent durement en mai-juin 1940 ; beaucoup sont tués, parfois massacrés après leur capture par des soldats allemands en raison de la couleur de leur peau, comme à Chasselay près de Lyon en juin 1940. Des milliers sont faits prisonniers et gardés dans des camps en France.

Le recrutement se fait souvent par la force : les chefs de canton doivent fournir un nombre d'hommes fixé par l'administration.

b) Avec la France libre. Partis du Tchad, les soldats de la colonne du colonel Leclerc, en grande partie africains, s'emparent de l'oasis de Koufra (Libye) en mars 1941. À Bir Hakeim (Libye, mai-juin 1942), la 1re brigade française libre, qui comprend des bataillons africains, résiste plusieurs jours aux troupes de Rommel.

c) La libération de l'Europe. Les soldats d'Afrique participent à la campagne d'Italie (1943-1944), puis au débarquement de Provence (15 août 1944) au sein de l'armée du général de Lattre de Tassigny, et à la libération de Toulon, de Marseille et de la vallée du Rhône.

À l'automne 1944, de nombreux tirailleurs sont retirés du front et remplacés par de jeunes Français de métropole : c'est ce qu'on a appelé le « blanchiment » des troupes. Les Africains sont ainsi écartés des défilés de la victoire.

d) Dans l'Empire britannique. Les soldats de la Royal West African Frontier Force (Nigeria, Gold Coast, Sierra Leone, Gambie) et des King's African Rifles (Afrique de l'Est) combattent en Éthiopie (libérée de l'occupation italienne en 1941) et en Birmanie contre le Japon.

e) Les Malgaches. Des soldats et des travailleurs malgaches sont envoyés en France dès 1939 ; d'autres servent dans les unités qui combattent jusqu'en 1945.

3. L'effort de guerre économique

Les colonies doivent nourrir la guerre. C'est l'effort de guerre :

  • Réquisitions de produits agricoles : riz, mil, bétail, huile de palme, palmistes, arachides.
  • Cultures obligatoires et relance de la récolte du caoutchouc sauvage, notamment en Guinée, après la perte des plantations d'Asie occupées par le Japon.
  • Travail forcé accru : routes, voies ferrées, ports, transport de charges.
  • Contributions financières et emprunts.

L'AEF de Félix Éboué et le Cameroun fournissent à la France libre ses premières ressources et ses premiers soldats. L'Afrique sert aussi de base stratégique : l'aéroport de Takoradi, en Gold Coast, sert de relais pour acheminer des avions vers l'Égypte, et Dakar devient une base alliée après 1942.

Participation militaire
  • Tirailleurs en France (1939-1940)
  • Colonne Leclerc (Koufra, 1941)
  • Bir Hakeim (1942)
  • Italie et Provence (1943-1944)
  • Éthiopie et Birmanie (troupes britanniques)
Participation économique
  • Réquisitions de riz, mil, bétail
  • Récolte forcée du caoutchouc
  • Travail forcé sur les routes et les ports
  • Huile de palme, arachide, minerais
  • Bases aériennes et navales (Takoradi, Dakar)
Les deux formes de la participation africaine à la guerre.

4. Les injustices et le drame de Thiaroye

Les soldats africains ne sont pas traités comme leurs camarades européens : soldes et pensions plus faibles, grades limités. Le 1er décembre 1944, au camp de Thiaroye, près de Dakar, d'anciens prisonniers de guerre africains rapatriés de France réclament le paiement de leurs soldes et de leurs primes. L'armée française ouvre le feu sur eux : plusieurs dizaines de tirailleurs sont tués. Parmi ces hommes se trouvaient des soldats de diverses colonies d'AOF. Ce drame reste un symbole de l'ingratitude coloniale.

La question des pensions des anciens combattants africains, longtemps inférieures à celles des anciens combattants français, restera un sujet de revendication pendant des décennies.

5. Les conséquences de cette participation

  • Un choc des consciences : les soldats africains ont vu la France vaincue en 1940, combattu aux côtés d'Européens, découvert d'autres idées. Le mythe de l'invincibilité du colonisateur s'effondre.
  • La revendication de droits : ceux qui ont versé leur sang pour la liberté de la France demandent l'égalité et la liberté pour eux-mêmes. Beaucoup d'anciens combattants deviendront des acteurs de la vie politique.
  • Les premières réformes : dès la conférence de Brazzaville (janvier-février 1944), la France annonce des réformes, sans promettre l'indépendance.
  • Les révoltes : à Madagascar, l'insurrection de 1947 est durement réprimée.

Ces conséquences seront approfondies dans la leçon sur les conséquences de la guerre.

Exemple

Question : « Montre que l'Afrique a été un enjeu entre Vichy et la France libre. »

Réponse rédigée : Après la défaite de juin 1940, les colonies françaises doivent choisir. L'AOF, dont la Guinée, reste fidèle au régime de Vichy et repousse une expédition gaulliste devant Dakar en septembre 1940. Au contraire, le Tchad de Félix Éboué, puis toute l'AEF et le Cameroun se rallient à la France libre en août 1940 : Brazzaville devient sa capitale africaine et la colonne Leclerc part du Tchad pour combattre en Libye. L'Afrique fournit ainsi à de Gaulle un territoire, des soldats et des ressources. L'AOF ne rejoint les Alliés qu'après le débarquement de novembre 1942.

Exemple

Question : « Pourquoi le drame de Thiaroye est-il un symbole ? »

Réponse rédigée : Le 1er décembre 1944, des tirailleurs africains, anciens prisonniers de guerre revenus de France, réclament à Thiaroye le paiement de leurs soldes. L'armée française tire sur eux et en tue plusieurs dizaines. Ces hommes avaient combattu pour libérer la France ; ils sont tués pour avoir demandé leur dû. Thiaroye symbolise donc l'injustice du système colonial et nourrit, après la guerre, la volonté des Africains d'obtenir l'égalité puis l'indépendance.

Méthode

Pour commenter un document historique au BAC :

  1. Je présente le document : nature, auteur, date, contexte, destinataire.
  2. Je dégage l'idée générale en une phrase.
  3. J'explique le document en m'appuyant sur des citations courtes et sur mes connaissances (dates, noms, faits).
  4. Je porte un jugement : intérêt du document, limites, point de vue de l'auteur.
  5. Je conclus en rattachant le document à la question étudiée.

3Je retiens

Je retiens

En 1940, l'AOF (dont la Guinée) reste fidèle à Vichy ; l'AEF et le Cameroun se rallient à la France libre (Félix Éboué, Tchad, 26 août 1940). L'AOF rejoint les Alliés fin novembre 1942.

Participation militaire : tirailleurs en France (1939-1940), colonne Leclerc (Koufra, 1941), Bir Hakeim (1942), campagne d'Italie, débarquement de Provence (15 août 1944) ; troupes des colonies britanniques en Éthiopie et en Birmanie.

Participation économique : réquisitions, cultures obligatoires, caoutchouc, travail forcé, bases stratégiques.

Injustices : recrutement forcé, soldes et pensions inférieures, « blanchiment » des troupes (automne 1944), massacre de Thiaroye (1er décembre 1944).

Conséquences : fin du mythe de l'invincibilité coloniale, revendications d'égalité, conférence de Brazzaville (1944), éveil du nationalisme.

4Erreurs fréquentes

  • Croire que les « tirailleurs sénégalais » venaient tous du Sénégal : le nom désigne les soldats de toute l'AOF et de l'AEF, dont beaucoup de Guinéens.
  • Dire que toute l'Afrique française a rejoint de Gaulle en 1940 : l'AOF est restée sous Vichy jusqu'à la fin de 1942.
  • Réduire la participation africaine aux seuls soldats : l'effort de guerre économique (produits, travail forcé) a touché toute la population.
  • Oublier les colonies britanniques : leurs soldats ont combattu en Éthiopie et en Birmanie.

5Je m’exerce

1Exercice 1

(Questions de cours)

a) Qui étaient les « tirailleurs sénégalais » ?

b) Quel rôle Félix Éboué a-t-il joué en 1940 ?

c) Cite deux batailles auxquelles des soldats africains ont participé.

d) Qu'est-ce que l'effort de guerre ?

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) C'étaient les soldats africains recrutés dans toute l'AOF et l'AEF (Guinée, Soudan français, Côte d'Ivoire, Sénégal, Dahomey…), souvent de force, pour servir dans l'armée française.

b) Gouverneur du Tchad, Félix Éboué est le premier gouverneur de colonie à rallier la France libre, le 26 août 1940. Son choix entraîne le ralliement de l'AEF et donne à de Gaulle une base territoriale en Afrique.

c) Par exemple : Koufra (1941), Bir Hakeim (1942), le débarquement de Provence (1944).

d) C'est l'ensemble des contributions imposées aux colonies pour soutenir la guerre : réquisitions de produits agricoles, cultures obligatoires, récolte du caoutchouc, travail forcé, contributions financières.

2Exercice 2

(Vrai ou faux, justifie) a) La Guinée s'est ralliée à la France libre dès 1940. b) Des soldats de Gold Coast et du Nigeria ont combattu en Birmanie. c) Le « blanchiment » désigne la libération des prisonniers africains. d) Madagascar est restée sous Vichy jusqu'en 1942.

Voir le corrigéCacher le corrigé

a) Faux : la Guinée, comme toute l'AOF, est restée sous l'autorité de Vichy jusqu'à la fin de 1942.

b) Vrai : les soldats de la Royal West African Frontier Force ont combattu contre le Japon en Birmanie.

c) Faux : le « blanchiment » désigne le remplacement des soldats africains par des soldats français de métropole à l'automne 1944.

d) Vrai : les Britanniques y débarquent en mai 1942 et l'île passe ensuite sous l'autorité de la France libre.

3Exercice 3

(Chronologie) Range et date : massacre de Thiaroye ; ralliement du Tchad ; bataille de Bir Hakeim ; échec de l'expédition de Dakar ; débarquement de Provence ; prise de Koufra.

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Ralliement du Tchad (26 août 1940) ; échec de l'expédition de Dakar (septembre 1940) ; prise de Koufra (mars 1941) ; bataille de Bir Hakeim (mai-juin 1942) ; débarquement de Provence (15 août 1944) ; massacre de Thiaroye (1er décembre 1944).

4Exercice 4

(Analyse) Explique en un paragraphe pourquoi la participation à la guerre a transformé la façon dont les Africains voyaient la colonisation.

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Pendant la guerre, les soldats africains ont vu la France battue en 1940 et des Européens prisonniers ou humiliés : le colonisateur n'apparaît plus invincible. Ils ont combattu au nom de la liberté contre le nazisme, alors qu'eux-mêmes étaient privés de liberté et de droits dans leur propre pays. Ils ont aussi subi des injustices (soldes inférieures, « blanchiment », massacre de Thiaroye). Au retour, beaucoup réclament l'égalité des droits, puis l'émancipation. La guerre a donc transformé le regard des Africains sur la colonisation et préparé l'éveil du nationalisme.

5Exercice 5

(Type BAC : dissertation) Sujet : « La participation de l'Afrique et de Madagascar à la Seconde Guerre mondiale. » Rédige l'introduction et le plan détaillé.

Voir le corrigéCacher le corrigé

Introduction : De 1939 à 1945, la Seconde Guerre mondiale mobilise aussi les colonies. L'Afrique et Madagascar, alors sous domination française ou britannique, sont entraînées dans un conflit qui ne les concernait pas directement. Quelle a été leur contribution à la victoire alliée, et quelles en ont été les conséquences ? Nous étudierons d'abord la participation militaire, puis l'effort de guerre économique, enfin les conséquences de cette participation.

Plan détaillé :

I. Une participation militaire importante. 1. Les tirailleurs dans la campagne de France (1940). 2. L'Afrique entre Vichy et la France libre (Éboué, Leclerc, Bir Hakeim). 3. De l'Italie à la Provence ; les troupes britanniques en Éthiopie et en Birmanie.

II. Un lourd effort de guerre économique. 1. Réquisitions et cultures obligatoires. 2. Travail forcé et caoutchouc. 3. L'Afrique, base stratégique des Alliés.

III. Des conséquences profondes. 1. Les injustices (blanchiment, Thiaroye, pensions). 2. La fin du mythe de l'invincibilité coloniale. 3. Les revendications et les premières réformes (Brazzaville, 1944).

Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.

6Je vérifie

Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.

1Quel gouverneur rallie le premier une colonie à la France libre en 1940 ?
Voir la réponse

Réponse B : Félix Éboué. Félix Éboué rallie le Tchad à la France libre le 26 août 1940.

2Sous quelle autorité se trouve la Guinée de 1940 à la fin de 1942 ?
Voir la réponse

Réponse A : le régime de Vichy. L'AOF, dont la Guinée, reste fidèle à Vichy jusqu'au ralliement de la fin de 1942.

3Que s'est-il passé à Thiaroye le 1er décembre 1944 ?
Voir la réponse

Réponse C : des tirailleurs réclamant leurs soldes ont été tués par l'armée française. Ce massacre est devenu le symbole de l'injustice envers les soldats africains.

4Qu'appelle-t-on le « blanchiment » des troupes ?
Voir la réponse

Réponse B : le remplacement des soldats africains par des soldats de métropole en 1944. À l'automne 1944, de nombreux tirailleurs sont retirés du front avant la victoire.

5Quelle bataille la colonne Leclerc, partie du Tchad, remporte-t-elle en 1941 ?
Voir la réponse

Réponse C : Koufra. Les soldats de Leclerc, en majorité africains, prennent l'oasis libyenne de Koufra en mars 1941.

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