Leçon 13 sur 55
Valeurs et emplois de l'imparfait et du passé simple de l'indicatif
Je sais reconnaître les valeurs de l'imparfait et du passé simple dans un récit, expliquer leur rôle (arrière-plan et premier plan) et les employer correctement dans une rédaction au passé.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Identifier les valeurs de l'imparfait (description, habitude, action en cours, hypothèse)
- Identifier les valeurs du passé simple (action ponctuelle, succession d'actions, action qui interrompt)
- Choisir entre imparfait et passé simple pour rédiger un récit cohérent
Avant de commencer : La conjugaison de l'imparfait et du passé simple des trois groupes ; les valeurs du présent de l'indicatif.
1Je découvre
Pour la rédaction du BEPC blanc, Ousmane a écrit ce début de récit :
« Le soleil se coucha sur le village. Les femmes pilèrent le mil devant les cases. Les enfants jouèrent dans la poussière. Soudain, un cri retentissait au bord du fleuve. »
Son professeur, M. Camara, lui explique en classe : « Ton histoire est intéressante, mais les temps sont inversés. Quand tu décris le décor et ce qui dure, tu dois employer l'imparfait. Quand tu racontes l'événement soudain qui fait avancer l'histoire, c'est le passé simple. »
Et il réécrit au tableau : « Le soleil se couchait sur le village. Les femmes pilaient le mil devant les cases. Les enfants jouaient dans la poussière. Soudain, un cri retentit au bord du fleuve. »
Ousmane relit les deux versions à voix haute : la seconde « sonne » beaucoup mieux, on sent que quelque chose vient de se produire.
Quelles sont les valeurs de l'imparfait et du passé simple, et comment les combiner pour écrire un bon récit au passé ?
2Je comprends
1. Deux temps du récit au passé
Dans un récit écrit au passé, deux temps travaillent ensemble :
- l'imparfait présente les faits en cours de déroulement, sans indiquer leur début ni leur fin ; il peint le décor, l'arrière-plan ;
- le passé simple présente les faits comme achevés, délimités dans le temps ; il raconte les événements du premier plan, ceux qui font avancer l'histoire.
Image utile : l'imparfait est comme la toile de fond d'une scène de théâtre ; le passé simple, ce sont les gestes des acteurs qui font avancer la pièce.
- Le soleil se couchait.
- Les femmes pilaient le mil.
- Les enfants jouaient.
- décor, durée, habitude
- Soudain, un cri retentit.
- Tout le monde se leva.
- Le chef courut vers le fleuve.
- événements brefs et successifs
Rappel des terminaisons :
- imparfait (tous les verbes) : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient ;
- passé simple : verbes en -er : -ai, -as, -a, -âmes, -âtes, -èrent ; autres verbes : -is, -is, -it, -îmes, -îtes, -irent ou -us, -us, -ut, -ûmes, -ûtes, -urent (et venir, tenir : -ins, -int…).
Attention à la 1re personne du singulier des verbes en -er : « je chantai » (passé simple) ≠ « je chantais » (imparfait).
2. Les valeurs de l'imparfait
a) Imparfait de description. Il décrit un lieu, un personnage, un décor, une situation.
« La case était ronde ; son toit de paille descendait presque jusqu'au sol. »
b) Imparfait d'habitude (itératif). Il exprime une action répétée dans le passé, souvent avec « chaque jour », « souvent », « tous les soirs ».
« Chaque soir, grand-mère nous racontait des contes au clair de lune. »
c) Imparfait d'action en cours (durée). Il présente une action qui était en train de se dérouler quand une autre est survenue.
« Nous dormions quand l'orage éclata. »
d) Imparfait dans le discours indirect. Après un verbe introducteur au passé, il exprime la simultanéité (voir la concordance des temps) : « Il m'a dit qu'il avait faim. »
e) Imparfait d'hypothèse. Après « si », il exprime une condition imaginaire, et la principale est au conditionnel : « Si j'avais un vélo, j'irais à l'école plus vite. »
f) Imparfait de politesse (atténuation). Il adoucit une demande : « Je voulais vous demander un conseil. »
3. Les valeurs du passé simple
a) Action ponctuelle, brève et achevée. Elle a un début et une fin nets.
« Un cri retentit au bord du fleuve. »
b) Succession d'actions (premier plan). Les actions s'enchaînent, l'une après l'autre : c'est le fil de l'histoire.
« Le chasseur saisit son arc, visa et tira. »
c) Action qui interrompt une action en cours (à l'imparfait).
« Nous dormions quand l'orage éclata. »
d) Action longue mais délimitée. Même une action longue est au passé simple si sa durée est fermée, précisée : « Samori Touré résista pendant de longues années aux troupes coloniales françaises. » ; « Il vécut cent ans. »
e) Passé simple historique. Il raconte les faits de l'histoire dans les récits écrits : « En 1898, Samori Touré fut capturé par les troupes françaises. »
Le passé simple est un temps de l'écrit et du récit. À l'oral et dans une lettre, on le remplace par le passé composé : « Hier, j'ai vu ton oncle. »
| Imparfait | Passé simple |
|---|---|
| action en cours, sans limites | action achevée, délimitée |
| arrière-plan : décor, portrait, habitude | premier plan : événements |
| action qui dure, se répète | action brève, ou longue mais limitée |
| « Il pleuvait. » | « Soudain, il plut. » |
| indices : chaque jour, souvent, d'habitude | indices : soudain, tout à coup, un jour, alors |
Méthode
Pour choisir entre imparfait et passé simple dans une rédaction :
- Je me demande si l'action décrit le décor, un personnage ou une situation qui dure : imparfait.
- Je me demande si l'action se répétait : imparfait d'habitude.
- Je me demande si l'action est un événement qui fait avancer l'histoire (souvent après « soudain », « un jour », « alors ») : passé simple.
- Si deux actions se croisent, l'action en cours est à l'imparfait et celle qui l'interrompt au passé simple.
- Je relis en vérifiant la cohérence : on ne mélange pas le passé simple et le passé composé dans un même récit.
Exemple
Texte : « Chaque matin, Fatoumata partait au puits avec sa calebasse. Le chemin traversait un champ de maïs. Un jour, elle entendit un gémissement. Elle s'approcha et découvrit un jeune chien blessé. »
« partait » : imparfait d'habitude (« Chaque matin »).
« traversait » : imparfait de description (le décor).
« entendit » : passé simple, action brève qui rompt l'habitude (« Un jour »).
« s'approcha », « découvrit » : passé simple, succession d'actions au premier plan.
Exemple
Phrase à compléter : « Le car (rouler) depuis deux heures sur la route de Mamou quand un pneu (éclater). »
« rouler » : action en cours, qui dure → imparfait : « roulait ».
« éclater » : action brève qui interrompt → passé simple : « éclata ».
Réponse : « Le car roulait depuis deux heures sur la route de Mamou quand un pneu éclata. »
4. L'effet sur le lecteur
- Une suite de passés simples donne un rythme rapide, dynamique : l'action s'accélère.
- Une suite d'imparfaits ralentit le récit, installe une atmosphère, une ambiance.
- Le passage de l'imparfait au passé simple, souvent marqué par « soudain », « tout à coup », « un jour », signale l'élément perturbateur : le moment où l'histoire bascule.
3Je retiens
Je retiens
Imparfait : action en cours, sans limites ; arrière-plan du récit.
Valeurs de l'imparfait : description, habitude, action en cours interrompue, hypothèse après « si », politesse, simultanéité au discours indirect.
Passé simple : action achevée et délimitée ; premier plan du récit.
Valeurs du passé simple : action brève, succession d'actions, action qui interrompt, action longue mais limitée, faits historiques.
« Nous dormions (imparfait) quand l'orage éclata (passé simple). »
Le passé simple est un temps de l'écrit ; à l'oral et dans une lettre, on emploie le passé composé.
4Erreurs fréquentes
- Mettre le décor au passé simple : « Le ciel fut bleu, les oiseaux chantèrent » est maladroit pour une description ; écris « Le ciel était bleu, les oiseaux chantaient ».
- Confondre « je chantai » (passé simple) et « je chantais » (imparfait) : remplace par « nous » pour vérifier (nous chantâmes / nous chantions).
- Mettre au conditionnel après « si » : « Si j'aurais le temps » est faux ; écris « Si j'avais le temps, je viendrais ».
- Mélanger passé simple et passé composé dans un même récit : choisis un système et garde-le.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Donne la valeur de l'imparfait dans chaque phrase.
a) Le fleuve Niger était large et calme.
b) Tous les samedis, nous allions au marché de Kankan.
c) Si tu venais à Labé, je te montrerais la ville.
d) Je lisais quand le courant fut coupé.
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a) « était » : imparfait de description.
b) « allions » : imparfait d'habitude (indice : « Tous les samedis »).
c) « venais » : imparfait d'hypothèse après « si » (la principale est au conditionnel « montrerais »).
d) « lisais » : imparfait d'action en cours, interrompue par « fut coupé » (passé simple).
2Exercice 2
Donne la valeur du passé simple.
a) Le lion bondit, saisit sa proie et disparut dans les hautes herbes.
b) Mon grand-père vécut quatre-vingt-dix ans.
c) Les élèves révisaient en silence quand le directeur entra.
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a) « bondit », « saisit », « disparut » : succession d'actions brèves au premier plan.
b) « vécut » : action longue mais délimitée (durée précisée : quatre-vingt-dix ans).
c) « entra » : action brève qui interrompt une action en cours (« révisaient »).
3Exercice 3
Mets les verbes à l'imparfait ou au passé simple.
« Il (faire) très chaud ce jour-là. Les chèvres (dormir) à l'ombre des manguiers. Tout à coup, le chien (aboyer) : un étranger (arriver) au village. Le chef (se lever) et (aller) à sa rencontre. »
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« Il faisait très chaud ce jour-là. Les chèvres dormaient à l'ombre des manguiers. Tout à coup, le chien aboya : un étranger arrivait au village. Le chef se leva et alla à sa rencontre. »
« faisait », « dormaient » : décor (imparfait). « aboya », « se leva », « alla » : événements successifs (passé simple). « arrivait » : action en train de se dérouler, qui explique l'aboiement (on accepte aussi « arriva »).
4Exercice 4
Écris la première personne du singulier à l'imparfait et au passé simple.
a) marcher ; b) finir ; c) venir ; d) voir.
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| Verbe | Imparfait | Passé simple |
|---|---|---|
| marcher | je marchais | je marchai |
| finir | je finissais | je finis |
| venir | je venais | je vins |
| voir | je voyais | je vis |
5Exercice 5
(Format BEPC) Lis le texte puis réponds.
« Lansana habitait un petit village au pied du Fouta-Djallon. Chaque matin, il conduisait les bœufs de son père au pâturage. Ce jour-là, le ciel était gris et le vent soufflait fort. Soudain, un éclair zébra le ciel ; les bœufs s'affolèrent et s'enfuirent vers la rivière. Lansana courut derrière eux. »
a) Relève les verbes à l'imparfait et donne leur valeur.
b) Relève les verbes au passé simple et donne leur valeur.
c) Quel mot marque le passage de l'arrière-plan au premier plan ? Quel est l'effet produit ?
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a) Imparfaits : « habitait » (description de la situation du personnage) ; « conduisait » (habitude, indice : « Chaque matin ») ; « était », « soufflait » (description du décor ce jour-là).
b) Passés simples : « zébra », « s'affolèrent », « s'enfuirent », « courut » : actions brèves, achevées, qui se succèdent au premier plan et font avancer l'histoire.
c) Le mot « Soudain » marque le passage de l'arrière-plan (imparfait) au premier plan (passé simple). Il introduit l'élément perturbateur : le récit s'accélère et crée une tension chez le lecteur.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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