Leçon 10 sur 11
La conférence de Berlin (1884-1885)
Je sais expliquer pourquoi la conférence de Berlin a été réunie, ce qu'elle a réellement décidé et comment elle a accéléré le partage de l'Afrique et le tracé de frontières comme celles de la Guinée.
- 50 min
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Présenter le contexte des rivalités européennes en Afrique vers 1880
- Identifier les participants et les grandes décisions de l'Acte général de Berlin
- Distinguer ce que la conférence a décidé et ce qu'elle n'a pas décidé
- Analyser les conséquences de la conférence pour l'Afrique et la Guinée
Avant de commencer : La leçon « L'impérialisme et les résistances à la pénétration et à l'occupation coloniales en Afrique ».
1Je découvre
Mariama, élève de 12e à Guéckédou, habite tout près de la frontière. Au marché hebdomadaire, elle entend parler kissi, malinké et d'autres langues ; des commerçants viennent de Sierra Leone et du Libéria voisins. Sa grand-mère lui raconte que certaines familles kissi ont des parents de l'autre côté de la frontière : « Nous sommes un même peuple, mais une ligne tracée par d'autres nous a séparés. »
Mariama se demande qui a tracé ces frontières. Dans son manuel, elle lit une phrase souvent répétée : « L'Afrique a été partagée à la conférence de Berlin. » Son professeur la corrige : « C'est à moitié vrai. À Berlin, les Européens n'ont pas dessiné les frontières de l'Afrique. Ils ont fixé les règles du jeu du partage. Les frontières, elles, ont été tracées ensuite, par des traités entre puissances. » Aucun Africain n'était présent.
Pourquoi la conférence de Berlin a-t-elle été réunie, qu'a-t-elle décidé et quelles en sont les conséquences pour l'Afrique ?
2Je comprends
1. Le contexte : des rivalités de plus en plus vives
Vers 1880, les puissances européennes s'intéressent de plus en plus à l'intérieur de l'Afrique, et leurs ambitions se heurtent.
- Dans le bassin du Congo, le roi des Belges Léopold II agit à titre personnel : il a fondé une association privée et financé l'explorateur Henry Morton Stanley, qui signe de nombreux traités avec des chefs locaux. En même temps, le Français Pierre Savorgnan de Brazza obtient du roi Makoko un traité (1880) qui place la rive nord du fleuve sous l'autorité française.
- Le Portugal revendique l'embouchure du Congo au nom de sa présence ancienne ; en 1884, il signe un traité avec le Royaume-Uni, contesté par les autres puissances.
- Le Royaume-Uni occupe l'Égypte depuis 1882, ce qui irrite la France.
- L'Allemagne, jusque-là absente, proclame en 1884 des protectorats au Togo, au Cameroun et dans le Sud-Ouest africain.
Les risques de conflit armé entre Européens augmentent. Le chancelier allemand Otto von Bismarck, en accord avec la France, propose une conférence internationale pour éviter la guerre et régler les questions africaines.
2. La conférence : dates et participants
La conférence se réunit à Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, sous la présidence de Bismarck.
Quatorze États y participent : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède-Norvège et Empire ottoman.
Aucun État africain n'est invité. Les peuples africains, dont on dispose des terres, ne sont ni consultés ni représentés : c'est l'un des aspects les plus choquants de la conférence.
3. Les décisions : l'Acte général de Berlin
La conférence se termine par la signature de l'Acte général de Berlin (26 février 1885). Ses principales décisions :
a) La liberté du commerce dans le bassin du Congo. Tous les pays peuvent commercer librement dans une vaste zone autour du fleuve Congo, sans droits de douane discriminatoires.
b) La liberté de navigation sur le Congo et le Niger. Les navires de toutes les nations peuvent circuler sur ces deux grands fleuves. Pour le Niger, dont la partie inférieure est contrôlée par des compagnies britanniques, c'est surtout le Royaume-Uni qui en assure l'application.
c) La lutte contre la traite des esclaves, que les signataires s'engagent à combattre, argument humanitaire utilisé pour justifier leur présence.
d) Les règles pour les nouvelles occupations sur les côtes africaines. C'est la décision la plus lourde de conséquences. Une puissance qui prend possession d'un territoire sur les côtes africaines doit :
- notifier (annoncer officiellement) cette prise de possession aux autres signataires ;
- assurer une occupation effective, c'est-à-dire établir une autorité capable de faire respecter l'ordre et la liberté du commerce.
Autrement dit, il ne suffit plus de planter un drapeau ou d'avoir des droits anciens : il faut occuper réellement le terrain.
e) La reconnaissance de l'État indépendant du Congo. Pendant la conférence, les puissances reconnaissent l'association de Léopold II comme un État. En 1885, naît l'État indépendant du Congo, propriété personnelle du roi des Belges, et non de la Belgique.
- 1Rivalités au Congo, en Égypte et sur les côtes (vers 1880-1884)
- 2Bismarck réunit 14 États à Berlin (15 novembre 1884)
- 3Acte général (26 février 1885) : liberté du commerce et de la navigation, notification et occupation effective
- 4Course à l'occupation de l'intérieur et traités de frontières (1885-1900)
- 5En 1914, presque toute l'Afrique est colonisée
4. Ce que la conférence n'a pas fait
Il faut corriger une idée reçue : la conférence de Berlin n'a pas découpé la carte de l'Afrique. Elle n'a pas attribué chaque territoire à une puissance, sauf de fait pour le Congo de Léopold II. Elle a fixé des règles pour que le partage se fasse sans guerre entre Européens.
Mais en imposant la règle de l'occupation effective, elle pousse chaque puissance à se dépêcher d'occuper l'intérieur avant les autres. Elle a donc accéléré le partage, qu'on appelle en anglais le Scramble for Africa, la « ruée vers l'Afrique ».
5. Les conséquences
a) La course à l'occupation. Après 1885, les puissances multiplient les expéditions militaires et les traités avec les chefs africains pour prouver leur « occupation effective ». En une trentaine d'années, presque tout le continent est conquis. En 1914, seuls l'Éthiopie et le Libéria restent indépendants.
b) Le tracé des frontières par des accords entre Européens. Les frontières sont fixées par des conventions bilatérales, souvent en traçant des lignes droites sur des cartes imprécises, suivant des méridiens, des parallèles ou des cours d'eau. Elles coupent souvent des peuples (Kissi, Peuls, Malinkés, Soussous…) entre plusieurs colonies.
En Guinée, les frontières actuelles résultent de plusieurs accords :
| Frontière | Accords principaux |
|---|---|
| avec la Guinée portugaise (Guinée-Bissau) | convention franco-portugaise de 1886 |
| avec la Sierra Leone | accords franco-britanniques de 1889 et 1895 |
| avec le Libéria | accord franco-libérien de 1892, puis précisions ultérieures |
| avec le Sénégal, le Soudan français (Mali) et la Côte d'Ivoire | limites administratives internes à l'Afrique-Occidentale française |
c) Des tensions entre puissances. Les règles n'empêchent pas les crises : en 1898, à Fachoda, sur le Nil, une colonne française et une armée britannique se font face ; la France finit par se retirer.
d) Des souffrances pour les Africains. Dans l'État indépendant du Congo, l'exploitation du caoutchouc par le travail forcé provoque de terribles violences ; sous la pression internationale, le Congo est transféré à l'État belge en 1908.
e) Un héritage durable. À l'indépendance, les États africains ont hérité de ces frontières. En 1964, au Caire, l'Organisation de l'unité africaine a décidé de les respecter (principe d'intangibilité des frontières héritées de la colonisation) pour éviter des guerres entre États africains.
- Liberté du commerce dans le bassin du Congo
- Liberté de navigation sur le Congo et le Niger
- Notification et occupation effective des côtes
- Reconnaissance de l'État de Léopold II
- Un découpage complet de la carte de l'Afrique
- L'avis des peuples africains
- Le tracé précis des frontières
- La fin des rivalités entre puissances
Exemple
Question : « Explique la règle de l'occupation effective et ses conséquences. »
Réponse rédigée : L'Acte général de Berlin (26 février 1885) prévoit qu'une puissance qui s'empare d'un territoire sur les côtes africaines doit le notifier aux autres signataires et y établir une autorité réelle, capable de maintenir l'ordre et de protéger le commerce : c'est l'occupation effective. Conséquence : les puissances ne peuvent plus se contenter de revendications sur le papier. Elles se lancent dans une course pour occuper l'intérieur du continent, multiplient les expéditions militaires et les traités avec les chefs locaux. La règle a donc accéléré la conquête coloniale et le partage de l'Afrique.
Exemple
Question : « Pourquoi dit-on que la conférence de Berlin s'est tenue "sans l'Afrique" ? »
Réponse : La conférence réunit du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 quatorze États, européens pour la plupart, auxquels s'ajoutent les États-Unis et l'Empire ottoman. Aucun souverain ni représentant africain n'y est invité, alors que les décisions concernent directement les terres et les peuples d'Afrique. Les Africains n'ont donc eu aucun moyen de défendre leurs droits : leur continent est traité comme un espace à se partager.
Méthode
Pour étudier une conférence ou un traité international :
- Je présente le contexte : quelles rivalités ou quel problème expliquent la réunion ?
- Je précise les dates, le lieu, l'organisateur et les participants (et les absents).
- J'expose les décisions principales, en citant le texte final.
- Je distingue ce qui a été décidé et ce qui ne l'a pas été.
- J'analyse les conséquences immédiates et à long terme.
3Je retiens
Je retiens
Conférence de Berlin : du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, réunie par Bismarck ; 14 États présents, aucun État africain.
Contexte : rivalités au Congo (Léopold II et Stanley, Brazza), en Égypte, entrée de l'Allemagne dans la course coloniale (1884).
Acte général : liberté du commerce dans le bassin du Congo, liberté de navigation sur le Congo et le Niger, lutte contre la traite, règle de la notification et de l'occupation effective des côtes.
Création de l'État indépendant du Congo, propriété personnelle de Léopold II (transféré à la Belgique en 1908).
La conférence fixe les règles du partage mais ne trace pas les frontières ; elle accélère la « ruée vers l'Afrique ».
Frontières guinéennes : conventions avec le Portugal (1886), le Royaume-Uni (1889, 1895), le Libéria (1892).
Héritage : frontières coupant des peuples ; l'OUA décide en 1964 de les respecter.
4Erreurs fréquentes
- Écrire que les puissances européennes ont dessiné toutes les frontières africaines à Berlin : elles y ont fixé des règles ; les frontières ont été tracées par des accords ultérieurs.
- Croire que des Africains ont participé à la conférence : aucun État africain n'était représenté.
- Dire que le Congo de 1885 appartient à la Belgique : il est la propriété personnelle du roi Léopold II jusqu'en 1908.
- Confondre la conférence de Berlin (1884-1885) avec l'unification allemande (1871) ou avec le congrès de Berlin de 1878, qui concernait les Balkans.
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Qui a convoqué la conférence de Berlin et quelles en sont les dates ?
b) Combien d'États y participent ? Pourquoi l'absence de l'Afrique est-elle importante ?
c) Qu'est-ce que l'Acte général de Berlin ?
d) Qu'est-ce que l'État indépendant du Congo ?
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a) Le chancelier allemand Otto von Bismarck, en accord avec la France ; la conférence dure du 15 novembre 1884 au 26 février 1885.
b) Quatorze États. Aucun État africain n'est présent : les Africains ne peuvent pas défendre leurs droits alors que les décisions portent sur leurs terres.
c) C'est le texte final signé le 26 février 1885 par les participants ; il fixe les règles de la liberté du commerce et de la navigation, de la lutte contre la traite et de l'occupation des côtes africaines.
d) C'est l'État créé en 1885 dans le bassin du Congo, propriété personnelle du roi des Belges Léopold II ; il devient une colonie de la Belgique en 1908.
2Exercice 2
(Vrai ou faux, justifie)
a) La conférence de Berlin a fixé la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone.
b) L'Acte général prévoit la liberté de navigation sur le Niger.
c) Après la conférence, il suffit de planter un drapeau sur une côte pour la posséder.
d) En 1914, le Libéria est encore indépendant.
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a) Faux : la frontière avec la Sierra Leone a été fixée par des accords franco-britanniques ultérieurs, en 1889 et 1895.
b) Vrai : l'Acte prévoit la liberté de navigation sur le Congo et sur le Niger.
c) Faux : il faut notifier la prise de possession et assurer une occupation effective, avec une autorité réelle.
d) Vrai : en 1914, seuls l'Éthiopie et le Libéria sont encore indépendants en Afrique.
3Exercice 3
(Causes et conséquences) Recopie et complète le tableau :
| Causes de la conférence | Décisions | Conséquences |
|---|---|---|
| … | … | … |
(Mets au moins deux éléments dans chaque colonne.)
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| Causes de la conférence | Décisions | Conséquences |
|---|---|---|
| rivalités au Congo (Léopold II, Brazza, Portugal) ; entrée de l'Allemagne dans la course coloniale ; tensions franco-britanniques (Égypte) ; risque de guerre entre Européens | liberté du commerce dans le bassin du Congo ; liberté de navigation sur le Congo et le Niger ; notification et occupation effective ; reconnaissance de l'État de Léopold II | course à l'occupation de l'intérieur ; frontières tracées par des accords entre Européens ; peuples séparés ; crise de Fachoda (1898) ; Afrique presque entièrement colonisée en 1914 |
4Exercice 4
(Analyse d'un document) Voici le sens des articles 34 et 35 de l'Acte général de Berlin, résumé pour la leçon : « La puissance qui prendra possession d'un territoire sur les côtes du continent africain devra le notifier aux autres puissances signataires. Elle s'engage à assurer, dans les territoires occupés par elle, l'existence d'une autorité suffisante pour faire respecter les droits acquis et, le cas échéant, la liberté du commerce. »
a) Présente le document (nature, date, auteurs).
b) Quelles sont les deux obligations imposées aux puissances ?
c) Explique pourquoi ces règles ont accéléré la conquête de l'intérieur de l'Afrique.
d) Qui n'est jamais mentionné dans ce texte ? Qu'en penses-tu ?
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a) Il s'agit d'articles de l'Acte général de Berlin, texte diplomatique signé le 26 février 1885 par les quatorze États participants à la conférence réunie par Bismarck.
b) Notifier la prise de possession aux autres puissances signataires ; assurer une autorité suffisante dans le territoire occupé (occupation effective).
c) Pour que leurs droits soient reconnus, les puissances doivent occuper réellement les territoires. Chacune se hâte donc d'envoyer des expéditions, de construire des postes et de signer des traités avec les chefs africains avant ses rivales. Même si le texte parle des côtes, la course s'étend rapidement vers l'intérieur : c'est la ruée vers l'Afrique.
d) Les Africains ne sont jamais mentionnés : leurs terres sont traitées comme si elles n'appartenaient à personne. Le texte montre que les puissances européennes décident entre elles, sans tenir compte des peuples concernés.
5Exercice 5
(Rédaction guidée) En une quinzaine de lignes, présente la conférence de Berlin et montre qu'elle a accéléré le partage de l'Afrique. Plan : introduction ; 1. le contexte ; 2. les décisions ; 3. les conséquences, notamment pour la Guinée ; conclusion.
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Exemple de rédaction :
Du 15 novembre 1884 au 26 février 1885, quatorze États se réunissent à Berlin, à l'initiative de Bismarck, pour régler les questions africaines.
Cette conférence naît des rivalités entre puissances. Dans le bassin du Congo, le roi Léopold II, la France de Brazza et le Portugal s'opposent ; l'Allemagne se lance dans la colonisation en 1884 ; la France et le Royaume-Uni s'affrontent en Égypte. Pour éviter une guerre, Bismarck propose des règles communes.
L'Acte général de Berlin établit la liberté du commerce dans le bassin du Congo, la liberté de navigation sur le Congo et le Niger et la lutte contre la traite. Surtout, il impose la notification et l'occupation effective pour toute nouvelle prise de possession sur les côtes. L'État indépendant du Congo de Léopold II est reconnu. Aucun Africain n'est consulté.
La conférence ne trace pas les frontières, mais elle accélère la conquête : chaque puissance se hâte d'occuper l'intérieur. Les frontières sont fixées ensuite par des accords entre Européens ; celles de la Guinée résultent de conventions avec le Portugal (1886), le Royaume-Uni (1889, 1895) et le Libéria (1892). Elles séparent des peuples comme les Kissi.
Ainsi, la conférence de Berlin a organisé et accéléré le partage de l'Afrique, dont les frontières restent l'héritage.
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6Je vérifie
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