Leçon 54 sur 68
La danse des corporations
Je sais lire et expliquer le récit d'une fête où chaque corps de métier danse à son tour, employer le vocabulaire des métiers et expliquer le présent de narration et l'organisation d'un défilé.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Comprendre ce qu'est une corporation et nommer les métiers traditionnels et leurs outils
- Repérer l'organisation d'un texte en défilé (succession de groupes) et le présent de narration
- Former des noms de métiers avec les suffixes -eur, -ier, -ien, -iste
- Décrire une fête ou un défilé de façon organisée et vivante
Avant de commencer : Les suffixes nominaux ; le présent de l'indicatif ; les connecteurs d'ordre ; lecture expliquée « Le jeu de la lutte chez les Diolas »
1Je découvre
Le 2 octobre, jour de la fête de l'indépendance, Sékou regarde le défilé avec son père à Kankan. Il y a les élèves des écoles, bien sûr, mais aussi des groupes qu'il n'attendait pas : les tailleurs portent de grands ciseaux décorés, les menuisiers brandissent des rabots, les commerçantes du marché avancent en chantant, des chasseurs en tenue traditionnelle tirent des coups de fusil à poudre vers le ciel.
Chaque groupe a sa tenue, sa musique, ses gestes. Les pêcheurs font semblant de lancer un filet ; les femmes qui teignent les tissus agitent des pagnes aux couleurs vives. La foule reconnaît chaque métier rien qu'en regardant les danseurs.
Sékou demande : « Papa, pourquoi chaque métier danse-t-il séparément ? » Son père répond : « Parce que chacun est fier de son travail. Et parce que tous ensemble, ils font vivre la ville. »
Qu'est-ce qu'une corporation, et comment un écrivain peut-il raconter une fête où tous les métiers dansent tour à tour ? C'est ce que nous allons découvrir.
2Je comprends
1. Le vocabulaire des métiers
Une corporation est un groupe de personnes qui exercent le même métier et qui s'organisent ensemble : elles se transmettent le savoir-faire, s'entraident et défendent leurs intérêts. On parle aussi de corps de métier. Dans les sociétés traditionnelles d'Afrique de l'Ouest, les forgerons, les tisserands, les cordonniers, les potières, les pêcheurs ou les chasseurs forment souvent de tels groupes, avec leurs secrets, leurs chants et leurs danses.
| Métier | Ce qu'il fait | Outils ou matériaux |
|---|---|---|
| le forgeron | travaille le fer | l'enclume, le marteau, le soufflet, la forge |
| le tisserand | fabrique des tissus | le métier à tisser, le fil de coton |
| la potière | fabrique des pots en terre | l'argile, le four |
| le cordonnier | travaille le cuir, fait des chaussures | le cuir, l'alêne, le fil |
| le pêcheur | attrape les poissons | le filet, la pirogue, la nasse |
| le chasseur | chasse le gibier | le fusil, l'arc, la gibecière |
| la teinturière | colore les tissus | l'indigo, les bassines de teinture |
| le griot | musicien, conteur, gardien de la mémoire | la kora, le balafon, la parole |
Former des noms de métiers avec des suffixes. Beaucoup de noms de métiers sont formés à partir d'un nom ou d'un verbe auquel on ajoute un suffixe :
| Suffixe | Exemples |
|---|---|
| -eur / -euse | pêcher → pêcheur, pêcheuse ; chasser → chasseur ; vendre → vendeur, vendeuse |
| -ier / -ière | pot → potier, potière ; jardin → jardinier ; serrure → serrurier |
| -ien / -ienne | musique → musicien ; électricité → électricien ; mécanique → mécanicien |
| -iste | dent → dentiste ; journal → journaliste ; fleur → fleuriste |
| -on | forge → forgeron |
En Guinée, les musiques de fête sont liées à des instruments célèbres : le djembé, la kora, le balafon. L'espace culturel du Sosso-Bala, un très ancien balafon conservé à Niagassola, en Haute-Guinée, a été reconnu par l'UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
2. Le texte
Texte écrit pour cette leçon.
> La fête des métiers
>
> [1] Ce soir, toute la ville est sur la grande place. Les tam-tams grondent, le balafon égrène ses notes claires, et la foule forme un immense cercle autour de l'espace de danse. C'est la fête des métiers : chaque corporation va danser à son tour.
>
> [2] Les premiers à entrer sont les forgerons. Torse couvert d'un tablier de cuir, ils avancent en frappant de petites enclumes avec leurs marteaux. Tin ! tin ! tin ! Le métal sonne comme une cloche. Leurs pas sont lourds et puissants : on croirait voir le fer plier sous leurs coups.
>
> [3] Viennent ensuite les tisserands. Ils dansent lentement, les bras tendus, et leurs mains vont et viennent comme la navette sur le métier à tisser. Derrière eux, les teinturières font tournoyer de longs pagnes bleu indigo qui flottent dans l'air comme des vagues.
>
> [4] Puis c'est le tour des pêcheurs. Pieds nus, ils miment le geste de lancer le filet, se penchent, tirent ensemble sur une corde invisible. La foule rit et applaudit : on dirait qu'ils ont pris un poisson énorme !
>
> [5] Enfin arrivent les chasseurs, dans leurs tenues couvertes de petits miroirs et d'amulettes. Le silence se fait. Ils avancent à pas de félin, l'œil aux aguets, puis, d'un seul coup, lèvent leurs fusils et tirent vers le ciel. Une fumée blanche enveloppe la place. Les enfants se bouchent les oreilles en riant.
>
> [6] Au milieu de la nuit, toutes les corporations se mêlent pour une dernière danse. Forgerons, tisserands, pêcheurs et chasseurs tournent ensemble autour du feu. Chacun a montré la fierté de son métier ; maintenant, tous célèbrent la ville qu'ils font vivre ensemble.
3. L'idée générale et le plan
Idée générale : le narrateur décrit une fête où les corporations dansent l'une après l'autre en imitant les gestes de leur métier, puis se réunissent pour une danse commune qui célèbre l'unité de la ville.
- 1§1 L'ouverture de la fête : musique et foule
- 2§2 Les forgerons : force et bruit du métal
- 3§3 Les tisserands et les teinturières : lenteur et couleurs
- 4§4 Les pêcheurs : le mime du filet, la gaieté
- 5§5 Les chasseurs : le mystère et les coups de fusil
- 6§6 La danse finale de toutes les corporations réunies
4. L'étude détaillée
Une organisation en défilé. Le texte présente les groupes l'un après l'autre, comme dans un défilé. Des connecteurs d'ordre marquent chaque entrée : « Les premiers » (§2), « Viennent ensuite » (§3), « Puis » (§4), « Enfin » (§5). Le dernier paragraphe réunit tout le monde : le texte passe de la diversité à l'unité.
Le présent de narration. Tout le texte est au présent : « toute la ville est », « Les tam-tams grondent », « ils avancent », « ils miment ». Ce présent de narration rend le récit vivant : le lecteur a l'impression d'être dans la foule, au moment même où la fête se déroule.
Le mime des gestes du métier. Chaque corporation danse en imitant son travail :
- les forgerons « frappant de petites enclumes avec leurs marteaux » ;
- les tisserands, dont les mains « vont et viennent comme la navette » (la navette est la pièce qui porte le fil d'un côté à l'autre du métier à tisser) ;
- les pêcheurs qui « miment le geste de lancer le filet » ;
- les chasseurs qui avancent « à pas de félin, l'œil aux aguets ».
La danse devient un langage : on reconnaît le métier sans qu'un seul mot soit prononcé.
Un caractère pour chaque groupe. L'auteur donne à chaque corporation une atmosphère différente :
| Corporation | Mots-clés | Atmosphère |
|---|---|---|
| forgerons | « lourds et puissants », « Tin ! tin ! tin ! » | la force |
| tisserands, teinturières | « lentement », « flottent comme des vagues » | la douceur, la beauté |
| pêcheurs | « La foule rit », « un poisson énorme » | la gaieté |
| chasseurs | « Le silence se fait », « aux aguets », « fumée blanche » | le mystère, le frisson |
Les sensations et les images.
- L'ouïe : les tam-tams « grondent », le balafon « égrène ses notes claires », l'onomatopée « Tin ! tin ! tin ! », les coups de fusil.
- La vue : les pagnes « bleu indigo », les « petits miroirs », la « fumée blanche ».
- Comparaisons : « Le métal sonne comme une cloche » ; les pagnes flottent « comme des vagues ».
- Hyperbole amusante : « on dirait qu'ils ont pris un poisson énorme ! ».
La fin : le sens de la fête. Le dernier paragraphe réunit les métiers dans une énumération (« Forgerons, tisserands, pêcheurs et chasseurs ») puis dans une phrase en deux temps, séparée par un point-virgule : « Chacun a montré la fierté de son métier ; maintenant, tous célèbrent la ville ». L'opposition « chacun / tous » résume le texte : chaque métier est fier de lui-même, mais tous ont besoin les uns des autres.
Exemple
Question : Montre que le texte est organisé comme un défilé.
Réponse rédigée : Le texte présente les corporations l'une après l'autre, un groupe par paragraphe. Des connecteurs d'ordre marquent chaque entrée : « Les premiers » pour les forgerons, « Viennent ensuite » pour les tisserands, « Puis » pour les pêcheurs et « Enfin » pour les chasseurs. Le dernier paragraphe réunit tous les groupes dans une danse commune, comme la fin d'un défilé.
Exemple
Question : Comment la danse des forgerons fait-elle penser à leur métier ?
Réponse rédigée : Les forgerons dansent en frappant « de petites enclumes avec leurs marteaux », les outils de leur métier. L'onomatopée « Tin ! tin ! tin ! » et la comparaison « Le métal sonne comme une cloche » font entendre le bruit de la forge. Leurs pas « lourds et puissants » rappellent la force nécessaire pour battre le fer. Leur danse imite donc leur travail.
Méthode
Pour décrire une fête ou un défilé :
- Je présente le lieu, la foule et la musique en une ou deux phrases.
- Je fais entrer les groupes un par un, avec des connecteurs d'ordre (d'abord, ensuite, puis, enfin).
- Pour chaque groupe : la tenue, les gestes, le bruit, et l'impression produite.
- Je donne à chaque groupe une atmosphère différente pour éviter la répétition.
- J'emploie le présent de narration pour rendre la scène vivante.
- Je termine par un moment commun et par le sens de la fête.
Conclusion de l'explication. Ce texte fait défiler sous nos yeux les corporations d'une ville africaine. Grâce aux connecteurs d'ordre, au présent de narration, au mime des gestes de chaque métier et aux sensations variées, il transforme la danse en tableau vivant du travail. La danse finale montre que la fierté de chaque métier se fond dans une fierté commune : celle d'une communauté unie.
3Je retiens
Je retiens
Une corporation (ou corps de métier) est un groupe de personnes qui exercent le même métier et s'entraident.
Métiers traditionnels : forgeron, tisserand, potière, cordonnier, pêcheur, chasseur, teinturière, griot.
Suffixes de noms de métiers : -eur, -ier, -ien, -iste, -on (pêcheur, potier, musicien, dentiste, forgeron).
Présent de narration : présent employé pour raconter des faits passés ou actuels de façon vivante.
Organisation en défilé : un groupe après l'autre, avec des connecteurs d'ordre (d'abord, ensuite, puis, enfin).
Mime : imitation de gestes sans paroles.
4Erreurs fréquentes
- Confondre « corporation » et « entreprise » : une corporation regroupe tous ceux qui exercent un même métier, pas une seule société.
- Répéter « et puis… et puis… » pour décrire un défilé : varie les connecteurs (d'abord, ensuite, viennent alors, enfin).
- Mélanger présent et passé simple sans raison : si tu racontes au présent de narration, garde le présent.
- Écrire « forgeur » ou « tisseur » : les formes courantes sont « forgeron » et « tisserand ».
5Je m’exerce
1Exercice 1
Vocabulaire. Donne le nom du métier.
a) Il fabrique des meubles en bois.
b) Elle fabrique des pots en argile.
c) Il travaille le fer à la forge.
d) Il répare les moteurs.
e) Il joue de la musique.
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a) le menuisier ; b) la potière ; c) le forgeron ; d) le mécanicien ; e) le musicien.
2Exercice 2
Relie chaque métier à son outil : forgeron, pêcheur, tisserand, cordonnier.
Outils : métier à tisser, enclume, alêne, filet.
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Forgeron → enclume ; pêcheur → filet ; tisserand → métier à tisser ; cordonnier → alêne.
3Exercice 3
Compréhension.
a) Dans quel ordre les corporations entrent-elles sur la place ?
b) Comment les pêcheurs dansent-ils ?
c) Pourquoi les enfants se bouchent-ils les oreilles ?
d) Que se passe-t-il au milieu de la nuit ?
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a) Les forgerons entrent les premiers, puis les tisserands (suivis des teinturières), puis les pêcheurs, et enfin les chasseurs.
b) Ils dansent pieds nus en mimant « le geste de lancer le filet » ; ils se penchent et tirent ensemble « sur une corde invisible ».
c) Parce que les chasseurs tirent des coups de fusil vers le ciel, ce qui fait un grand bruit.
d) Toutes les corporations se mêlent pour une dernière danse autour du feu.
4Exercice 4
Étude du texte.
a) Relève deux comparaisons et explique l'une d'elles.
b) Relève une onomatopée. Que fait-elle entendre ?
c) Explique l'opposition « Chacun… ; maintenant, tous… » de la dernière phrase.
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a) « Le métal sonne comme une cloche » ; les pagnes « flottent dans l'air comme des vagues » ; les mains des tisserands « vont et viennent comme la navette ». Explication (exemple) : en comparant les pagnes aux vagues, l'auteur montre leur mouvement souple et ondulant, et leur couleur bleue rappelle celle de la mer. L'image rend la danse des teinturières douce et belle.
b) « Tin ! tin ! tin ! ». Elle imite le bruit des marteaux qui frappent les enclumes, c'est-à-dire le son de la forge.
c) « Chacun » désigne chaque corporation prise à part, « tous » désigne les corporations réunies. Pendant la fête, chaque métier a d'abord montré sa fierté ; à la fin, tous dansent ensemble pour célébrer leur ville. L'opposition montre que la diversité des métiers fait l'unité de la communauté.
5Exercice 5
Réécris ce passage au présent de narration.
« Les chasseurs entrèrent. Ils levèrent leurs fusils et tirèrent vers le ciel. La foule applaudit. »
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« Les chasseurs entrent. Ils lèvent leurs fusils et tirent vers le ciel. La foule applaudit. »
6Exercice 6
(Expression écrite) En dix lignes, décris un défilé ou une fête de ton école ou de ta ville (2 octobre, fête de fin d'année, mariage…). Fais entrer au moins trois groupes avec des connecteurs d'ordre, au présent de narration, et donne à chaque groupe une atmosphère différente.
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Exemple de réponse :
« Le 2 octobre, toute la ville de Mamou se presse le long de la grande avenue. Les tambours résonnent. D'abord arrivent les plus petits élèves du primaire, qui marchent en agitant de petits drapeaux rouge, jaune et vert ; la foule les applaudit tendrement. Ensuite viennent les élèves du collège, en rangs serrés, au pas, fiers et sérieux. Puis c'est le tour des sapeurs-pompiers : leur camion rouge fait hurler sa sirène, et les enfants crient de joie. Enfin défilent les femmes des groupements de producteurs, qui chantent et dansent en portant des paniers de légumes. Toute la ville célèbre ensemble la fête nationale. »
Vérification : présent de narration ; connecteurs « D'abord, Ensuite, Puis, Enfin » ; atmosphères différentes (tendresse, sérieux, joie bruyante, fête).
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
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