Leçon 42 sur 51
La vie en société (texte 2)
Je sais expliquer un texte sur le vivre-ensemble et la tolérance entre personnes d'origines différentes, en dégageant son idée générale, ses mouvements et ses procédés.
- 50 min
- 6 exercices corrigés
- 1 schéma
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Maîtriser le vocabulaire du vivre-ensemble (tolérance, diversité, cohabitation, préjugé, fraternité)
- Expliquer un texte qui oppose deux attitudes (le préjugé et l'ouverture)
- Étudier la subordonnée de comparaison et l'antithèse dans un texte
- Rédiger un paragraphe argumenté sur la tolérance
Avant de commencer : La démarche de la lecture expliquée ; la subordonnée de comparaison ; l'antithèse
1Je découvre
Dans une cour commune de Nzérékoré, cinq familles vivent autour du même puits. Chez les Kourouma, on parle maninka ; chez les Diallo, pular ; chez les Camara, soussou ; chez les Loua, kpèlè ; chez les Haba, on mélange un peu toutes les langues. Le matin, les femmes se saluent chacune dans sa langue, puis passent au français ou à la langue du voisin. Le vendredi, certains vont à la mosquée ; le dimanche, d'autres vont à l'église. Quand un enfant naît dans une famille, toute la cour vient féliciter.
Un jour, Ousmane, un nouveau venu, dit à Kadiatou : « Comment faites-vous pour vivre ensemble, alors que vous êtes tous différents ? » Kadiatou le regarde, surprise : « Mais c'est justement pour cela que la cour est vivante ! »
Comment des personnes de langues, de coutumes et de religions différentes peuvent-elles vivre ensemble en paix, et comment un texte peut-il le montrer ?
2Je comprends
1. Le vivre-ensemble : notions et vocabulaire
La Guinée compte de nombreux groupes ethniques et langues. Parmi les langues les plus parlées, on cite souvent le pular, le maninka et le soussou, mais il en existe bien d'autres, notamment en Guinée forestière (kpèlè, toma, kissi…). Les Guinéens pratiquent aussi différentes religions. Dans les villes, et de plus en plus dans les villages, des personnes de toutes origines vivent côte à côte. Le vivre-ensemble, c'est la capacité de partager un même espace en paix, dans le respect de chacun.
| Mot | Sens |
|---|---|
| la diversité | la variété, le fait d'être différents |
| la cohabitation | le fait de vivre ensemble, au même endroit |
| la tolérance | le fait d'accepter et de respecter les idées, les coutumes et les croyances des autres |
| l'intolérance | le refus d'accepter ceux qui sont différents |
| un préjugé | une opinion toute faite, souvent fausse, qu'on a avant de connaître |
| la discrimination | le fait de traiter quelqu'un moins bien à cause de son origine, de sa religion, de son sexe… |
| la fraternité | le lien d'affection et de solidarité entre des personnes, comme entre frères |
| la concorde | l'entente, la paix entre les personnes |
| la parenté à plaisanterie | une tradition d'Afrique de l'Ouest qui permet à certains groupes ou familles de se taquiner sans se fâcher, pour préserver la paix |
La parenté à plaisanterie existe en Guinée comme dans d'autres pays de la région : des familles ou des groupes « alliés » se lancent des moqueries amicales, et personne n'a le droit de s'en offenser. C'est une manière traditionnelle d'apaiser les tensions et de rappeler que tous sont liés.
2. Le texte à expliquer
Texte (écrit pour Kharandi) : « Le puits de la cour »
> (1) Quand la famille de Lansana s'installa dans la cour, certains voisins la regardèrent de travers. (2) « Ils ne sont pas d'ici, murmurait-on ; ils n'ont pas nos habitudes. » (3) Pendant des semaines, on se salua du bout des lèvres, et chacun puisait l'eau à son heure, pour ne pas croiser l'autre. (4) Puis vint la saison sèche. (5) Le puits baissa, l'eau devint rare et trouble. (6) Un matin, la corde se rompit et le seau disparut au fond. (7) Il fallait descendre le chercher : aucun homme de la cour n'osait s'y risquer. (8) Lansana, qui avait creusé des puits dans son village, attacha une corde à sa ceinture et descendit dans l'obscurité, tandis que les voisins retenaient leur souffle. (9) Il remonta le seau, et avec lui un conseil : il fallait creuser plus profond, tous ensemble. (10) Le dimanche suivant, les hommes de toutes les familles creusaient côte à côte, pendant que les femmes préparaient un grand repas commun. (11) On y mangea le riz des uns, la sauce des autres, le fonio d'une troisième famille. (12) Le soir, le vieux Kourouma dit en souriant : « Nous avons creusé le puits plus profond, mais c'est surtout la méfiance que nous avons enterrée. » (13) Depuis ce jour, dans la cour, les différences ne séparent plus : elles s'ajoutent, comme les ingrédients d'une même sauce.
3. Explication du texte
Situation. C'est un récit à la troisième personne, au passé (passé simple pour les actions, imparfait pour les habitudes et les descriptions). Deux courtes paroles sont rapportées au discours direct. Le thème est la cohabitation entre familles d'origines différentes.
Idée générale. Le texte raconte comment une épreuve commune, le manque d'eau, transforme la méfiance des voisins envers une nouvelle famille en fraternité, et montre que les différences peuvent enrichir la vie en société.
Les mouvements.
| Mouvement | Phrases | Contenu |
|---|---|---|
| 1 | 1 à 3 | La méfiance envers les nouveaux venus |
| 2 | 4 à 9 | L'épreuve du puits et le courage de Lansana |
| 3 | 10 et 11 | Le travail et le repas en commun |
| 4 | 12 et 13 | La leçon : la méfiance enterrée, les différences qui s'ajoutent |
Premier mouvement : le préjugé. L'expression « regardèrent de travers » montre une méfiance sans raison. Les voisins jugent la famille de Lansana avant de la connaître : c'est un préjugé. La réplique « Ils ne sont pas d'ici […] ils n'ont pas nos habitudes » oppose « ils » et « nous » (« nos ») : les voisins séparent le monde en deux camps. Le verbe « murmurait-on » et le pronom indéfini « on » montrent une rumeur anonyme. Les expressions « du bout des lèvres » et « pour ne pas croiser l'autre » décrivent une cohabitation froide, où l'on s'évite.
Deuxième mouvement : l'épreuve révèle l'homme. L'adverbe « Puis » et la phrase courte « Puis vint la saison sèche. » annoncent un changement. La gradation des difficultés (le puits baisse, l'eau devient « rare et trouble », la corde se rompt) crée une tension. La phrase 7 souligne le danger : « aucun homme de la cour n'osait s'y risquer ». Lansana, celui qu'on rejetait, devient le héros : son savoir-faire (« qui avait creusé des puits dans son village ») sert à tous. La subordonnée de temps « tandis que les voisins retenaient leur souffle » montre l'angoisse et l'attention des voisins : ils ne le regardent plus de travers, ils ont peur pour lui. En remontant, il apporte « le seau, et avec lui un conseil » : ce zeugme (un même verbe relie un objet concret et une idée abstraite) souligne qu'il apporte à la fois une aide matérielle et une idée utile à tous. Le mot clé est « tous ensemble ».
Troisième mouvement : l'union dans l'action. Les expressions « de toutes les familles », « côte à côte », « un grand repas commun » insistent sur l'union. L'énumération de la phrase 11 (« le riz des uns, la sauce des autres, le fonio d'une troisième famille ») montre que chacun apporte sa part : la diversité devient une richesse partagée.
Quatrième mouvement : la leçon. La parole du vieux Kourouma repose sur une antithèse et un jeu de mots : on a « creusé » le puits (sens propre), mais on a surtout « enterré » la méfiance (sens figuré). La phrase finale contient une comparaison : les différences « s'ajoutent, comme les ingrédients d'une même sauce ». Une bonne sauce a besoin d'ingrédients variés ; une société a besoin de personnes différentes. L'opposition « ne séparent plus » / « s'ajoutent » résume la transformation.
- « regardèrent de travers »
- « Ils… nos habitudes » (eux et nous)
- On se salue « du bout des lèvres »
- On puise l'eau pour « ne pas croiser l'autre »
- Les différences séparent
- « côte à côte »
- « tous ensemble »
- On partage un « grand repas commun »
- On creuse ensemble le même puits
- Les différences « s'ajoutent »
Exemple
Question : Explique la phrase du vieux Kourouma : « Nous avons creusé le puits plus profond, mais c'est surtout la méfiance que nous avons enterrée. »
Réponse rédigée : Le vieux Kourouma joue sur deux verbes du même domaine, « creuser » et « enterrer ». Le premier est pris au sens propre : les voisins ont réellement creusé le puits. Le second est pris au sens figuré : en travaillant ensemble, ils ont fait disparaître la méfiance, comme on enfouit une chose dans la terre. Le connecteur « mais » et l'adverbe « surtout » montrent que, pour lui, le vrai résultat n'est pas le puits, mais la paix retrouvée entre les familles.
Exemple
Question : Pourquoi l'auteur a-t-il choisi Lansana, le nouveau venu, pour sauver la situation ?
Réponse rédigée : L'auteur a choisi Lansana pour renverser le préjugé des voisins. Ceux qui le rejetaient parce qu'il « n'est pas d'ici » découvrent que son savoir-faire, acquis dans son village, est utile à tous. Ce qui le rendait différent devient une richesse. Le lecteur comprend ainsi que les préjugés nous privent de ce que les autres peuvent nous apporter.
4. Étude de la langue : la comparaison et l'opposition
Le texte utilise deux moyens pour rapprocher ou opposer les idées.
La comparaison. On peut comparer par un outil (« comme », « tel », « pareil à », « ainsi que ») ou par une subordonnée de comparaison : « Les familles s'entraident comme les doigts d'une main travaillent ensemble. » « Il creusa plus profond qu'il ne l'avait jamais fait. »
L'opposition et l'antithèse. On oppose deux idées avec « mais », « pourtant », « alors que », « tandis que ». L'antithèse rapproche deux mots de sens contraire pour frapper l'esprit : « les différences ne séparent plus : elles s'ajoutent ».
Attention : « tandis que » peut exprimer le temps (« tandis que les voisins retenaient leur souffle » = pendant que) ou l'opposition (« Les uns parlent pular, tandis que les autres parlent soussou »). C'est le sens de la phrase qui permet de trancher.
Méthode
Pour expliquer un texte qui montre une transformation :
- Je repère la situation de départ et la situation finale.
- Je cherche l'événement qui provoque le changement (ici, la saison sèche et l'accident du puits).
- Je relève les mots qui s'opposent entre le début et la fin (« de travers » / « côte à côte »).
- J'explique les images (comparaison, métaphore, jeu sur le sens propre et figuré).
- Je dégage la leçon et je donne mon avis, avec un exemple de la vie réelle.
5. Réfléchir sur le thème
La tolérance ne veut pas dire que tout le monde doit devenir pareil. Elle veut dire que chacun garde son identité (sa langue, sa religion, ses coutumes) tout en respectant celle des autres, dans le cadre des lois communes. En Guinée, les mariages entre familles de régions différentes, les fêtes partagées entre voisins de religions différentes et la parenté à plaisanterie sont autant de ponts entre les communautés. À l'inverse, les préjugés et la discrimination peuvent conduire à la méfiance, puis à la violence : c'est pourquoi l'école, la famille et les médias ont le devoir d'apprendre la tolérance.
3Je retiens
Je retiens
Le vivre-ensemble est la capacité de partager un même espace en paix, dans le respect de chacun.
Vocabulaire : diversité, cohabitation, tolérance, préjugé, discrimination, fraternité, concorde ; contraire de tolérance : intolérance.
Un préjugé est une opinion toute faite, formée avant de connaître.
La parenté à plaisanterie est une tradition ouest-africaine qui aide à préserver la paix entre groupes.
Antithèse : rapprochement de deux idées opposées ; comparaison : rapprochement par un outil (comme, tel, ainsi que) ou par une subordonnée de comparaison.
« Tandis que » exprime soit le temps (pendant que), soit l'opposition (alors que).
4Erreurs fréquentes
- Confondre « tolérance » et « indifférence » : tolérer, ce n'est pas ignorer l'autre, c'est le respecter et accepter ses différences.
- Confondre le nom et le verbe : on écrit « un préjugé » (le nom, formé de « pré- », avant, et « juger ») mais « préjuger » (le verbe, juger d'avance).
- Expliquer une image en répétant seulement les mots du texte : il faut dire ce que l'image signifie (le sens propre, puis le sens figuré).
- Oublier la situation de départ : une transformation ne se comprend que si l'on compare le début et la fin.
5Je m’exerce
1Exercice 1
Donne le contraire de chaque mot : tolérance, concorde, méfiance, union, accepter, ouvert.
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tolérance / intolérance ; concorde / discorde ; méfiance / confiance ; union / désunion (ou division) ; accepter / refuser (ou rejeter) ; ouvert / fermé.
2Exercice 2
Complète avec : préjugé, diversité, discrimination, cohabitation, fraternité.
a) La … des langues parlées en Guinée est une richesse culturelle.
b) Refuser un emploi à quelqu'un à cause de son origine est une …
c) Penser qu'un élève est paresseux parce qu'il vient d'un village est un …
d) La … entre les cinq familles de la cour est devenue paisible.
e) Après l'épreuve du puits, la méfiance a laissé place à la …
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a) diversité ; b) discrimination ; c) préjugé ; d) cohabitation ; e) fraternité.
3Exercice 3
Dis si « tandis que » exprime le temps ou l'opposition.
a) Lansana descendit dans le puits tandis que les voisins retenaient leur souffle.
b) Les Diallo cultivent du fonio, tandis que les Loua cultivent surtout du riz.
c) Les hommes creusaient tandis que les femmes préparaient le repas.
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a) temps (pendant que) ; b) opposition (alors que) ; c) temps (pendant que). On pourrait aussi y voir une légère opposition entre deux tâches, mais le sens principal est la simultanéité.
4Exercice 4
Relève dans le texte :
a) deux expressions qui montrent la méfiance du début ;
b) l'énumération qui montre que chaque famille apporte sa part ;
c) la comparaison finale.
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a) « regardèrent de travers » ; « on se salua du bout des lèvres » (on accepte aussi « pour ne pas croiser l'autre »).
b) « le riz des uns, la sauce des autres, le fonio d'une troisième famille ».
c) « comme les ingrédients d'une même sauce ».
5Exercice 5
(Type examen) Questions sur le texte.
a) Donne l'idée générale du texte.
b) Quel événement transforme la vie de la cour ?
c) Montre, par deux citations, que les voisins avaient un préjugé contre la famille de Lansana.
d) Explique la comparaison : les différences « s'ajoutent, comme les ingrédients d'une même sauce ».
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a) Le texte raconte comment une épreuve commune, le manque d'eau, transforme la méfiance des voisins envers une nouvelle famille en fraternité, et montre que les différences peuvent enrichir la vie en société.
b) C'est l'accident du puits pendant la saison sèche : l'eau devient rare, la corde se rompt et le seau tombe au fond. Lansana descend le chercher et propose de creuser plus profond, tous ensemble.
c) « certains voisins la regardèrent de travers » ; « Ils ne sont pas d'ici, murmurait-on ; ils n'ont pas nos habitudes. » Les voisins jugent cette famille avant de la connaître, seulement parce qu'elle vient d'ailleurs.
d) L'auteur compare les différences entre les familles aux ingrédients d'une sauce, grâce à l'outil « comme ». Une sauce est bonne parce qu'elle réunit des ingrédients variés qui se complètent. De même, la cour est plus riche parce qu'elle réunit des personnes de langues et de coutumes différentes. Les différences ne divisent plus : elles se complètent.
6Exercice 6
(Expression écrite) En dix lignes environ, montre que la diversité des langues, des coutumes et des religions peut être une richesse pour la Guinée, à condition de pratiquer la tolérance. Donne deux arguments et un exemple.
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Exemple de réponse :
« La diversité des langues, des coutumes et des religions peut être une grande richesse pour la Guinée. D'abord, chaque communauté possède des savoirs, des musiques, des plats et des traditions qui enrichissent tout le pays. Ensuite, vivre avec des personnes différentes nous apprend à mieux comprendre les autres et à nous ouvrir au monde. Par exemple, dans de nombreuses familles, on célèbre des mariages entre personnes de régions différentes, et les voisins de religions différentes se rendent visite pendant les fêtes. Mais cette richesse n'existe que si chacun pratique la tolérance : sans elle, les préjugés divisent et font naître la méfiance. Comme le montre le texte, les différences doivent s'ajouter et non séparer. »
Cherche d’abord seul, sur ton cahier, puis ouvre le corrigé pour comparer.
6Je vérifie
Choisis une réponse pour chaque question : la correction s’affiche aussitôt.
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