Leçon 6 sur 24
Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) : compléments
Je sais expliquer comment la Seconde Guerre mondiale a ébranlé la domination coloniale et ouvert la voie à l'émancipation de l'Afrique, en particulier de la Guinée.
- 1 h
- 5 exercices corrigés
- 2 schémas
- QCM de 5 questions
À la fin de la leçon, tu sauras :
- Expliquer pourquoi la guerre a affaibli les puissances coloniales
- Présenter les idées et les soutiens nouveaux favorables à l'émancipation (Charte de l'Atlantique, ONU, États-Unis, URSS, panafricanisme)
- Décrire les réformes françaises de 1944-1946 (Brazzaville, lois Houphouët-Boigny et Lamine Guèye, Union française)
- Montrer la naissance des partis politiques africains (RDA, PDG) et les premières luttes en Guinée
Avant de commencer : Les leçons « La participation africaine et malgache à la Seconde Guerre mondiale » et « Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale ».
1Je découvre
Dans la bibliothèque de son grand-père, à Faranah, Ousmane trouve une vieille carte de membre du Parti démocratique de Guinée, datée des années 1950. Son grand-père lui raconte qu'avant la guerre, les Guinéens n'avaient presque aucun droit politique : ils étaient des « sujets » soumis au code de l'indigénat et au travail forcé. Puis, après 1945, tout a commencé à changer : on a supprimé le travail forcé, des Guinéens ont été élus députés à Paris, des partis et des syndicats sont nés.
Ousmane se demande quel lien il peut y avoir entre une guerre qui s'est surtout déroulée en Europe et ces changements dans la vie des Guinéens.
En quoi la Seconde Guerre mondiale a-t-elle ébranlé la colonisation et préparé l'émancipation de l'Afrique et de la Guinée ?
2Je comprends
1. Des puissances coloniales affaiblies
En 1945, la France et le Royaume-Uni font partie des vainqueurs, mais ils sont très affaiblis :
- Affaiblissement matériel : ils sont ruinés, endettés et dépendent de l'aide américaine.
- Affaiblissement moral : la défaite de la France en 1940 et l'occupation japonaise des colonies européennes d'Asie (Indochine, Indonésie, Birmanie, Malaisie) ont montré que les colonisateurs pouvaient être vaincus. Le mythe de l'invincibilité de l'homme blanc s'est effondré.
- Une dette envers les colonies : les empires ont fourni soldats, travailleurs et produits. Les colonisés estiment que leur sacrifice mérite des droits.
2. Un contexte international favorable à l'émancipation
a) Les grands textes. Le 14 août 1941, Roosevelt et Churchill signent la Charte de l'Atlantique, qui affirme le droit de tous les peuples à choisir la forme de leur gouvernement. En 1945, la Charte des Nations unies reprend le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les colonisés s'appuient sur ces textes signés par les puissances coloniales elles-mêmes.
b) Les superpuissances hostiles aux empires coloniaux. Les États-Unis, ancienne colonie britannique, sont opposés aux empires coloniaux européens et souhaitent de nouveaux marchés ouverts. L'URSS dénonce le colonialisme comme une forme de l'impérialisme capitaliste et soutient les mouvements de libération.
c) Le panafricanisme. En octobre 1945, le cinquième congrès panafricain se réunit à Manchester (Royaume-Uni). Des Africains comme Kwame Nkrumah (Gold Coast) et Jomo Kenyatta (Kenya) y réclament l'indépendance de l'Afrique.
d) L'exemple de l'Asie. Dès 1945-1949, l'Asie se libère : l'Indonésie proclame son indépendance en 1945, le Viêt Nam en septembre 1945, l'Inde devient indépendante en 1947. Ces exemples encouragent les Africains.
3. Les réformes françaises de 1944-1946
a) La conférence de Brazzaville (30 janvier - 8 février 1944). Organisée par le Comité français de libération nationale du général de Gaulle, elle réunit des gouverneurs des colonies d'Afrique, sans représentants africains élus. Elle recommande des réformes : représentation des colonies dans les futures assemblées, suppression progressive du code de l'indigénat et du travail forcé, développement de l'enseignement et de la santé. Mais elle refuse clairement toute idée d'indépendance ou d'autonomie : ses recommandations écartent « toute possibilité d'évolution hors du bloc français de l'Empire ».
b) Les grandes lois de 1946.
| Date | Texte | Contenu |
|---|---|---|
| 1945-1946 | Décrets sur l'indigénat | Suppression du code de l'indigénat (punitions administratives sans jugement) |
| 11 avril 1946 | Loi Houphouët-Boigny | Abolition du travail forcé dans les colonies françaises |
| 30 avril 1946 | Loi créant le FIDES | Fonds d'investissement pour le développement économique et social des territoires d'outre-mer |
| 7 mai 1946 | Loi Lamine Guèye | Tous les habitants des territoires d'outre-mer deviennent citoyens français |
| 27 octobre 1946 | Constitution de la IVe République | Création de l'Union française ; les colonies d'AOF deviennent des territoires d'outre-mer avec une assemblée locale élue |
Ces lois portent le nom de deux députés africains élus en 1945 : Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire) et Lamine Guèye (Sénégal). La Guinée, de son côté, élit ses premiers députés à l'Assemblée nationale française, parmi lesquels Yacine Diallo.
c) Les limites des réformes. L'égalité reste incomplète : le vote se fait souvent avec un double collège (un pour les Européens, un pour les Africains), le nombre d'électeurs africains est d'abord limité, et le pouvoir réel reste à Paris. L'Union française n'accorde pas l'autonomie.
4. La naissance de la vie politique africaine
a) Le Rassemblement démocratique africain (RDA). Du 18 au 21 octobre 1946, un congrès réuni à Bamako (Soudan français, actuel Mali) crée le RDA, un mouvement interterritorial présent dans toute l'AOF et l'AEF, présidé par Félix Houphouët-Boigny. Il réclame l'égalité des droits et l'amélioration des conditions de vie des Africains.
b) Le Parti démocratique de Guinée (PDG). Le 14 mai 1947 est créée la section guinéenne du RDA, le PDG. Sous la direction d'Ahmed Sékou Touré, syndicaliste devenu son secrétaire général en 1952, il devient un grand parti de masse qui mobilise les travailleurs, les femmes et les jeunes dans toute la Guinée, au-delà des appartenances régionales.
c) Les luttes syndicales. Les travailleurs africains réclament l'égalité avec les Européens. En Guinée, la grande grève générale de 1953, appelée « grève des 72 jours », menée par Sékou Touré, obtient l'application du Code du travail des territoires d'outre-mer (voté en décembre 1952), notamment une hausse des salaires. Elle rend Sékou Touré et le PDG très populaires.
d) Les répressions. Les puissances coloniales ne cèdent pas facilement : répression sanglante à Sétif (Algérie) en mai 1945, à Madagascar après l'insurrection de mars 1947, arrestations de militants du RDA en Côte d'Ivoire en 1949-1950.
- 114 août 1941 : Charte de l'Atlantique, droit des peuples à choisir leur gouvernement
- 2Janvier-février 1944 : conférence de Brazzaville, réformes sans indépendance
- 3Octobre 1945 : congrès panafricain de Manchester ; élection de députés africains
- 4Avril-mai 1946 : abolition du travail forcé (11 avril) et citoyenneté pour tous (7 mai)
- 5Octobre 1946 : Union française ; création du RDA à Bamako
- 614 mai 1947 : création du Parti démocratique de Guinée (PDG)
- 71953 : grève des 72 jours en Guinée
Exemple
Question : « Montre que la conférence de Brazzaville est à la fois une avancée et une limite. »
Réponse rédigée : La conférence de Brazzaville (janvier-février 1944) est une avancée, car la France reconnaît la contribution de l'Afrique à la guerre et promet des réformes : représentation des colonies dans les assemblées, suppression progressive de l'indigénat et du travail forcé, développement de l'école et de la santé. Mais c'est aussi une limite : aucun Africain élu n'y participe et elle écarte toute autonomie et toute indépendance. La France veut réformer son empire, non y renoncer.
Exemple
Question : « Pourquoi la loi du 11 avril 1946 est-elle importante pour les Guinéens ? »
Réponse rédigée : La loi Houphouët-Boigny du 11 avril 1946 abolit le travail forcé dans les colonies françaises. En Guinée, les populations devaient auparavant fournir un travail non payé ou très mal payé pour construire les routes, porter des charges, récolter le caoutchouc ou travailler sur les chantiers. La fin du travail forcé améliore leur vie quotidienne et montre que l'action politique des élus africains peut faire reculer l'injustice coloniale.
Méthode
Pour montrer un lien de cause à conséquence en histoire :
- Je nomme clairement la cause (par exemple : l'affaiblissement de la France en 1940).
- Je nomme la conséquence (par exemple : la perte de prestige du colonisateur).
- J'explique le mécanisme qui relie les deux avec « donc », « c'est pourquoi », « ce qui entraîne ».
- Je donne un exemple daté qui prouve le lien.
- Je vérifie que la conséquence est bien postérieure à la cause.
3Je retiens
Je retiens
La guerre affaiblit les puissances coloniales (ruine, défaite française de 1940, occupation japonaise de l'Asie) et détruit le mythe de l'invincibilité du colonisateur.
Contexte favorable : Charte de l'Atlantique (14 août 1941), Charte de l'ONU (1945), États-Unis et URSS hostiles aux empires, congrès panafricain de Manchester (octobre 1945).
Conférence de Brazzaville (30 janvier - 8 février 1944) : réformes promises, mais refus de l'autonomie.
1946 : abolition du travail forcé (loi Houphouët-Boigny, 11 avril), FIDES (30 avril), citoyenneté (loi Lamine Guèye, 7 mai), Union française (27 octobre).
Naissance de la vie politique : RDA (Bamako, octobre 1946), PDG (14 mai 1947, Sékou Touré), grève des 72 jours en Guinée (1953).
4Erreurs fréquentes
- Dire que la conférence de Brazzaville a promis l'indépendance : elle l'a au contraire écartée.
- Confondre la loi Houphouët-Boigny (abolition du travail forcé, 11 avril 1946) et la loi Lamine Guèye (citoyenneté, 7 mai 1946).
- Croire que les réformes de 1946 donnent l'égalité complète : le double collège et le pouvoir de Paris maintiennent la domination.
- Confondre le RDA (mouvement interterritorial, 1946) et le PDG (sa section guinéenne, 1947).
5Je m’exerce
1Exercice 1
(Questions de cours)
a) Cite deux raisons pour lesquelles la guerre a affaibli les puissances coloniales.
b) Qu'est-ce que le code de l'indigénat ?
c) Qu'a apporté la loi Lamine Guèye ?
d) Quand et où le RDA a-t-il été créé ?
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a) Par exemple : la ruine économique de la France et du Royaume-Uni ; la défaite de la France en 1940 et l'occupation japonaise des colonies d'Asie, qui ont détruit le prestige des colonisateurs.
b) C'était un ensemble de règles qui permettait à l'administration coloniale de punir les « sujets » africains (amendes, prison) sans jugement par un tribunal. Il a été supprimé en 1945-1946.
c) La loi du 7 mai 1946 fait de tous les habitants des territoires d'outre-mer des citoyens français.
d) À Bamako, lors d'un congrès tenu du 18 au 21 octobre 1946.
2Exercice 2
(Associer) Associe chaque date à l'événement : 14 août 1941 ; février 1944 ; 11 avril 1946 ; 27 octobre 1946 ; 14 mai 1947.
Événements : création du PDG ; Charte de l'Atlantique ; fin de la conférence de Brazzaville ; constitution créant l'Union française ; abolition du travail forcé.
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14 août 1941 : Charte de l'Atlantique. Février 1944 : fin de la conférence de Brazzaville (le 8 février). 11 avril 1946 : abolition du travail forcé. 27 octobre 1946 : constitution créant l'Union française. 14 mai 1947 : création du PDG.
3Exercice 3
(Vocabulaire) Définis : panafricanisme, Union française, double collège, FIDES.
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Panafricanisme : mouvement qui prône la solidarité et l'unité des peuples africains et des peuples d'origine africaine, et réclame la libération de l'Afrique.
Union française : ensemble créé par la constitution française de 1946, formé de la France et de ses territoires d'outre-mer et États associés.
Double collège : système électoral dans lequel Européens et Africains votent séparément, les Européens, bien moins nombreux, élisant autant ou presque autant de représentants.
FIDES : Fonds d'investissement pour le développement économique et social, créé en 1946 pour financer routes, ports, écoles et hôpitaux dans les territoires d'outre-mer.
4Exercice 4
(Analyse de document) Voici un extrait des recommandations de la conférence de Brazzaville (1944) : « Les fins de l'œuvre de civilisation accomplie par la France dans les colonies écartent toute idée d'autonomie, toute possibilité d'évolution hors du bloc français de l'Empire. »
a) Présente le document.
b) Quelle idée principale ce passage exprime-t-il ?
c) Montre que, malgré ce refus, la conférence de Brazzaville a ouvert une période de changements pour l'Afrique.
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a) Il s'agit d'un extrait des recommandations de la conférence de Brazzaville, réunie du 30 janvier au 8 février 1944 par le Comité français de libération nationale du général de Gaulle, en présence des gouverneurs des colonies d'Afrique, pendant la Seconde Guerre mondiale.
b) La France refuse toute autonomie et toute indépendance pour ses colonies : elles doivent rester dans « le bloc français de l'Empire ».
c) La conférence recommande pourtant des réformes qui seront appliquées en 1945-1946 : suppression de l'indigénat, abolition du travail forcé (loi du 11 avril 1946), citoyenneté (loi du 7 mai 1946), représentation des Africains au Parlement français. Ces réformes permettent la naissance de partis comme le RDA (1946) et le PDG (1947), qui iront plus loin que ce que la France avait prévu, jusqu'à réclamer l'indépendance.
5Exercice 5
(Type BAC : dissertation) Sujet : « La Seconde Guerre mondiale et l'éveil politique de l'Afrique noire française (1939-1953). » Rédige l'introduction et le plan détaillé.
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Introduction : La Seconde Guerre mondiale, à laquelle l'Afrique a participé par ses soldats et ses ressources, a profondément bouleversé les relations entre la France et ses colonies. Comment la guerre a-t-elle favorisé l'éveil politique de l'Afrique noire française ? Nous verrons d'abord comment la guerre a affaibli le système colonial, puis les réformes qu'elle a entraînées, enfin la naissance d'une vie politique africaine.
Plan détaillé :
I. Une guerre qui ébranle le système colonial. 1. La participation africaine et ses injustices. 2. La défaite de 1940 et la fin du mythe de l'invincibilité. 3. Un contexte international favorable (Charte de l'Atlantique, ONU, superpuissances, panafricanisme).
II. Des réformes limitées. 1. La conférence de Brazzaville (1944). 2. Les lois de 1946 (travail forcé, citoyenneté, FIDES). 3. L'Union française et ses limites.
III. La naissance d'une vie politique africaine. 1. Le RDA (1946). 2. Le PDG et Sékou Touré (1947). 3. Les luttes syndicales : la grève des 72 jours (1953).
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6Je vérifie
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