Leçon 13 sur 23
L'empire du Ghana
Je sais situer l'empire du Ghana dans l'espace et dans le temps, expliquer sur quoi reposait sa puissance et pourquoi il a décliné.
- 45 min
- 5 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Situer le Ghana (Wagadou) sur une carte et sur une frise
- Décrire son organisation politique à partir des sources orales et écrites
- Expliquer le rôle du commerce transsaharien de l'or et du sel
- Analyser les causes de son déclin
Avant de commencer : Les leçons « Les sources de l'histoire » et « L'islam » (naissance de l'islam et sa diffusion en Afrique du Nord).
1Je découvre
À Siguiri, en Haute-Guinée, Sékou accompagne son oncle sur un site d'orpaillage. Les hommes creusent des puits étroits, les femmes lavent la terre dans des calebasses et, parfois, une paillette d'or brille au fond. Son oncle lui dit : « Cet or du Bouré, nos ancêtres le vendaient déjà il y a plus de mille ans. Des caravanes venaient du désert pour l'échanger contre du sel. »
Sékou est étonné. Qui achetait cet or ? Où allait-il ? Son professeur d'histoire lui explique qu'un grand État, l'empire du Ghana, contrôlait autrefois ce commerce, bien avant le Mali et le Songhaï. Il n'a rien à voir avec le pays actuel qui porte ce nom et qui se trouve beaucoup plus au sud-est.
Comment l'empire du Ghana est-il né, sur quoi reposait sa richesse, et pourquoi a-t-il disparu ?
2Je comprends
1. Un empire du Sahel : cadre et origines
L'empire du Ghana, que ses habitants appelaient Wagadou, s'est développé dans le Sahel, entre le fleuve Sénégal et la boucle du Niger, dans une région qui correspond aujourd'hui au sud-est de la Mauritanie et à l'ouest du Mali. Le Sahel est une zone de contact : au nord, le Sahara des nomades berbères ; au sud, les savanes des cultivateurs noirs.
Le peuple fondateur est celui des Soninké. Le mot « ghana » désignait au départ le titre du roi (le chef de guerre) ; les voyageurs arabes l'ont ensuite appliqué au pays tout entier. Le roi portait aussi le titre de Kaya Maghan, le « maître de l'or ».
Les origines du Ghana sont mal connues. La tradition orale soninké raconte l'histoire de Dinga, l'ancêtre venu de l'est, et de son fils Diabé Cissé, qui aurait conclu une alliance avec Bida, le serpent protecteur du Wagadou : chaque année, on lui sacrifiait une jeune fille, et en échange il faisait pleuvoir de l'or. Ce récit n'est pas de l'histoire au sens strict, mais il nous apprend deux choses vraies : le lien entre le pouvoir royal et le sacré, et l'importance de l'or.
Les historiens pensent que l'État existait dès le milieu du Ier millénaire après J.-C. La première mention écrite connue date de la fin du VIIIe siècle : le géographe arabe al-Fazari parle du Ghana comme du « pays de l'or ». L'empire atteint son apogée aux Xe et XIe siècles.
2. Les sources qui nous renseignent
Pour étudier le Ghana, l'historien croise plusieurs types de sources (tu les as vues dans la leçon sur les sources de l'histoire) :
| Type de source | Exemple | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|
| Source orale | Légende de Dinga et du serpent Bida, récits des griots soninké | Origines, croyances, mémoire des familles |
| Source écrite arabe | Al-Bakri, géographe de Cordoue, qui écrit en 1068 | Description de la capitale, de la cour, des impôts |
| Source archéologique | Fouilles de Koumbi Saleh (Mauritanie) | Maisons en pierre, mosquée, objets du commerce |
Al-Bakri n'est jamais venu au Ghana : il a recueilli les témoignages de marchands. Son texte reste pourtant la source écrite la plus précise sur l'empire.
3. Une capitale double : Koumbi Saleh
Selon al-Bakri, la capitale était formée de deux villes distantes d'environ dix kilomètres :
- la ville des marchands musulmans, avec ses maisons de pierre et une douzaine de mosquées, où vivaient les commerçants venus du nord et les lettrés ;
- la ville royale, avec le palais du roi, les bosquets sacrés où se déroulaient les cultes traditionnels, et les tombeaux des rois.
Les historiens identifient généralement la ville des marchands avec le site de Koumbi Saleh, fouillé au XXe siècle. Cette organisation en deux villes montre que le roi, fidèle à la religion traditionnelle, accueillait et protégeait les musulmans, dont il avait besoin pour le commerce et l'écriture. Il choisissait même parmi eux certains de ses ministres et interprètes.
4. L'organisation politique
Le roi (ghana ou tounka) est au sommet. Il est à la fois chef politique, chef de guerre, juge suprême et personnage sacré. Al-Bakri décrit les audiences royales : le roi, couvert de bijoux d'or, entouré de gardes et de fils de rois vassaux, écoute les plaintes de ses sujets. Ceux-ci se prosternent et se couvrent la tête de poussière en signe de respect.
La succession se fait de manière matrilinéaire : d'après al-Bakri, c'est le fils de la sœur du roi qui hérite du trône, et non le fils du roi.
L'empire est composé :
- d'un domaine central, le Wagadou, gouverné directement par le roi ;
- de royaumes vassaux (par exemple le Tekrour sur le fleuve Sénégal, pendant un temps), qui gardaient leurs chefs mais payaient un tribut et fournissaient des soldats.
L'armée était nombreuse ; les sources arabes parlent de dizaines de milliers d'hommes, archers et cavaliers, mais ces chiffres sont sans doute exagérés.
5. La richesse : le commerce de l'or et du sel
La puissance du Ghana repose sur le commerce transsaharien. Le Ghana ne possédait pas lui-même les principales mines d'or : celles-ci se trouvaient plus au sud, au Bambouk (entre Sénégal et Falémé) et au Bouré, dans la région de Siguiri, en Guinée actuelle. Mais il contrôlait les routes par lesquelles cet or remontait vers le nord.
Au nord, les caravanes berbères apportaient le sel du Sahara (sel gemme extrait de mines comme celle de Teghaza, un peu plus tard), des tissus, du cuivre, des chevaux et des objets manufacturés du Maghreb. Au sud, les savanes manquaient de sel, indispensable à l'alimentation. Le Ghana servait d'intermédiaire entre ces deux mondes.
Le roi s'enrichissait de deux manières :
- par les taxes : d'après al-Bakri, chaque charge d'âne de sel entrant dans le pays payait un droit en or, et une charge sortant en payait un autre plus élevé ;
- par le monopole des pépites : les pépites d'or appartenaient au roi, le peuple ne pouvait garder que la poudre d'or. Ainsi, le roi limitait la quantité d'or en circulation et maintenait son prix élevé.
- 1Les orpailleurs du Bambouk et du Bouré extraient l'or
- 2Les marchands soninké achètent l'or et le transportent vers le nord
- 3Le roi du Ghana prélève des taxes et garde les pépites
- 4Les caravanes berbères échangent l'or contre du sel, du cuivre, des tissus
- 5L'or traverse le Sahara vers le Maghreb, puis vers la Méditerranée
Des villes-étapes comme Aoudaghost, au sud du Sahara, et Sijilmassa, au Maroc, rythmaient ce commerce.
Exemple
Question : « Montre que le Ghana est un empire commerçant. »
Réponse rédigée : Le Ghana tire l'essentiel de sa richesse du commerce transsaharien. Situé dans le Sahel, il se trouve au point de rencontre entre les caravanes berbères du nord, qui apportent le sel, et les régions aurifères du sud, comme le Bambouk et le Bouré. Le roi taxe les marchandises qui entrent et sortent du pays et se réserve les pépites d'or. Enfin, sa capitale comprend une ville entière de marchands musulmans. Le Ghana est donc bien un empire fondé sur le contrôle du commerce de l'or et du sel.
6. Le déclin et la fin de l'empire
À partir de la seconde moitié du XIe siècle, le Ghana s'affaiblit. Plusieurs causes se combinent :
- Les Almoravides : ce mouvement religieux berbère, né au Sahara occidental, s'empare d'Aoudaghost en 1054, puis, selon les sources arabes, de la capitale du Ghana vers 1076. Les historiens discutent aujourd'hui de l'ampleur de cette conquête : il s'agit peut-être plutôt d'une pression politique et religieuse qui a poussé les dirigeants à se convertir. Mais l'empire en sort affaibli.
- Les révoltes des vassaux : les provinces se détachent l'une après l'autre.
- Les difficultés du milieu : le Sahel devient plus sec, les sols s'épuisent, les troupeaux et les cultures souffrent.
- Le déplacement des routes commerciales vers l'est, vers Oualata puis Tombouctou, prive le Ghana d'une partie de ses revenus.
Au début du XIIIe siècle, Soumaoro Kanté, roi du Sosso (un ancien vassal), s'empare de la capitale, vers 1203 selon les traditions. Beaucoup de marchands quittent alors Koumbi pour Oualata. Quelques années plus tard, c'est le Mandingue Soundjata Keïta qui battra Soumaoro : le centre du pouvoir passe alors au Mali, que tu étudieras dans la leçon suivante.
Exemple
Question : « Explique pourquoi l'arrivée des Almoravides a affaibli le Ghana. »
Réponse : Les Almoravides ont d'abord pris Aoudaghost (1054), une ville-étape essentielle du commerce de l'or ; le Ghana a donc perdu le contrôle d'une partie des routes. Ensuite, leur pression militaire et religieuse sur la capitale (vers 1076, selon les sources arabes) a ébranlé l'autorité du roi. Les vassaux en ont profité pour se révolter. Ainsi, sans forcément tout conquérir, les Almoravides ont brisé les deux piliers de l'empire : le commerce et l'autorité royale.
Méthode
Pour présenter un empire africain à l'examen :
- Je le situe dans l'espace (région, fleuves, pays actuels) et dans le temps (siècles de naissance, d'apogée, de fin).
- Je nomme le peuple fondateur, la capitale et les grands souverains.
- J'explique l'organisation politique (roi, succession, provinces, armée).
- J'explique les bases de la richesse (agriculture, commerce, impôts).
- Je termine par les causes du déclin, en distinguant causes internes et externes.
3Je retiens
Je retiens
Le Ghana (Wagadou) est un empire soninké du Sahel, entre le Sénégal et le Niger ; apogée aux Xe et XIe siècles.
« Ghana » est d'abord le titre du roi, aussi appelé Kaya Maghan, « maître de l'or ».
Capitale : Koumbi Saleh, ville double (ville des marchands musulmans et ville royale), décrite par al-Bakri en 1068.
Succession matrilinéaire : le fils de la sœur du roi hérite du trône.
Richesse : contrôle du commerce transsaharien de l'or (Bambouk, Bouré) et du sel ; taxes et monopole royal des pépites.
Déclin : Almoravides (Aoudaghost 1054, capitale vers 1076), révoltes des vassaux, sécheresse, déplacement des routes ; prise de la capitale par Soumaoro Kanté du Sosso (début XIIIe siècle).
4Erreurs fréquentes
- Confondre l'ancien empire du Ghana avec l'État actuel du Ghana : le Ghana actuel (ancienne Gold Coast) a seulement repris ce nom prestigieux à son indépendance en 1957 ; il est situé bien plus au sud-est.
- Écrire que les mines d'or étaient dans la capitale : le Ghana contrôlait les routes et taxait l'or, mais l'or venait du Bambouk et du Bouré, plus au sud.
- Affirmer que le roi du Ghana était musulman : au temps d'al-Bakri, il suivait la religion traditionnelle tout en protégeant les musulmans.
- Donner la fondation du Ghana à une date précise comme s'il s'agissait d'un fait sûr : elle est incertaine et repose sur des traditions orales.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Quel peuple a fondé l'empire du Ghana et comment appelait-il son pays ?
b) Que signifie le titre de Kaya Maghan ?
c) Qui est al-Bakri et pourquoi son texte est-il important ?
d) Comment se faisait la succession au trône ?
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a) Les Soninké ; ils appelaient leur pays le Wagadou.
b) Kaya Maghan signifie « le maître de l'or » : ce titre montre que la puissance du roi reposait sur le contrôle de l'or.
c) Al-Bakri est un géographe arabe de Cordoue (Espagne musulmane) qui écrit en 1068. Il n'est pas venu au Ghana, mais il a rassemblé les récits des marchands. Son texte est la description écrite la plus précise de la capitale, de la cour et des impôts du Ghana.
d) La succession était matrilinéaire : le fils de la sœur du roi héritait du trône.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, en justifiant)
a) Le Ghana possédait les mines d'or du Bouré dans sa capitale.
b) La capitale du Ghana comprenait une ville de marchands musulmans.
c) Soundjata Keïta a pris la capitale du Ghana en 1076.
d) Le roi se réservait les pépites d'or.
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a) Faux : les mines d'or se trouvaient au sud, au Bambouk et au Bouré ; le Ghana contrôlait les routes et taxait l'or.
b) Vrai : al-Bakri décrit une ville des marchands musulmans, avec une douzaine de mosquées, à côté de la ville royale.
c) Faux : vers 1076, ce sont les Almoravides qui, selon les sources arabes, prennent la capitale ; au début du XIIIe siècle, c'est Soumaoro Kanté du Sosso. Soundjata, lui, bat Soumaoro et fonde la puissance du Mali.
d) Vrai : le peuple ne pouvait garder que la poudre d'or.
3Exercice 3
(Chronologie) Range dans l'ordre et associe chaque événement à sa date ou à son siècle : prise de la capitale par Soumaoro Kanté ; texte d'al-Bakri ; prise d'Aoudaghost par les Almoravides ; première mention du « pays de l'or » par al-Fazari.
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Première mention par al-Fazari (fin du VIIIe siècle) ; prise d'Aoudaghost par les Almoravides (1054) ; texte d'al-Bakri (1068) ; prise de la capitale par Soumaoro Kanté (début du XIIIe siècle, vers 1203 selon les traditions).
4Exercice 4
(Analyse de document) Lis ce résumé d'un passage d'al-Bakri (1068) :
« Le roi prélève un dinar d'or sur chaque âne chargé de sel qui entre dans le pays, et deux dinars sur chaque âne qui en sort. Les pépites d'or trouvées dans les mines du pays lui appartiennent ; le peuple ne garde que la poudre d'or. »
a) Présente l'auteur et la nature de ce document.
b) Relève les deux sources de revenus du roi.
c) Pourquoi le roi se réserve-t-il les pépites ?
d) Que nous apprend ce document sur la puissance du Ghana ?
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a) Il s'agit d'une source écrite, extraite d'une description géographique rédigée en arabe en 1068 par al-Bakri, savant de Cordoue. C'est un témoignage indirect : l'auteur rapporte ce que lui ont raconté des marchands.
b) Les taxes sur le commerce du sel (à l'entrée et à la sortie) et la propriété des pépites d'or.
c) En gardant les pépites, le roi contrôle la quantité d'or mise en circulation : l'or reste rare, donc cher, et le roi garde un trésor considérable.
d) Le document montre que le Ghana est un État organisé, capable de lever des impôts réguliers sur le commerce, et que son roi est très riche. La puissance du Ghana repose donc sur le contrôle du commerce transsaharien.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, explique « la grandeur et la chute de l'empire du Ghana ». Plan conseillé : introduction ; 1. un empire bien organisé ; 2. un empire enrichi par le commerce ; 3. les causes du déclin ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Entre le Xe et le XIe siècle, le Sahel ouest-africain est dominé par l'empire soninké du Ghana, ou Wagadou. Comment cet empire est-il devenu puissant, et pourquoi a-t-il décliné ?
D'abord, le Ghana est un empire bien organisé. Son roi, appelé ghana ou Kaya Maghan, est à la fois chef de guerre, juge et personnage sacré. Il gouverne directement le Wagadou et impose un tribut à des royaumes vassaux. La succession se fait par le fils de la sœur du roi.
Ensuite, l'empire s'enrichit grâce au commerce transsaharien. Situé entre le désert et les pays de l'or (Bambouk, Bouré), il échange l'or du sud contre le sel du nord. Le roi taxe le sel et se réserve les pépites. Sa capitale, Koumbi Saleh, décrite par al-Bakri en 1068, accueille une ville entière de marchands musulmans.
Enfin, à partir du XIe siècle, l'empire décline : les Almoravides prennent Aoudaghost (1054) puis exercent une forte pression sur la capitale ; les vassaux se révoltent, le climat devient plus sec et les routes se déplacent vers l'est. Au début du XIIIe siècle, Soumaoro Kanté du Sosso s'empare de la capitale.
Ainsi, le Ghana a dû sa grandeur au contrôle de l'or et du sel, et sa chute à la perte de ce contrôle. Le Mali de Soundjata prendra sa succession.
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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